En février 2026, lors d’une rencontre avec les équipes d’Acted sur le terrain, les membres du Kariamakeris Self-Help Group (SHG) à Alale, au Kenya, sont revenus sur les difficultés auxquelles ils avaient fait face au fil des années.
Un groupe d’entraide (Self-Help Group) est un mécanisme communautaire, géré par ses membres et ancré dans les pratiques locales, qui vise à renforcer l’autonomie financière, la résilience et le soutien mutuel. Les membres mettent en commun leur épargne afin d’accorder de petits prêts, partagent leurs compétences et s’apportent un soutien social, faisant de ces groupes un levier essentiel d’inclusion financière et de réduction de la pauvreté dans de nombreuses communautés.
Malgré leurs efforts, les membres du groupe peinaient à réaliser de véritables progrès, notamment en raison de l’absence de règles claires pour la gestion de l’épargne et des prêts. Lorsqu’un membre ne remboursait pas un prêt, il n’existait aucun mécanisme de recouvrement ni de responsabilisation, et les fonds prêtés étaient souvent perdus.
Recha*, membre du groupe, explique cependant que la situation a commencé à changer depuis qu’Acted accompagne leur association en 2025. Les progrès réalisés par le groupe suscitent désormais l’intérêt d’autres membres de la communauté, qui souhaitent s’inspirer de l’expérience et des bonnes pratiques du Kariamakeris Women’s Group.

Dans de nombreuses communautés kényanes, comme ailleurs en Afrique, les femmes assument la responsabilité principale de la gestion des besoins essentiels du foyer, notamment l’accès à l’eau, à l’alimentation, au combustible et aux soins de santé. Pourtant, malgré ce rôle central, elles disposent souvent d’un contrôle plus limité et d’un accès plus précaire aux ressources, sous l’effet de facteurs culturels, environnementaux, économiques, politiques et liés aux inégalités de genre.
Le gouvernement kényan s’est engagé à promouvoir la participation effective des femmes dans tous les secteurs de la société. Cependant, les femmes vivant dans des comtés historiquement marginalisés, tels que Turkana et West Pokot, continuent de faire face à de nombreux obstacles, notamment des pratiques coutumières discriminatoires, la rareté des ressources et les violences basées sur le genre. Ces défis limitent encore leur accès aux opportunités économiques, éducatives, sociales et de leadership.
Afin de créer davantage d’opportunités pour les femmes au Kenya, ainsi que pour celles vivant dans des contextes similaires au Maroc et en Côte d’Ivoire, Acted a lancé le projet SHE-GROW Africa avec le soutien de The Coca-Cola Foundation (TCCF).
SHE-GROW (acronyme de Sustainable Holistic Empowerment: Growing Economic Resilience Opportunities for Women in Rural Africa) est une initiative de 18 mois visant à renforcer la résilience économique des femmes et de leurs communautés au Kenya, en Côte d’Ivoire et au Maroc.
Le projet cible 18 communautés à travers les trois pays, sélectionnées en raison de leur vulnérabilité aux effets du changement climatique et de leur accès limité aux opportunités économiques. Il vise à permettre à plus de 600 femmes de renforcer leurs compétences en leadership, en gestion financière et en entrepreneuriat, de développer des activités génératrices de revenus résilientes au climat dans des filières durables, et d’accéder aux marchés ainsi qu’à des mécanismes de soutien financier pour développer leurs entreprises sur le long terme.
Au Kenya, le projet est mis en œuvre dans neuf communautés des comtés de West Pokot et Turkana. Il s’appuie sur les acquis du projet précédent THRIVE, qui soutenait déjà des groupes de femmes dans les secteurs de l’agriculture et des moyens de subsistance.
Pour cette intervention, Acted travaille en partenariat avec la Drylands Learning and Capacity-Building Initiative (DLCI), une organisation disposant d’une solide expertise des communautés des zones arides et des dynamiques de genre propres à la région. Ensemble, ils accompagnent les femmes dans le renforcement de leur autonomie économique, le développement de leurs activités entrepreneuriales et la création de nouvelles opportunités de revenus durables.

Lors des réunions de mobilisation communautaire organisées au lancement du projet, Cheyech, secrétaire du Kariamakeris Self-Help Group, a partagé son enthousiasme :
Je suis très heureuse d’apprendre l’existence de ce nouveau projet d’autonomisation des femmes et de savoir que notre groupe figure parmi les bénéficiaires sélectionnés. Grâce à l’épargne et aux prêts que nous gérons au sein du groupe, nous pouvons financer la scolarité de nos filles. En poursuivant leurs études, elles acquerront les connaissances et les compétences nécessaires pour contribuer au développement de notre communauté.
Alors que le projet en est presque à mi-parcours, Acted Kenya continue de dispenser des formations sur mesure en matière d’éducation financière à des groupes d’entraide de femmes, comptant chacun entre 30 et 40 membres. Conscients que de nombreuses participantes n’ont pas pu poursuivre leurs études au-delà du niveau élémentaire, les sessions combinent des compétences de base et intermédiaires en gestion financière et sont adaptées aux priorités quotidiennes et aux réalités économiques de ces femmes.
Parallèlement à ces formations, les membres des groupes d’entraide participent à des sessions de développement commercial destinées à les aider à identifier des opportunités de subsistance viables et à renforcer leurs capacités à gérer des entreprises collectives. À l’issue de ce processus, chaque groupe élabore une proposition d’activité génératrice de revenus (AGR) collective. Les membres consacrent une partie de leur épargne à l’activité choisie, tandis qu’Acted apporte un soutien financier équivalent ou fournit le matériel nécessaire, en fonction des besoins exposés dans la proposition.
Grâce à cette approche, le projet vise à renforcer les compétences des femmes en matière de prise de décision financière, à encourager les pratiques d’épargne et d’investissement, et à soutenir le développement d’opportunités durables de génération de revenus. Afin de favoriser l’appropriation du projet par l’ensemble de la communauté et de créer un environnement propice à l’autonomisation économique des femmes, les jeunes hommes et les proches masculins des membres des groupes d’entraide participent à des formations complémentaires sur les compétences liées aux moyens de subsistance, parallèlement aux groupes de femmes. Les modules de formation destinés aux hommes portent notamment sur les stratégies de commercialisation de base adaptées aux marchés locaux, les techniques efficaces de négociation des prix, l’engagement des clients et l’établissement de relations, ainsi que les pratiques commerciales éthiques et inclusives.
À plus long terme, ces initiatives collectives ont le potentiel d’augmenter les revenus des ménages, de renforcer la cohésion au sein des groupes et de contribuer à une plus grande résilience économique chez les femmes participantes et au sein de leurs communautés.

Qu’il s’agisse de renforcer leurs habitudes d’épargne ou de développer des activités collectives, les femmes de Turkana et de West Pokot acquièrent, grâce au projet SHE-GROW Africa, les compétences, les ressources et la confiance nécessaires pour améliorer leurs perspectives économiques, jetant ainsi les bases de ménages et de communautés plus résilients.
*Les noms des bénéficiaires ont été modifiés afin de préserver leur vie privée.