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Au cœur du Lac Tchad, continuer d’apprendre malgré les déplacements et la faim

Dans la province du Lac, au Tchad, aller à l’école reste un défi pour des milliers d’enfants. Depuis près de dix ans, l’insécurité liée aux groupes armés et les aléas climatiques bouleversent le quotidien des familles. Entre déplacements forcés, pression sur les ressources et infrastructures limitées, de nombreuses familles vivent dans des conditions fragiles. Dans certaines zones soutenues par Acted, moins d’un enfant sur deux est scolarisé et les écoles manquent de salles de classe, de matériel et d’enseignants. Dans le département du Fouli, Acted accompagne depuis 2021 les populations déplacées et les communautés d’accueil pour redonner aux enfants un accès à l’éducation.

Jean*, maître communautaire à l’école de Kiskawadine

Appui aux écoles du Fouli : des enfants plus présents, plus motivés et plus confiants

Au nord de la Province du Lac, sept écoles se distinguent dans le paysage désertique du département de Fouli. Depuis 2021, ces structures soutenues par Acted offrent aux enfants un espace d’apprentissage essentiel malgré un contexte marqué par l’insécurité et les déplacements de population : situé à proximité de la frontière avec le Niger, le département est l’une des zones les plus affectées par les attaques de groupes armés, poussant de nombreuses familles à fuir leur village à la recherche d’un endroit plus sûr où s’installer.  

Dans ce contexte, l’accès à l’éducation est souvent l’un des premiers services essentiels à être fragilisé. Dans le département, une évaluation menée par Acted révèle ainsi que 51% des ménages déclarent qu’au moins un enfant sur deux âgé de 6 à 18 ans n’est pas scolarisé. Dans les zones rurales et difficiles d’accès du Fouli, les écoles sont peu nombreuses et les bâtiments souvent dégradés, notamment sous l’effet des conditions climatiques et des vents violents. Même lorsqu’elles fonctionnent, elles manquent fréquemment de salles de classe, d’équipements et de matériel pédagogique, ce qui limite la qualité de l’enseignement et l’apprentissage des enfants. 

 

Aujourd’hui, ce sont 2 592 enfants, majoritairement déplacés à la suite d’attaques armées, qui bénéficient d’un environnement d’apprentissage sûr grâce à l’action menée par Acted avec l’appui de la DG ECHO. Ces enfants fréquentent ainsi sept écoles réhabilitées dans le nord du département, dotées désormais de salles de classe, hangars et cantines scolaires. Des forages et des latrines ont également été installés afin d’améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, garantissant de meilleures conditions d’hygiène aux élèves et un environnement plus propice à l’apprentissage. L’impact de ce soutien se fait sentir au quotidien : les parents et accompagnants observent davantage de motivation, de confiance et d’intérêt pour l’école. Mahamat*, parent d’élève de l’école réhabilitée sur le site de personnes déplacées de Koulougou 1, note des changements importants :

Non seulement, les enfants apprennent à lire et à écrire mais aussi ils se comportent bien à la maison. Ils se lavent les mains avant de manger, ils respectent les parents. Ils ont certainement acquis ces bonnes habitudes à l’école. Même les adultes qui côtoient les enseignants ont eu un changement de comportement et chacun encourage ses enfants à aller à l’école. […] Nous les parents, nous n’avions pas eu la chance de connaître l’école et cela a impacté très négativement notre comportement et notre mentalité. Alors, nos enfants doivent aller à l’école pour construire leur avenir et leur devenir.

Mahamat

Mahamat* parent d’élève de l’école de Koulougou 1

Assurer la continuité de l’apprentissage aux côtés des enseignants

Au-delà des investissements réalisés dans les infrastructures scolaires, la continuité de l’éducation repose sur un pilier essentiel : la présence et le renforcement des enseignants. Sans eux, les salles de classe restent des espaces inertes, incapables d’assurer l’apprentissage au quotidien. Dans la province, le ratio moyen est estimé à un enseignant pour 167 élèves (Annuaire Statistique de l’Éducation), illustrant l’ampleur du déficit. Dans le Fouli, Acted accompagne plus de 30 maîtres communautaires et maîtres stagiaires, en lien avec les services de l’Inspection Pédagogique de l’Enseignement Primaire et de l’Inspection Départementale de l’Éducation Nationale. Cet appui vise à maintenir les écoles fonctionnelles malgré les nombreuses contraintes, en soutenant directement les enseignants dans l’exercice de leurs missions.  

