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Lutter contre la malnutrition dans la région de Mopti

Face à la crise nutritionnelle que traverse le Mali, ACTED se mobilise

Depuis juillet 2015 et avec le soutien de la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (ECHO), ACTED appuie la prise en charge intégrée de la malnutrition aiguë dans le district sanitaire de Koro, dans la région de Mopti au Mali. Du dépistage au traitement, en passant par les campagnes d’information, toutes les communautés et associations de santé sont renforcées pour faire face à cette crise nutritionnelle.

À Mopti, le taux de malnutrition sévère le plus élevé du pays

Dans certaines régions du Mali déjà ravagées par plusieurs années de sécheresse et de conflits, les populations ont vu leur état nutritionnel se dégrader progressivement sous l’effet de la crise sécuritaire.

En 2015, la région de Mopti a connu une très grave crise nutritionnelle, avec un taux de malnutrition aiguë globale de 10%, de malnutrition aiguë sévère de 1,6%, et de mortalité infanto-juvénile de 0,62 décès pour 10 000 personnes, soit le taux le plus élevé du pays. En réponse à cette crise et pour appuyer la stratégie nationale, ACTED soutient les services techniques et les autorités locales et communautaires pour le dépistage et la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère. Depuis le début du projet en juillet 2015, ACTED et le district sanitaire de Koro ont pris en charge 17 206 enfants de moins de 5 ans ayant souffert de malnutrition aiguë sévère (7656 garçons, 9550 filles).

17 206
enfants de moins de 5 ans pris en charge depuis juillet 2015

Du dépistage à la prise en charge : l’histoire d’Amina

En mars 2018, c’est grâce à un qu’Amina, une petite fille âgée d’un an souffrant de malnutrition aiguë sévère, a pu être dépistée, admise et traitée au centre de santé le plus proche. « Nous n’avons pas de moyens pour acheter du lait en poudre dans les boutiques, ni de varier son alimentation selon ses besoins : elle mange le plat familial depuis l’arrêt de l’allaitement maternel, et rien d’autre », confie Lamata, la grand-mère de l’enfant. « La mère d’Amina a cessé de l’allaiter depuis son second accouchement. Depuis, la petite tombe fréquemment malade, ainsi le relais nous a recommandé de l’emmener au centre », poursuit-elle. Daouda, relais communautaire de Koro, s’est rendu chez elles afin de mesurer le périmètre brachial d’Amina, grâce à un bracelet gradué conçu pour mesurer la circonférence du bras entre l’épaule et le coude et dépister les cas de malnutrition.

Le bracelet de mesure du périmètre brachial (appelé aussi bande Shakir ou MUAC – Mid Upper Arm Circumference), comprend trois couleurs : verte (plus de 125 millimètres), valeur nutritionnelle normale ; jaune (entre 115 et 124 millimètres), signe de malnutrition aiguë modérée ; et rouge (moins de 115 millimètres), signe de malnutrition sévère et de risque de décès élevé nécessitant une réalimentation en urgence.

La mesure du périmètre brachial d’Amina a révélé une couleur rouge, signe de malnutrition aigüe sévère. De plus, la petite fille présentait des œdèmes, caractéristiques des cas de malnutrition, et souffrait d’accès de fièvre et de toux, avec une respiration très rapide.

Suite à ce constat, l’enfant a immédiatement été emmenée au centre de santé communautaire de Koro. L’infirmier, après avoir examiné l’enfant, pris la mesure de son périmètre brachial et constaté l’œdème, a confirmé son état grave. Amina a donc été admise au Centre de santé de référence au sein de l’Unité de récupération et d’éducation nutritionnelle intensive (URENI) pour recevoir les soins adaptés pour soigner son infection respiratoire, la fièvre et la malnutrition.

Au moment de l’admission, le personnel de l’URENI a rassuré Lamata, la grand-mère : les soins sont gratuits, et elle serait informée régulièrement sur l’état de santé de sa petite-fille. Comme toutes les autres accompagnantes présentes, elle a reçu une formation au dépistage de la malnutrition et à la mesure du périmètre brachial.

Pour une guérison durable des enfants malnutris

Chaque jour, l’équipe médicale du centre de santé de référence, composé des médecins et infirmiers du gouvernement malien, rencontre les enfants hospitalisés. Un médecin référent d’ACTED, expérimenté en prise en charge intégrée de la malnutrition aiguë, est chargé d’accompagner et de former l’équipe médicale afin d’améliorer la qualité de la prise en charge. Après 5 jours d’hospitalisation, l’état général d’Amina s’est enfin amélioré : elle n’avait plus de fièvre ni d’œdème, respirait normalement et a pu ingérer du Plumpy’Nut®, une pâte très nutritive qui permet de reprendre rapidement du poids, soit 8 grammes par kg en moyenne par jour pour Amina. Lors de sa décharge, elle a été référée à l’Unité de récupération et d’éducation nutritionnelle ambulatoire sévère (URENAS) de Koro, tandis que Lamata, sa grand-mère, se voyait confier un stock de Plumpy’Nut® pour nourrir la petite pendant une semaine, jusqu’à la prochaine visite de suivi.

Le Plumpy’Nut® est un aliment à base d’arachide utilisé en cas de famine, conçu en 1961 par les scientifiques français André Briend et Michel Lescanne, fondateurs de l’entreprise Nutriset. Il s’agit d’une pâte énergétique prête à l’emploi sans dilution ni préparation préalable, à base d’arachide à haute valeur nutritionnelle, présentée dans un emballage individuel, qui peut être distribuée aux enfants malnutris pour une consommation à domicile, plutôt que dans des centres de renutrition. Plumpy’Nut® a le goût du beurre d’arachide en plus doux. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) la classifie comme un aliment thérapeutique prêt à l’emploi (Ready-to-Use Therapeutic Food).

Informer et sensibiliser : les clés de la prévention et du dépistage rapide

L’accompagnement d’Amina et de sa grand-mère ne s’est pas arrêté là : bien que les visites de suivi à l’URENAS aient confirmé l’absence de complication médicale, Amina a continué à recevoir un traitement nutritionnel adapté à ses besoins, à base de Plumpy’Nut®. Des visites à domicile ont été assurées par les relais communautaires pour suivre l’état de l’enfant. En parallèle, Lamata a participé à une formation sur l’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants ainsi qu’aux meilleures pratiques d’hygiène contre la malnutrition, notamment au traitement de l’eau. Par ailleurs, le centre de santé communautaire de Koro a pu organiser, avec le soutien d’ACTED, des séances de sensibilisation lors des jours de prise en charge des enfants afin d’informer les femmes, qu’elles soient mères ou accompagnantes, sur le dépistage de la malnutrition chez leurs enfants.

Lorsque je suis tombée à nouveau enceinte, j’ai immédiatement arrêté de donner le sein à Amina, ma fille, car c’est comme cela chez nous, quel que soit l’âge de l’enfant. Amina n’avait que 5 mois. Je ne savais pas que cette pratique pouvait la rendre malade. Grâce au courage de ma belle-mère, et aux nombreuses visites de Daouda, le relai communautaire, ma fille a pu être traitée et suivie par le centre de santé. Si j’avais écouté ses conseils sur l’allaitement, je pense que tout cela ne serait pas arrivé. Lors de sa dernière visite, il m’a conseillé d’aller au centre pour recevoir des conseils sur l’espacement des naissances, le planning familial. Je compte y aller très prochainement.

Rokiatou, la mère d'Amina

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