La Somalie fait face à une crise humanitaire complexe qui ne cesse de s’aggraver, alimentée par l’enchaînement de chocs climatiques, d’épidémies et d’un conflit qui perdure. Les longues périodes de sécheresse, combinées à des pluies insuffisantes, fragilisent fortement l’agriculture et les moyens de subsistance. À l’inverse, des inondations soudaines, qu’elles soient dues aux pluies ou au débordement des rivières, endommagent lourdement les infrastructures essentielles. Dans ce contexte, l’insécurité persistante accentue les vulnérabilités et pousse de nombreuses personnes à se déplacer à l’intérieur du pays.
Alors que la Somalie continue de subir des chocs multiples et concomitants, les ménages vulnérables sont de plus en plus exposés à des conditions humanitaires extrêmes. Début 2026, la situation en matière de sécurité alimentaire en Somalie reste critique. Selon l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition (FSNAU) et l’analyse IPC, environ 6,5 millions de personnes devraient être confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë (phase IPC 3 ou supérieure) entre février et mars 2026, dont plus de 2 millions de personnes en phase IPC 4 (urgence), caractérisée par de graves déficits alimentaires et des niveaux élevés de malnutrition aiguë. Bien qu’une légère amélioration saisonnière soit attendue, on estime que 5,5 millions de personnes devraient encore se trouver en phase 3 de l’IPC ou au-delà pendant la période d’avril à juin 2026, ce qui indique une incapacité persistante à satisfaire les besoins alimentaires de base sans recourir à des stratégies d’adaptation négatives.
Afin de répondre efficacement et rapidement aux différents chocs émergents et aux besoins humanitaires actuels, y compris les risques en matière de protection, le Somali Cash Consortium (SCC), dont Acted est un partenaire clé, fournit une aide financière polyvalente (MPCA) aux ménages touchés par la crise, à la suite d’alertes et d’évaluations conjointes rapides des besoins. Financé par la DG ECHO et la Direction du développement et de la coopération (DDC), le projet vise à soulager les souffrances des ménages récemment déplacés touchés par les conflits, les sécheresses, les crues soudaines et les inondations fluviales, ainsi que d’autres crises et chocs prolongés à travers la Somalie. Grâce à un soutien financier flexible et opportun, le SCC permet aux familles vulnérables de subvenir à leurs besoins fondamentaux urgents tout en leur redonnant leur dignité et en renforçant leur capacité à faire face aux chocs.
Le district d’Afgoye, situé dans la région de la Basse-Shabelle, continue d’être gravement touché par des chocs qui se superposent, notamment des conflits récurrents et la sécheresse. Ces crises ont entraîné des déplacements à grande échelle et ont considérablement accru la vulnérabilité des communautés touchées, en particulier en ce qui concerne les risques liés à la protection. Cette situation a créé un besoin urgent d’une aide humanitaire coordonnée, motivée par des urgences cumulées et récurrentes. Afin de mieux comprendre l’évolution des besoins et des niveaux de vulnérabilité, Acted, en collaboration avec d’autres partenaires de protection, a participé à une évaluation rapide et multisectorielle des besoins à Afgoye. Cet exercice a notamment permis de recenser les partenaires de protection et a mis en évidence d’importantes préoccupations en matière de protection, ainsi que des lacunes critiques dans les filières d’orientation pour les ménages hautement vulnérables touchés par la sécheresse et les conflits.

En réponse, Acted, en partenariat avec le Somali Cash Consortium (SCC), a fourni une aide en espèces (MPCA) à 200 ménages vulnérables identifiés grâce à des orientations en matière de protection. Acted a utilisé le formulaire d’enregistrement unique pour enregistrer les bénéficiaires orientés et vérifier leur éligibilité à l’aide. Le formulaire d’enregistrement unique (SRF) est un outil standardisé utilisé pour vérifier l’éligibilité des bénéficiaires à l’aide MPCA grâce à un système de notation automatisé, tout en évitant les doublons via une base de données biométrique centralisée, en facilitant les orientations inter-agences, en améliorant le ciblage des ménages vulnérables et en permettant une prise de décision fondée sur les données. Ces ménages avaient été exposés à de multiples facteurs déclencheurs de protection et ont été priorisés pour bénéficier d’une aide visant à réduire leur vulnérabilité et à renforcer leur capacité d’adaptation. Chaque ménage a reçu trois cycles de transferts monétaires sur une période de trois mois.
