Irina O*, 53 ans, vit à Izioum, une ville de l’oblast de Kharkiv, dans l'est de l’Ukraine, située à une vingtaine de kilomètres des zones de combats actifs. La ligne de front se trouve à environ 28 kilomètres de la ville, séparée de celle-ci par quelque 8 kilomètres de no man’s land. Plusieurs ponts permettent d’accéder à Izioum, mais ces infrastructures sont régulièrement prises pour cible, perturbant les routes logistiques essentielles de la région.
La vie d’Irina a basculé lorsqu’elle a reçu un diagnostic de la maladie de Wilson, une maladie génétique rare et héréditaire provoquant une accumulation excessive de cuivre dans le foie ou le cerveau. Sans dépistage ni traitement adapté, cette maladie peut avoir des conséquences mortelles.
Je ne peux plus marcher seule aujourd’hui et je dépends entièrement de l’aide des autres. Il n’y a aucun médecin spécialiste à Izioum capable de me prendre en charge, alors me rendre à l’hôpital de Lozova était littéralement une question de vie ou de mort.
Grâce au soutien du Fonds humanitaire pour l’Ukraine (UHF), Acted et son partenaire local Volunteer 68 organisent des transports pour les personnes à mobilité réduite, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées vivant à proximité de la ligne de front. Sans cette aide, beaucoup d’entre elles se heurteraient à d’importants obstacles pour accéder aux soins de santé dont elles ont besoin.
La ville d’Izioum a été lourdement touchée lors des premières phases de l’invasion à grande échelle de 2022 et continue aujourd’hui de subir régulièrement les conséquences du conflit.
« La guerre a transformé ma vie et notre ville en une épreuve permanente de résilience. Avant l’invasion à grande échelle, Izioum était une ville agréable et verdoyante où la vie suivait son cours. Aujourd’hui, elle est marquée par shrapnel* et par la souffrance. Partout où l’on regarde, on voit des bâtiments en ruines, des fenêtres brisées et des rues désertées. Environ 80 % des infrastructures ont été endommagées et, même si nous nous efforçons de reconstruire, les traces de la guerre sont visibles à chaque coin de rue », témoigne Irina O.
« Ma vie a basculé lorsque l’on m’a diagnostiqué la maladie de Wilson. Il s’agit d’une maladie neurologique très imprévisible : il m’arrive parfois de ne pas pouvoir sortir de mon lit pendant quatre jours. Je souffre également de pertes de mémoire ; je peux oublier ce que l’on vient de me dire quelques instants auparavant. Mon mari est un ancien combattant et c’est lui qui s’occupe de moi aujourd’hui. Malheureusement, il a récemment été hospitalisé à la suite d’une crise hypertensive. Je me suis alors retrouvée seule dans un appartement glacial. Nous avons dû faire appel à une aide à domicile pour les courses et la préparation des repas, ce qui représente une charge considérable pour notre budget déjà limité.
Nos conditions de vie à Izioum sont extrêmement difficiles. Jusqu’à récemment, nous n’avions même plus de fenêtres : elles ont été soufflées lors d’une attaque. Pendant longtemps, elles ont été remplacées par de simples bâches en plastique. Nous n’avons pas de chauffage dans l’appartement et, après les dernières frappes, nous avons été privés d’électricité pendant deux ou trois jours. Or, notre chaudière à gaz ne fonctionne pas sans électricité, ce qui nous laisse dans le froid. C’est un cercle vicieux : tous nos équipements dépendent d’un réseau électrique régulièrement défaillant. Ce n’est que récemment qu’un groupe de bénévoles nous a aidés à installer de nouvelles vitres. Comme il n’y a aucun médecin spécialiste à Izioum capable de me prendre en charge, me rendre à l’hôpital de Lozova était pour moi une véritable question de vie ou de mort. Les transports publics ne circulent plus et les taxis refusent généralement de transporter une personne alitée souffrant de crises neurologiques sur une telle distance. »
Dans le cadre de ce projet financé par le Fonds humanitaire pour l’Ukraine (UHF), Acted soutient les populations affectées par la guerre dans les zones proches de la ligne de front de l’oblast de Kharkiv. Cette aide comprend des transferts monétaires, la distribution de biens essentiels, des services de transport, un accompagnement individualisé à travers un suivi de cas ainsi qu’une assistance humanitaire d’urgence. Grâce à son partenariat avec des acteurs locaux, Acted est en mesure d’atteindre les populations les plus exposées tout en renforçant les capacités des organisations locales afin qu’elles puissent fournir une aide humanitaire de manière plus autonome, résiliente et durable.
