Mali ACTED

Répondre aux impacts du changement climatique sur le continent africain

Alors que la critique occidentale emploie parfois encore des "si" avant d’évoquer le changement climatique, une appréciation si détachée n'est plus possible pour les éleveurs et les agriculteurs des régions arides d'Afrique. Au cours des dix dernières années, l'Afrique de l'Est et le Sahel ont enregistré de nouveaux records de températures avec une régularité alarmante. Bien que certains météorologues émettent l'hypothèse que l'augmentation des températures entraînerait davantage de précipitations dans la région, jusqu'à présent, la météo est restée plutôt imprévisible et s'est caractérisée par des sécheresses prolongées. En conséquence directe, 80% des terres agricoles du Sahel se sont dégradées, selon les Nations Unies. De même, des états de l'est de l'Afrique comme le Kenya et la Somalie ont connu un réchauffement deux fois et demie plus élevé que les moyennes mondiales, avec des précipitations diminuant régulièrement depuis 1980.

CERTAINES PARTIES DE L'AFRIQUE DE L'EST ET CENTRALE SUBISSENT UN RÉCHAUFFEMENT DEUX FOIS PLUS RAPIDE QUE LA MOYENNE
L'ANNÉE 2019 MARQUAIT AU KENYA LA CINQUIÈME ANNÉE CONSÉCUTIVE DE SÉCHERESSE
FEMMES, ENFANTS ET PERSONNES ÂGÉES SONT PLUS VULNÉRABLES FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Par le passé, la résolution des conflits liés au partage des ressources naturelles consistait essentiellement en une médiation entre les dirigeants locaux. Ces conflits ne représentait alors pas les défis majeurs des populations locales. Cependant, en peu de temps, ce terrain d’affrontement entre l’homme et le désert s’est vu transformé par le changement climatique en un champ de bataille entre les hommes. Les négociations traditionnelles ont cédé la place à l’augmentation des violences inter-communautaire, entre changement climatique, croissance démographique et insurrections djihadistes, autant de facteurs qui ont accru la pression sur les ressources. Les conflits liés au changement climatique seraient la principale cause de déplacement au Sahel, d’après les Nations Unies. En Somalie, les conflits entraînent encore le déplacement de trois à cinq cent mille personnes chaque année. Ce phénomène crée un éloignement entre les communautés et les terres cultivables, qui se dégradent peu à peu.

La marge d’adaptation à cette nouvelle réalité est possible, mais sa portée est limitée. Selon le groupe d’assurance African Risk Capacity (ARC), l’aggravation de la sécheresse affecte lourdement les budgets des pays du Sahel. Ils pourraient nécessiter jusqu’à trois milliards de dollars d’aide d’urgence pour surmonter ces effets à court terme.

ACTED reste active en Afrique de l’Est et dans la région du Sahel, ciblant à la fois ceux qui restent dans les zones les plus reculées et ceux qui sont contraints au déplacement par des facteurs indépendants de leur volonté. Un élément central de la stratégie d’ACTED est d’aider les communautés à se développer de manière à améliorer leur résilience face aux catastrophes liées au changement climatique, telles que les sécheresses et les inondations.

Mali

Au Mali, 7,2 millions de personnes sont en situation de crise humanitaire due à la sécheresse, aux inondations et aux conflits. ACTED aide ces familles à détecter les signes de malnutrition et renforce les capacités locales de prise en charge des enfants souffrant de malnutrition aiguë.

Alors que l’insécurité alimentaire touche 2,5 millions de personnes au Mali, ACTED accompagne les agriculteurs de Gao et de Ménaka avec des formations à des pratiques agricoles améliorées. Parallèlement, ACTED organise également des campagnes de vaccination de bétail et supervise la réhabilitation d’infrastructures agricoles.

En tant que point focal pour la réduction des risques de catastrophe au sein du Consortium African Risk Capacity (ARC) au Mali, ACTED a passé ces trois dernières années à travailler en étroite collaboration avec les communautés de Binga/Salakoira, Ménaka, Tienkour et Tindirma pour coordonner le développement des plans d’urgence. ACTED a également diffusé à la radio des informations sur la réduction des impacts des inondations, sécheresses, épidémies, tempêtes de sable et feux de forêt.

Niger

Le conflit au Mali a également eu des conséquences pour le Niger, qui a accueilli près de 60 000 réfugiés maliens au cours de l’année dernière. La sécurité alimentaire et la malnutrition chez les enfants au Niger restent très répandues. Les fréquents mouvements de population à travers le pays présentent également de graves risques pour la santé, étant donné le nombre de personnes non vaccinées contre la méningite, la rougeole et le choléra, et le manque d’infrastructures sanitaires locales pour faire face à la situation.

Une grande partie du travail d’ACTED au Niger cible les sites de déplacement dans les régions de Diffa, Tillaberi et Agadez, qui accueillent un grand nombre de Nigériens fuyant le conflit entre les groupes armés et le gouvernement. L’organisation s’est employée à renforcer les réseaux d’approvisionnement en eau et à gérer les déchets provenant de ces sites afin de réduire leur impact nocif sur les personnes et l’environnement. ACTED est également actrice du Mécanisme de Réponse Rapide, un dispositif permettant aux familles déplacées de recevoir de la nourriture, de l’eau et du matériel d’abri d’urgence dans les plus brefs délais possibles.

Tchad

Cash for work activities for Central African refugees in Gaoui camp allow them to earn a salary and participate in the improvement of community spaces

Le Tchad continue d’accueillir près d’un demi-million de réfugiés, en plus de faire face au déplacement de plus de 100 000 de ses propres citoyens.