Halima Abdukadir Hassan, âgée de 40 ans et mère de neuf enfants (quatre filles et cinq garçons), faisait partie des personnes contraintes de fuir leur domicile à Qoryoley après que des sécheresses récurrentes et l’escalade du conflit eurent détruit leurs moyens de subsistance et accru les risques pour leur sécurité. Veuve et seule responsable de sa famille, elle s’est enfuie en quête de sécurité et est arrivée au camp de déplacés de Dhigoley, dans le district d’Afgoye, avec pour seul bagage l’espoir d’une vie stable. Le déplacement a entraîné d’immenses difficultés, la laissant incapable de subvenir aux besoins les plus élémentaires de ses enfants et exposant la famille à une grave vulnérabilité. Après une période difficile, Halima a été identifiée grâce à une orientation vers les services de protection. Répondant aux critères de ciblage basés sur la vulnérabilité et vérifiée à l’aide de l’outil SRF, Halima a été enregistrée parmi les 200 ménages bénéficiant de trois cycles de MPCA dans le cadre de l’intervention d’urgence d’Acted. En recevant 90 dollars par mois pendant trois mois consécutifs, elle a pu répondre aux besoins urgents du ménage, tels que la nourriture, l’eau et d’autres produits de première nécessité, ce qui a considérablement réduit les pressions immédiates et rétabli un sentiment de stabilité au sein de sa famille. Vivant dans le camp de déplacés sans source de revenus fiable, Halima comptait initialement entièrement sur cette aide pour survivre. Cependant, lorsqu’elle a reçu son premier versement en espèces, elle a pris une décision stratégique et tournée vers l’avenir. Plutôt que d’utiliser la totalité du montant pour sa consommation, elle a commencé à épargner une partie de chaque versement. Au cours de ces trois cycles, elle a réussi à mettre de côté 150 dollars.

Grâce à ces économies, Halima a pris l’initiative de lancer une activité génératrice de revenus au sein du camp. Elle s’est rendue au marché voisin d’Afgoye pour s’approvisionner en produits abordables et très demandés, tels que des légumes frais, des oignons, des tomates, du riz, de l’huile de cuisson, ainsi que des produits ménagers de première nécessité, notamment du savon, du sucre et des lessives. Il s’agissait de produits auxquels de nombreuses familles déplacées avaient du mal à accéder en raison de la distance, des frais de transport et de l’insécurité. De retour au camp, Halima a construit un kiosque à côté de son abri à l’aide de poteaux en bois et de bâches en plastique. Il est rapidement devenu l’un des rares magasins en activité dans cette partie du camp, attirant les résidents des environs qui appréciaient sa commodité. Les mères, en particulier, appréciaient de pouvoir se procurer des produits de première nécessité sans avoir à parcourir de longues distances, tandis que les personnes âgées de la communauté comptaient sur l’accessibilité et la confiance qu’Halima leur offrait. À mesure que sa clientèle s’élargissait, Halima réinvestissait une partie de ses bénéfices pour réapprovisionner son stock et diversifier progressivement son offre. En peu de temps, son petit étal de légumes s’est transformé en un kiosque plus complet proposant un large éventail de produits de première nécessité.
Dans ce camp, tout semblait incertain au début, mais le fait de lancer mon entreprise m'a donné de la force et un but. Cela m'a montré que même ici, je peux me reconstruire et assurer l'avenir de ma famille.
L’activité s’est transformée en un centre d’activité au sein du campement et en un exemple visible de résilience malgré des conditions de vie difficiles. Les revenus générés par son kiosque ont commencé à transformer son foyer. Halima pouvait désormais offrir des repas plus réguliers et plus nutritifs à ses enfants, réduisant ainsi son recours aux emprunts et aux mécanismes d’adaptation néfastes. Elle a également commencé à épargner des sommes chaque semaine, ce qui lui a permis d’acheter des fournitures scolaires et des uniformes pour que ses enfants puissent aller à l’école. De plus, elle était mieux à même de répondre aux besoins de santé de base, améliorant ainsi le bien-être général de sa famille.
Halima a décrit ce changement avec fierté :
Avant de bénéficier de l’aide financière, je me sentais dépassée et désorientée. Aujourd’hui, j’ai retrouvé un but dans la vie. Mon entreprise me permet de subvenir aux besoins quotidiens de mes enfants, de les maintenir à l’école et me donne confiance en l’avenir.
Son parcours montre à quel point l’aide financière peut aller au-delà de la simple satisfaction des besoins immédiats pour ouvrir la voie vers l’autonomie et la dignité. Grâce à sa détermination et au soutien opportun qu’elle a reçu, Halima a non seulement amélioré les conditions de vie de sa famille, mais elle est également devenue une source d’inspiration pour d’autres femmes du camp, démontrant ainsi que le rétablissement et la reconstruction des moyens de subsistance sont possibles même en situation de déplacement.
Halima souligne l’impact de l’assistance financière fournie par Acted, avec le soutien de la DDC via le SCC, qui lui a permis de stabiliser sa situation et de relancer progressivement son activité.
Acted remercie la DDC pour ce partenariat de long terme, qui contribue à renforcer l’autonomie économique des ménages déplacés et à soutenir des trajectoires de reconstruction durables en contexte de déplacement.