« J’étais désespérée ; la situation me semblait sans issue. J’ai découvert par hasard l’existence de ce service de transport solidaire grâce à une amie rencontrée à l’hôpital d’Izioum. Lorsqu’ils sont arrivés avec leur véhicule adapté, j’ai ressenti un immense soulagement. Malgré les difficultés du trajet et les retards aux postes de contrôle, ils ont tout mis en œuvre pour que j’arrive à mon rendez-vous médical à temps et pour me ramener chez moi en toute sécurité. Pour moi, cette aide représente bien plus qu’un simple moyen de transport : c’est mon unique lien avec l’extérieur et l’espoir d’une amélioration, même modeste, de mon état de santé. »
« À cause de ma maladie, je quitte rarement mon lit et ne sors quasiment jamais de chez moi. Mon univers se limite désormais aux quatre murs de cette pièce. Lorsque l’électricité est coupée, l’obscurité s’installe et la peur aussi, car je ne suis même plus capable de prendre soin de moi seule. Ma vie est une attente permanente : attendre le retour du courant, attendre que mon mari sorte de l’hôpital, attendre qu’une personne puisse m’aider. Vivre dans de telles conditions avec un handicap n’est pas seulement difficile, c’est un combat quotidien pour survivre.
La plus grande épreuve est la perte totale de mon autonomie. À cause de la maladie de Wilson, je ne peux plus simplement me lever pour aller acheter du pain ou me rendre à la pharmacie. Mon quotidien dépend entièrement de la venue de mon aide à domicile et de l’état de santé de mon mari. Je suis peu familière avec Internet, même si j’essaie de rester en contact grâce à mon téléphone portable. Beaucoup de personnes dans ma situation ne savent tout simplement pas où trouver de l’aide. J’ai découvert l’existence de votre organisation par hasard, en discutant avec quelqu’un alors que j’attendais mon rendez-vous chez le médecin. Sans cette rencontre, je serais probablement encore chez moi aujourd’hui, sans savoir comment me rendre à la clinique pour mes examens. »
« Grâce au soutien d’Acted, l’équipe de Volunteer 68 a pu organiser un transport en très peu de temps. Pour moi, cela a été une véritable bouée de sauvetage. Malgré l’état dégradé des routes et les retards aux points de contrôle, les chauffeurs ont réussi à m’emmener à temps à mon rendez-vous médical. Je voyais à quel point ils étaient soucieux que je n’arrive pas en retard, car reporter cette consultation avec le spécialiste n’était tout simplement pas envisageable. Ils ont fait preuve d’une attention remarquable tout au long du trajet, veillant à mon confort et à ma sécurité, puis ils m’ont raccompagnée jusque devant ma porte. Dans le contexte actuel, personne ne me devait une telle aide, pourtant ils ont tout fait pour moi. Aujourd’hui, je sais que même dans les moments les plus sombres, je peux compter sur le soutien de personnes prêtes à aider. »
« J’ai pu recevoir des soins médicaux à temps, ce qui est essentiel compte tenu de ma maladie. Sans ce service de transport, je serais simplement restée bloquée chez moi, sans aucune possibilité de consulter un spécialiste. Cette aide a également allégé une charge financière considérable pour notre famille, car le coût d’un taxi aurait été exorbitant et totalement hors de notre portée. Mais surtout, elle m’a apporté un soutien moral immense. J’ai senti que je n’étais pas seule face à cette épreuve. Cela m’a redonné la force de croire que nous pouvons tenir bon et surmonter toutes les difficultés », confie Irina aux équipes d’Acted.
Volunteer-68 est une organisation locale de la société civile ukrainienne reconnue pour son expertise en accompagnement social et en services de transport adapté dans l’oblast de Kharkiv. L’organisation dispose de véhicules spécialement aménagés pour répondre aux besoins des personnes à mobilité réduite. Grâce à son ancrage au sein des communautés locales, Volunteer-68 est en mesure d’identifier rapidement les personnes les plus vulnérables et de leur apporter un soutien adapté.
À travers ce projet, Acted renforce les capacités de son partenaire local en proposant des formations adaptées ainsi qu’un appui opérationnel. Cette collaboration contribue à améliorer la qualité et l’efficacité de l’aide humanitaire, tout en permettant aux acteurs locaux de gagner en autonomie, en résilience et en capacité d’intervention auprès des populations affectées par le conflit.
Pendant 12 mois, Acted et ses partenaires locaux mettront en œuvre, avec le soutien du Fonds humanitaire pour l’Ukraine (UHF), une réponse multisectorielle coordonnée dans cinq zones de l’oblast de Kharkiv affectées par la guerre. À travers leurs activités de protection, Acted et ses partenaires accordent une attention particulière aux personnes en situation de handicap, aux personnes âgées et aux personnes à mobilité réduite vivant à proximité des lignes de front. Au total, 40 personnes vivant dans des zones difficiles d’accès proches de la ligne de front bénéficieront de services de transport leur permettant d’accéder aux soins de santé dont elles ont besoin. Par ailleurs, 50 personnes recevront un accompagnement individualisé à travers des services spécialisés de gestion de cas en protection. Cet accompagnement pourra inclure une orientation vers des structures spécialisées ainsi qu’un accès à différents services de soutien, tels que l’assistance juridique, le soutien en santé mentale et l’accompagnement psychosocial.
* Afin de préserver la confidentialité des personnes accompagnées par Acted, les noms mentionnés dans cet article ont été modifiés.
* Shrapnel fait référence aux éclats d’obus, de petits fragments métalliques projetés lors de l’explosion d’une bombe ou d’une autre arme explosive. Ils peuvent causer des blessures graves aux personnes se trouvant à proximité.