Dans la région du Kanem, dans l’ouest du Tchad, ACTED vient en aide aux populations vulnérables touchées par les sécheresses et autres aléas climatiques, et les invasions de locustes. Pour remédier à ce problème, le développement des cultures maraîchères à petite échelle s’est avéré très efficace dans la lutte contre ces défis.

Communautairement gérés, elles servent le triple objectif de protéger les sols, améliorer les moyens d’existence et d’accroître la diversité des aliments dans les zones où les niveaux de nutrition sont faibles. Ces cultures maraîchères restent essentielles pour empêcher l’abandon des terres en faveur des éléments.

ACTED renforce également la cohésion sociale entre les populations locales et les réfugiés, en employant des réfugiés pour maintenir et améliorer les zones et infrastructures communes. Étant donné que les épidémies de maladies d’origine hydrique sont plus probables dans les zones où la population augmente soudainement, ACTED soutient ces communautés en leur fournissant des ressources et en les informant sur les techniques d’hygiène et d’assainissement.

Somalie

En dehors de la région du Sahel, mais partageant les mêmes défis en matière de changement climatique et de conflits, la Somalie reste l’un des contextes les plus vulnérables dans lesquels ACTED est active. Le pays était au bord de la famine en 2017, après quatre saisons consécutives de sécheresse. Ces sécheresses ont mis à rude épreuve les communautés rurales, les forçant à vendre leurs biens et à abandonner leurs terres.

En raison de ces sécheresses et des actions des groupes armés non étatiques, plus de 1,5 million de personnes sont confrontées à des niveaux aigus d’insécurité alimentaire. 90% de la population déplacée, dont la moitié a passé plus de trois ans loin de chez elle, a indiqué qu’elle préférait rester déplacée plutôt que de rentrer chez elle, étant donné l’insécurité et le manque de services actuel.

Workers collect garbage during a clean-up exercise organized by the community management disaster risk reduction committee (CMDRR) in Dhobley, Somalia.

ACTED applique la stratégie THRIVE[1] en Somalie. En résumé, il s’agit d’aborder une zone comme un système socio-écologique résilient, capable de s’auto-organiser, d’apprendre et de s’adapter aux chocs et aux stress que lui imposent le climat et d’autres facteurs d’origine humaine. Concrètement, cela signifie qu’il faut faire participer les collectivités unies par leur dépendance mutuelle à l’égard d’un écosystème particulier afin d’assurer la gestion durable des ressources naturelles et l’intégration de la chaîne de valeur. ACTED s’appuie sur trois piliers : 1) Raviver : en travaillant à la restauration de l’agriculture et des écosystèmes, 2) Émerger : en encourageant les liens entre les producteurs et les marchés et tous les niveaux de la chaîne de valeur intermédiaires et 3) Intégrer : en consolidant les réseaux sociaux qui impliquent les citoyens dans les prises de décisions quotidiennes.

L’idée est de permettre aux communautés de gérer leurs terres en symbiose, c’est-à-dire qu’à chaque étape de la chaîne de valeur, ACTED s’efforce d’intégrer des mesures pour assurer la santé à long terme de chaque secteur de l’écosystème. Ainsi, les collectivités commencent à protéger le sol en gérant l’érosion et en s’assurant que l’eau souterraine est rechargée. Au niveau de la végétation, elles privilégient une plus grande biodiversité et le reboisement. S’il s’agit d’éleveurs, les membres de la communauté appliquent la gestion globale des terres et de l’élevage (HLLM) pour réduire l’impact du bétail sur l’environnement.

[1] THRIVE (Towards Holistic Resilience in Vulnerable Environments)

Kenya

Si le Kenya n’est nullement confronté à des défis humanitaires d’une ampleur comparable à celle de la Somalie, il est également touché par des défis climatiques majeurs. 85% du territoire kényan est constitué de zones arides et semi-arides. C’est dans ces zones que les besoins humanitaires sont les plus important. Pour ces communautés, les menaces du changement climatique ne sont que trop évidentes. En 2017, le gouvernement kényan avait annoncé une situation d’urgence nationale suite à la nouvelle sécheresse. Cette sécheresse, qui faisait suite à quatre années consécutives de baisse des précipitations, avait fait doubler le nombre de kényans en situation d’insécurité alimentaire. En 2018, de graves inondations dans les comtés de Mandera, Samburu et Baringo avaient entraîné de lourdes pertes en vies humaines, en biens et en moyens de subsistance, forçant des milliers de personnes à quitter leur foyer.

La réponse d’ACTED au Kenya est double : d’une part, elle consiste à répondre aux besoins immédiats des populations touchées par les catastrophes naturelles. D’autre part, elle cherche à améliorer l’accès à l’eau et sa gestion. Cette réponse se poursuit notamment dans les zones où la pénurie continue à affaiblir les normes d’hygiène ainsi que la capacité des communautés à irriguer leurs terres agricoles. ACTED forme également les agro-pasteurs aux techniques agricoles modernes et les aident à adapter leurs pratiques aux défis posés par le changement climatique.

Fransisca, a beneficiary of the ACTED cash transfer program, weeding her small kitchen garden, which she started using the savings made from the cash received. The garden supplies the family with fresh vegetables to balance their dietary needs.

ACTED reste un acteur humanitaire de premier plan en Afrique centrale et orientale, fournissant des évaluations rapides et une assistance vitale lors des nouvelles vagues de déplacement. L’organisation s’efforce également de rendre les communautés plus résilientes face aux impacts du changement climatique et aux types de conflits qui deviennent inévitables à mesure que la crise climatique continue à faire des ravages sur les modes de vie des populations et les liens communautaires.

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