Yémen ACTED

Raymah à travers les yeux des Yéménites

Depuis 2013, Yasser, 38 ans, travaille pour l'un des projets d'ACTED dans le gouvernorat de Raymah. Il raconte sa première visite dans la région.

« Raymah, c’est une succession de villages de montagne qui, au premier coup d’œil, donnent l’illusion d’être à courte distance les uns des autres. En réalité,  il faut descendre dans la vallée puis remonter le flanc des montagnes pour atteindre les villages voisins », dit-il.

« Mais les villages de Raymah valent bien les efforts nécessaires pour y parvenir », raconte Yasser, « les maisons, les rayons du soleil qui percent à travers la brume sur les sommets… »  Raymah est une terre de verdure. « Ce qui est incroyable, c’est la capacité de la végétation à s’imposer dans ce paysage de roche. Même dans une toute petite motte de terre, elles arrivent à prendre racine », imperturbables face au conflit qui ravage le pays depuis 2014.

Les gens de Raymah sont comme leur terre : « ils ont un grand cœur et sont vaillants, ils sont capables de supporter même les circonstances les plus difficiles de la vie », raconte Yasser. « Ils sont attachés à leur pays et sont prêts à tout pour le faire aller de l’avant ». Yasser s’est fait cette idée des habitants de Raymah quand il a commencé à travailler avec eux en 2013, dans le cadre d’un projet d’ACTED en partenariat avec EuropeAid pour promouvoir la production de café dans la région : ce projet a permis de créer huit associations de producteurs de café et autant d’associations d’usagers des sources d’eau, afin de renforcer l’accès à de l’eau pour la production agricole et de développer les moyens d’existence liés à la production du café.

Dans les montagnes de Raymah (Yémen). ACTED soutient les producteurs de café pour augmenter leur production et renforcer la chaîne de valeur du café de Raymah - Ici : un réservoir d'eau pour faciliter l'accès à de l'eau pour l'irrigation des cultures
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Chaque association constitue un organisme autonome qui peut fournir aux agriculteurs et aux communautés un accès à la formation et au développement des compétences qui améliorera leurs revenus. Avec le soutien du Centre de crise du ministère français des Affaires étrangères et du Développement international (CDC), le projet s’est poursuivi en 2017.

« Ce type de projet est unique et différent de tous les autres projets d’ACTED ou d’autres organisations travaillant au Yémen », poursuit Yasser. Avec le conflit, les enjeux des moyens de subsistance durables, de la réduction de la pauvreté et de la croissance économique inclusive sont plus importants que jamais.

Avant le conflit Raymah était l’une des principales régions agricoles du pays.Le secteur agricole, qui emploie plus de la moitié de la main-d’œuvre au Yémen, est pourtant sous-développé, et limité par des pratiques agricoles inadéquates et un manque d’investissements infrastructurels.

À Raymah, les cours d’eau ne parviennent pas jusqu’aux fermes disséminées de par les montagnes et les vallées. Celles-ci sont ainsi  « fortement dépendantes des pluies saisonnières ou des crues, et n’ont pas de systèmes d’irrigation », explique Yasser. « Cela a entravé la chaîne de production du café à Raymah, par rapport à d’autres régions du Yémen. Les mauvaises pratiques de cueillette, de tri, de séchage et de stockage des grains de café ont fait perdre sa réputation à la chaîne de valeur du café de Raymah, pourtant un  café de qualité ». Selon Yasser, beaucoup d’infrastructures d’eau à Raymah souffrent d’un manque d’entretien et sont mal gérées. Pour remédier à ce problème, des associations chargées d’assumer la responsabilité de ces questions ont été créées dans le cadre du projet.

Le projet optimise donc le potentiel de développement de l’industrie du café, ce qui, en retour, contribue à la croissance économique et au développement à long terme de la région.

La place des femmes : rencontre avec Yusra

À Al Jafaryah, Yusra, 27 ans, veuve et mère de quatre enfants, est nouvelle dans le secteur agricole. Avant la guerre, elle était enseignante, mais avec l’effondrement du système éducatif elle a dû chercher du travail ailleurs. « Ce que je préfère, c’est récolter les grains de café », dit-elle, « c’est une telle joie de voir le résultat de notre dur labeur ». Elle explique aussi que « les méthodes traditionnelles qu’utilisait mon père ont besoin d’être modernisées :  elles ne répondent pas aux besoins ni au potentiel de la production de café au Yémen aujourd’hui ».

Yusra a été élue responsable de la section pour l’autonomisation des femmes dans une des associations créée par ACTED, rôle qui lui permettra « d’encourager davantage les femmes à jouer un rôle plus important au sein de la communauté. Les femmes sont un élément essentiel de la chaîne de valeur du café et sont généralement plus impliquées que les hommes dans presque toutes les phases de culture », raconte Yusra. « Mais elles restent absente des tâches de marketing et finance ».

Comme les autres associations de producteurs de café, l’association de Yusra,  Al-Aqeeq, a reçu une petite subvention à la réhabilitation d’infrastructures, ce qui a permis de construire par exemple des réservoirs d’eau, mais aussi d’une pépinière :  « les habitants reprennent espoir, et sont ainsi incités à améliorer leur travail et leur vie », selon Yusra.

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Un pépinière de café (Raymah, Yémen)

ACTED à Raymah

ACTED est la seule organisation qui soutient actuellement les caféiculteurs, appuyant la chaîne de valeur du café et contribuant ainsi à la stabilisation des moyens d’existence dans la région.

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