Tchad Aide Humanitaire

Crise du Lac Tchad : trois ans après, des populations déplacées toujours dans le besoin

En 2015, les attaques de Boko Haram sur les rives et îles du Lac Tchad ont provoqué d’importants déplacements de populations, entraînant une crise humanitaire sans précédent dans la région. Trois ans plus tard, 139 000 personnes sont toujours déplacées et restent dans le besoin.

Déplacements dans la région du Lac Tchad (au 30 juin 2018)

9892
réfugiés
20 582
retournés tchadiens
108 428
personnes déplacées
51 000
retournés

Entre déplacements de populations et insécurité alimentaire et nutritionnelle

La crise du Lac Tchad affecte tous les pays qui le bordent : le Niger, le Nigéria, le Cameroun et le Tchad. Depuis 2015, les attaques violentes du groupe Boko Haram poussent les populations à fuir leurs villages. Si les attentats sont plus rares que dans les pays voisins comme le Nigéria, le Tchad connaît une importante recrudescence d’attaques, et l’enrôlement de jeunes tchadiens reste un phénomène courant. La violente attaque du 19 juillet dernier, qui a fait 18 morts, ne laisse pas présager une accalmie dans l’immédiat. Aujourd’hui, on estime encore à près de 139 000 le nombre de personnes qui ont quitté les îles du Lac Tchad pour trouver refuge sur la terre ferme, laissant derrière elles leurs biens et leurs moyens de subsistance. Ces populations se réfugient souvent dans des camps de fortune, ou trouvent refuge auprès de villages d’accueil. Aujourd’hui, on recense plus de 120 villages ou sites qui accueillent des personnes déplacées. Les besoins humanitaires de ces populations sont considérables, , tandis que les populations locales, déjà très vulnérables, subissent une pression supplémentaire du fait de leur arrivée.

Les régions de la bande sahélienne, dont celle du Lac Tchad, traversent une crise alimentaire et nutritionnelle chronique qui menace les moyens d’existence des communautés qui, pour s’adapter, recourent à des solutions souvent néfastes. Dans la région du Lac Tchad, les analyses gouvernementales prévoient que près de 190 000 personnes seront en situation d’insécurité alimentaire sévère en 2018, alors que les taux de malnutrition continuent de dépasser largement les seuils d’urgence fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

ACTED distribue des vivres aux populations déplacées
ACTED
Chaque mois, ACTED distribue des tonnes de vivres aux populations déplacées

ACTED vient en aide à près de 35 000 déplacés dans le département du Fouli

Depuis le début de la crise, ACTED est mobilisée pour permettre aux populations déplacées et d’accueil de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Malgré les interventions gouvernementales et l’aide humanitaire, la situation reste préoccupante car les mouvements de populations se poursuivent et une grande partie des déplacés dans les zones nord du lac ne seront pas en mesure de se réinstaller durablement dans leurs villages d’origine à court terme. Pour la troisième année consécutive, ACTED collabore avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour distribuer des vivres et des intrants nutritionnels à plus de 34 000 personnes déplacées à cause de l’insécurité et qui ont trouvé refuge dans 38 sites du département du Fouli. Chaque mois, le nombre de sites et de bénéficiaires évolue afin de prendre en compte les personnes nouvellement déplacées et qui ont besoin d’une aide d’urgence. Au-delà des distributions, ACTED sensibilise les communautés sur les bonnes pratiques alimentaires et d’hygiène afin de lutter contre la malnutrition. La malnutrition touche un nombre élevé d’enfants et de femmes enceintes et allaitantes (le taux de malnutrition aiguë globale s’élève à 11,4% dans la région du Lac Tchad). Des dépistages sont organisés tous les mois pour les enfants de moins de 5 ans  pour détecter les cas de malnutrition, et sont si nécessaire orientés vers le centre de santé le plus proche pour être pris en charge.

ACTED stand émargement bénéficiaire
ACTED
Les bénéficiaires émargent après avoir récupéré les vivres

Cibler les priorités pour répondre durablement à la crise du Lac Tchad

La conférence humanitaire d’Oslo 2, co-organisée par la Norvège, l’Allemagne et le Nigéria, va se tenir à Berlin du 3 au 4 septembre 2018 pour tenter d’apporter des solutions durables à la crise du Lac Tchad, en conjuguant interventions humanitaires, sécuritaire et aide au développement. Le 27 juillet 2018, ACTED a pris part à une rencontre de concertation afin de préparer la conférence. Les acteurs humanitaires œuvrant dans la région du Lac Tchad se sont rassemblés autour du comité technique pour la sécurité et le développement et ont pu échanger sur les priorités dans la région. Présente depuis 2011 dans la région du Lac Tchad, ACTED a partagé son expertise et sa vision pour la région avec les parties prenantes. Au regard des dynamiques actuelles mises en évidence par les analyses récentes, dont celles de REACH, ACTED plaide pour la prise en compte des réalités spécifiques de chaque zone de la région du Lac Tchad, afin d’apporter une réponse adaptée aux différents problèmes : l’émancipation des personnes déplacées vivant dans les zones du nord du lac, des conditions satisfaisantes pour permettre le retour des populations insulaires dans leur villages d’origines dans les zones au sud du lac, et l’investissement dans la production et le capital humain pour lutter durablement contre la crise alimentaire et nutritionnelle.

ACTED sensibilise aux pratiques alimentaires et nutritionnelles
ACTED
ACTED sensibilise les communautés sur les bonnes pratiques alimentaires et nutritionnelles

Bénéficiaires du projet d’ACTED (au 30 juin)

34 101
personnes déplacées internes bénéficiaires de distributions générales de vivres
5451
enfants de 6 à 24 mois sous couverture nutritionnelle
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