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Centrafrique

Entre perspective de développement économique et risques de nouvelles crises, le défi du relèvement précoce

Fragilisée par une décennie de guerre civile, la République Centrafricaine a été confrontée en 2009 à plusieurs défis, avec le lancement d’une politique de réconciliation nationale pour mettre fin aux différents conflits armés qui ont touché plus particulièrement les populations de la moitié nord du pays. Aujourd’hui encore, le traumatisme de la guerre civile de 2003, qui a causé la destruction de nombreuses infrastructures et de villages, ainsi que le déplacement des populations en brousse est toujours présent. Les populations restent très vulnérables, avec environ 80% de la population vivant avec moins d’un dollar par jour, sont souvent privées d’accès à l’eau potable et des biens les plus élémentaires (petits outils agricoles, bétail). L’économie locale, qui reste majoritairement une économie de survie, souffre par ailleurs de la dégradation progressive et de l’absence de maintenance des infrastructures routières.

La politique de réconciliation nationale, amorcée en 2009, apparaît donc dans ce contexte comme un facteur d’espoir. Elle repose sur deux piliers principaux, que sont le processus de Démobilisation, Désarmement et Réintégration dans la société civile des combattants des mouvements rebelles, et la mise en place d’un Dialogue Inclusif, définissant le cadre consensuel des prochaines élections présidentielles devant se tenir en 2010.

La mise en œuvre progressive de cette politique, qui suscite espoir et attentes de toute la population centrafricaine, a entrainé une relative stabilité des zones traditionnellement concernées par l’aide humanitaire, permettant le retour d’une partie des populations déplacées qui avaient fui leurs villages pour se cacher en brousse.

Cependant, dans un tel contexte de « relèvement précoce » de zones forcément fragiles après des années d’affrontement armé, le risque d’une reprise des conflits est toujours présent. ACTED a ainsi été confrontée à de nouvelles flambées de violence multiforme dans la Préfecture de la Vakaga, à la frontière du Tchad et du Soudan, où nous avons initié en 2009 des projets de réhabilitation d’ouvrages d’art nécessaires au désenclavement économique et à la reprise des échanges commerciaux. Les violences intercommunautaires d’abord, puis les actes de banditisme ciblant spécifiquement les organisations humanitaires ensuite nous ont contraints à suspendre nos activités, puis à nous retirer de la zone. Dans un contexte politique incertain, l’évolution de la sécurité reste pour l’heure un élément central dans la détermination de notre intervention.

Les poussées de violence et les urgences humanitaires en découlant n’ont cependant pas épargné d’autres zones vulnérables du pays, et notamment le Haut Mbomou, préfecture isolée aux confins de la RDC et du Soudan, également touchée par les conflits régionaux.

La réhabilitation des infrastructures communautaires et économiques de base dans les zones de post-conflit

Dans la continuité de ses activités menées en 2008, ACTED a mis en œuvre en 2009 de nouveaux programmes de désenclavement et de réhabilitation des infrastructures communautaires rurales (routes, écoles).

Au total, plus de 113 kilomètres et 45 ouvrages de route ont été réhabilités, et à la demande des partenaires humanitaires privés d’accès aux populations vulnérables, plusieurs ponts ont été construits, permettant l’ouverture de l’espace humanitaire, le désenclavement de populations et l’ouverture économique des zones concernées (accès aux marchés agricoles, facilitation de l’évacuation des productions locales dont le coton).

Ces activités de reconstruction ont été mises en œuvre par une approche « Haute Intensité de Main d’œuvre » (HIMO), permettant l’emploi du plus grand nombre et ainsi d’injecter des liquidités auprès des communautés bénéficiaires. Les quelques 10 300 travailleurs volontaires communautaires mobilisés sur les chantiers de réhabilitation conduits en 2009 par ACTED, ont ainsi pu, avec leur revenus, répondre aux besoins les plus élémentaires de leurs familles (achat de vêtements, nourriture, biens ménagers, frais scolaires) et procéder à de petits investissements productifs (outils agricoles, petits moyens de transports, etc.).

De l’initiation d’une dynamique de développement local à la couverture des besoins d’urgence : une réponse conjointe aux besoins des populations du Haut Mbomou

Du fait de son isolement, et de la faible densité de sa population, la Préfecture du Haut Mbomou est longtemps restée en marge des préoccupations des autorités locales et des organisations internationales, avec peu d’acteurs humanitaires pour répondre aux besoins d’une population marginalisée et dépourvue d’accès aux infrastructures de base et de production.

L’organisation par ACTED, au cours de l’année 2009, de formations techniques aux associations locales, l’accompagnement de groupements communautaires dans la mise en œuvre de micro projets d’utilité publique (forages de puits, renforcement des capacités agricoles, création de radios communautaires), et l’appui aux autorités locales dans la définition d’un Plan Préfectoral de Développement ont ainsi pour objectif de structurer le tissu social existant et d’initier une dynamique locale de développement.

L’afflux, à partir de septembre 2009 de plus de 5 000 réfugiés congolais dans la préfecture puis les attaques de groupes de la LRA ont superposé un contexte d’urgence à des problématiques de développement local. Dans ce contexte de « continuum » d’une situation humanitaire d’urgence et d’un contexte de sous-développement, risquant d’engendrer des tensions entre populations réfugiées et populations hôtes sans véritables ressources locales et dépendantes des organisations humanitaires, ACTED est intervenue afin de couvrir conjointement les besoins élémentaires des deux communautés, dans un souci permanent d’assurer la bonne cohabitation entre réfugiés congolais et centrafricains de Zémio.

De plus, parallèlement aux activités de renforcement des capacités communautaires, ACTED a développé de nouvelles activités répondant à cette évolution du contexte, dans les domaines de la sécurité alimentaire et de l’accès à l’eau et à l’assainissement.

Afin de répondre aux besoins alimentaires des réfugiés, qui ont manifesté leur désir de s’intégrer dans le tissu communautaire local, et de prévenir les tensions entre populations hôtes et réfugiées, ACTED a lancé un projet de mise en valeur de parcelles maraîchères auprès de 1 400 ménages issus des deux communautés. Ce projet de sécurité alimentaire débuté en 2009 répond également au besoin de diversification des cultures et de l’alimentation, et est le prélude à un projet plus global de structuration de la production maraîchère locale, qui aura lieu en 2010.

Ce projet sera accompagné par la mise en œuvre d’un programme de réalisation et de réhabilitation de puits dans le camp de réfugiés et dans les sites habités par la population hôte de Zémio. Cette réponse aux besoins en eau potable de la population réfugiée et environnante sera accompagnée d’une campagne de sensibilisation à l’hygiène.

Soucieuse de répondre de manière globale aux besoins identifiés, ACTED s’est ainsi inscrite en 2009 dans une logique de diversification de ses actions en Centrafrique. En 2010, cette diversification permettra la mise en œuvre d’une approche intégrée, combinant réhabilitation d’infrastructures routières et mise en place de programmes de sécurité alimentaire, en eau et assainissement le long des axes réhabilités.

 

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