Grâce au fonctionnement continu des écoles depuis 5 ans, la scolarisation est désormais perçue par les familles comme un élément essentiel pour l’avenir des enfants. Cependant, les avancées restent fragiles face à des contraintes structurelles importantes. L’évaluation menée par Acted montre ainsi que 35% des communautés déplacées identifient les difficultés financières comme un obstacle majeur à la scolarisation, mettant en évidence une réalité préoccupante concernant l’accès à l’alimentation : en 2025, 56% des élèves déclaraient rentrer chez eux en ayant faim, affectant leur concentration et leur capacité d’apprentissage. Dans un contexte de diminution des financements humanitaires, les cantines scolaires, jusque-là soutenues par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), ne sont désormais plus ou pas suffisamment approvisionnées. En première ligne, Jean*, maître communautaire à Kiskawadine, apporte un éclairage sur ces difficultés rencontrées par les élèves : 

Au début, [les élèves] étaient réguliers et motivés, pensant que la cantine scolaire allait d’un moment à un autre fonctionner. Mais vers janvier [2026] où il a été officiellement décrété que l’école ne pouvait être approvisionnée en vivres scolaires par le PAM, la démotivation a commencé. […] Les parents des élèves du site sont vulnérables au point de ne pas pouvoir assurer l’alimentation des enfants à la maison. Sans le repas scolaire, l’éducation ne pourrait prospérer comme souhaité.

Jean

Jean*, maître communautaire à l’école de Kiskawadine

Encourager l’accès et le maintien des filles à l’école

Les contraintes liées aux difficultés économiques pèsent en particulier sur la scolarisation des filles. Dans le Fouli, une évaluation de protection réalisée par Acted souligne que 33% des ménages déclarent ne pas scolariser leurs filles, souvent mobilisées pour les tâches domestiques ou le soutien aux activités familiales. En contexte de ressources limitées, les arbitrages familiaux privilégient fréquemment les garçons, ce qui accroît le risque d’abandon ou d’irrégularité scolaire chez les filles. À ces facteurs s’ajoutent des enjeux de protection, notamment les mariages précoces, qui demeurent un obstacle important au maintien des filles à l’école.  

Face à ces défis, des actions de sensibilisation et de promotion de pratiques éducatives inclusives sont mises en œuvre afin d’encourager la scolarisation de tous les enfants. Sous la forme de dialogues menés avec les leaders locaux et les parents pour encourager l’inscription et le maintien des filles à l’école, ces actions visent à renforcer la compréhension de l’importance de l’éducation des filles et à limiter les obstacles de protection tels que les mariages précoces. Ces efforts contribuent progressivement à rendre l’accès à l’éducation plus inclusif et à renforcer la résilience des communautés. Les résultats sont encourageants avec un ratio équilibré entre filles et garçons dans les écoles soutenues par Acted, traduisant une évolution positive. A l’école de Kiskawadine, Fatima*, élève de CE2 partage ainsi son rêve, celui de devenir infirmière : 

J’aime l’école parce qu’elle va me donner un bon travail un jour. Le maître nous dit que si nous venons à l’école, nous pourrions devenir des ministres, des directeurs, des docteurs, etc. Donc, moi, mon rêve est de devenir infirmière. Je me sens en sécurité à l’école car je suis entouré des enseignants et des amis et des parents qui y viennent. Parfois à la maison, je suis seule. Maman et Papa sortent pour aller travailler quelque part. Je veux que Acted me donne les fournitures scolaires chaque année. Et il faut aussi le repas scolaire. Les années passées, on mangeait à l’école, mais cette année, il n’y a rien et c’est difficile pour nous.

Fatima

Fatima*, élève en CE2 à l’école de Kiskawadine

Acted poursuit son engagement pour améliorer durablement les conditions d’apprentissage et garantir le droit fondamental à l’éducation des filles et garçons déplacés de force dans la province du Lac. Les progrès observés auprès des écoles du Fouli doivent être consolidés afin de garantir à tous les enfants des conditions équitables d’accès et de réussite scolaire. Dans cette perspective, Acted appelle à un financement accru et pérenne des cantines scolaires, levier essentiel pour renforcer la fréquentation, améliorer les apprentissages et sécuriser durablement les parcours éducatifs dans les contextes les plus vulnérables. 

*Les noms des bénéficiaires ont été modifiés ou remplacés afin de préserver leur anonymat et garantir la confidentialité des informations personnelles les concernant.