Tchad Humanitarian Aid

Adré : Acted face à l’urgence, structurer le traitement des déchets en contexte de crise

Depuis avril 2023, Adré fait face à l'un des afflux de réfugiés les plus rapides de ces dernières décennies. Fuyant les violences au Darfour, des centaines de milliers de Soudanais ont franchi la frontière tchadienne, plaçant la ville sous une pression immédiate. Parmi les urgences immédiates, l'assainissement s'est rapidement imposé comme un défi critique : des latrines saturées, des risques épidémiques croissants et une infrastructure sanitaire débordée.

Acted, présente au Tchad depuis 2004, a déployé ses équipes dès les premiers jours de la crise et s’est progressivement affirmée comme un acteur de référence dans le domaine de l’assainissement, notamment via la vidange de latrines à Adré et sur le site de Dougui, avec le soutien de la DG-ECHO. En janvier 2026, à la suite du retrait de Médecins Sans Frontières (MSF), Acted a repris la gestion de la Station de Traitement des Boues de Vidange (STBV), assurant la continuité d’un service essentiel à la santé publique.

Réservoir de stockage de la station de traitement de boues de vidange à Adré

À Adré, sans traitement adapté des boues, le risque est immédiat : contamination de l’eau, des sols, propagation de maladies hydriques comme le choléra ou l’hépatite E. Avant la mise en place d’une filière structurée, les pratiques de vidange non contrôlées se multipliaient : dépôts anarchiques à proximité des habitations, contamination des nappes phréatiques, latrines inutilisables faute d’entretien. Le résultat est une dégradation continue des conditions de vie et un épuisement prématuré d’infrastructures déjà sous pression.

La STBV apporte une réponse concrète à ce défi. Dotée de réservoirs de stockage, de lits de séchage, de tranchées d’infiltration pour le traitement biologique et d’un mécanisme d’incinération des résidus solides, elle assure un cycle de traitement complet et sécurisé. Les latrines vidangées sont remises en service rapidement et leur durée de vie est prolongée. Avec une capacité de vidange estimée à 400 m³ par mois, la station est dimensionnée pour desservir jusqu’à 18 000 personnes.

Les effets sont particulièrement visibles pour les populations les plus vulnérables. Les femmes bénéficient d’un accès à des latrines propres et fonctionnelles, renforçant leur sécurité, notamment la nuit. Les enfants, quant à eux, grandissent dans un environnement plus sain, réduisant leur exposition aux maladies, ce qui se traduit par de meilleures conditions de santé et de scolarisation. La STBV est ainsi bien plus qu’une infrastructure technique : elle est un pilier de la dignité et de la protection des communautés déplacées.

Adrien, agent EHA à la station de traitement des boues de vidange

Initialement, les boues étaient enfouies dans le sol sans test de garantie. Cela nous inquiétait beaucoup tant sur le plan environnemental que social. Mais depuis le lancement et la mise en fonctionnement de la station, les boues sont traitées et analysées avant d’être enfouies, dans le respect des normes environnementales. Cela nous donne une garantie en matière de prévention pour la santé publique de notre communauté et pour la santé environnementale. Grâce aux différents traitements que subissent les boues, nous sommes épargnés de plusieurs maladies que pouvaient causer les boues collectées.

Adrien, agent EHA

Au-delà de la réponse immédiate, la STBV d’Adré ouvre également la voie à des opportunités économiques dans la région. Une fois traitées et séchées, les boues peuvent être transformées en charbon écologique, réduisant la pression sur les ressources forestières locales, ou utilisées comme engrais organique pour améliorer la fertilité des sols agricoles. Encore en phase de développement, cette approche pose les bases d’un modèle plus durable, fondé sur l’implication progressive des communautés : l’expertise technique développée, les matières premières présentes sur le site d’Adré, et l’implication des organisations communautaires de base (CBO) des réfugiés offrent des perspectives concrètes. En transformant un défi sanitaire en levier de développement local, Acted illustre sa conviction : même dans les contextes les plus exigeants, des solutions durables portées par les communautés sont possibles.

Claire, infirmière à l’ONG Première Urgence Internationale (PUI)

Nos latrines étaient saturées, ce qui faisait craindre l’apparition de maladies liées à l’insalubrité. L’intervention d’Acted a permis de les remettre en service rapidement, sécurisant ainsi l’environnement pour les patients et le personnel. Cela nous a également évité de devoir construire de nouvelles latrines et de réallouer ces ressources à d’autres activités médicales.

Claire, infirmière

Lit de séchage de la station de traitement des boues de vidange à Adré

En structurant la gestion des déchets dans un contexte d’urgence, Acted ne se limite pas à répondre à une crise sanitaire immédiate. L’organisation met en place des solutions durables qui améliorent les conditions de vie, réduisent les risques environnementaux et ouvrent de nouvelles opportunités pour les populations affectées. À Adré, l’assainissement devient ainsi un levier essentiel de protection, de dignité et de résilience.