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actualité | 19 Octobre 2016 | Yémen | Urgence

Le visage humain de la pénurie d’eau et de la détérioration sanitaire au Yémen

Distribution de Jerrycans par ACTED a Al Jawf, Aout 2016.

Comment le programme d’ACTED, WASH, financé par l’OCHA, a immédiatement amélioré la qualité de vie de 40000 bénéficiaires à Al Dhale’e et Al Jawf.

Pour marquer la fin des deux projets WASH (assainissement et promotion de l'hygiène de l'eau) d’ACTED financés par l’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs), ACTED a discuté avec les bénéficiaires à Al Dhale’e (région du sud du Yémen) et Al Jawf (région du nord du Yémen) de leur expérience afin de souligner les principales réussites du projet.

 

Réservoir d’eau installé par ACTED à Al Jawf, Aout 2016.

Le Yémen a connu des indicateurs humanitaires terrifiants pendant plusieurs années, notamment vis-à-vis de l’assainissement et de l’hygiène de l’eau. En raison du début du conflit, la dernière année et demie a aggravé et exacerbé les enjeux préexistants. Jusqu’à 20.4 million de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance concernant l’assainissement et l’hygiène de l’eau. Principalement à cause de la pénurie de carburants, l’accès à l’eau de près de 9.4 million de personnes a été suspendu, réduit ou perturbé. Environ 2 million d’enfants sont sujets à des risques de diarrhée à cause du manque d’accès à l’eau et des mauvaises conditions sanitaires. En réponse, ACTED a lancé des interventions destinées à fournir une assistance d’urgence complète d’assainissement et d’hygiène de l’eau avec les objectifs suivants :

 

L’intervention d’ACTED dans le gouvernorat d’Al Jawf, a atteint 17389 bénéficiaires a grâce à des transports d’eau par camion, des distributions de kits d’hygiène, de la formation aux règles d’hygiène et des réhabilitations d’infrastructures sanitaires.

Par ailleurs, l’intervention d’ACTED dans le gouvernorat d’Al Dhale’e a touché 22404 bénéficiaires grâce à des distributions de filtres à eau et de kits d’hygiène, des formations aux pratiques d’hygiène, la rénovation de points d’eau communautaires et la réhabilitation d’infrastructures d’assainissement et d’hygiène de l’eau en services de santé.

Pour plus d’infos : Photo story : Le projet d’urgence WASH dans les gouvernorats d’Al Jawf et d’Al Dhale’e au Yémen

« La crise a eu un impact dévastateur. Je savais que l’eau que buvait ma famille n’était pas saine, mais il n’y avait pas d’autres options »

Lina est une informaticienne de 26 ans, elle vit avec son mari et leurs deux enfants en bas âge dans un petit village dans le district Jahaf. Elle explique à ACTED que « l’impact de la crise a été dévastateur » pour sa famille. Lina est titulaire d’un diplôme en informatique mais depuis que la guerre a commencé en 2015, elle et son mari ont tous deux perdus leurs emplois, ce qui les laisse sans moyens financiers pour la nourriture et d’autres produits basiques. Du fait, elle assiste impuissante à la détérioration de la santé de sa famille. Lina raconte à ACTED que la plupart des personnes de son village sont dans la même situation ; ils ont également perdu leurs emplois et leurs situations financières sont extrêmement difficiles. Parallèlement, elle explique qu’il y a une pénurie d’eau et de carburant nécessaire à faire fonctionner les générateurs dans le village. Lina sait que l’eau que buvait sa famille n’était pas saine mais elle n’avait aucune alternative.

Jusqu’à ce qu’ACTED fournisse une formation à la promotion de l’hygiène, des kits d’hygiène et des filtres à eau aux membres de la communauté de Lina fin 2015/début 2016, elle explique qu’aucune autre assistance humanitaire n’a été entreprise dans le village. Lina n’a pas seulement participé aux formations à la promotion de l’hygiène mais elle a également convaincu d’autres femmes de son village d’y participer et de s’assurer des pratiques d’hygiène de base afin de garder leurs familles en bonne santé. Lina affirme que parce que les femmes de son village ont été motivées par l’importance des leçons apprises lors de la formation, et par les apports de base vis-à-vis de l’hygiène venus d’ACTED, elles ont par la suite formé un groupe entre elles et nettoyé leur village. Elle explique que les femmes de son village ont été largement motivées par l’action d’ACTED afin de s’assurer de l’hygiène et de la santé de leur famille et de leur communauté.

« La formation à la promotion de l’hygiène m’a donné les capacités de garder ma famille en bonne santé »

Zahra vit avec sa famille dans un petit village dans le district de Jahaf. Elle a 6 fils et 3 filles, malheureusement elle nous fait part que l’un de ses fils a été tué lors des combats dans le gouvernorat d’Al Dhale’e. Zahra explique que ni elle ni son mari n’ont reçu d’enseignement scolaire. Elle élève du gros (vaches) et du petit (moutons) bétail pour vivre et son mari obtient ses revenus grâce à des travaux manuels lorsqu’il peut trouver du travail.

Zahra raconte que depuis que la guerre a commencé, les gens de son village ont connu de graves pénuries d’eau, et que l’eau qui est aujourd’hui disponible n’est pas adaptée à l’utilisation. De plus, Zahra rapporte que la plupart des gens ont perdu leur emploi pendant la crise et que le prix des aliments de base a beaucoup augmenté. Parce qu’elle et son mari n’ont pas assez d’argent pour satisfaire les besoins de base de sa famille, les maladies se répandent et ses enfants sont souvent victimes de diarrhée.

Zahra est optimiste quant à l’impact de la formation à la promotion de l’hygiène, à la fois pour elle, pour sa famille, et pour la communauté entière. Elle pense que la formation à la promotion de l’hygiène lui a donné les armes et les connaissances nécessaires pour garder sa famille en bonne santé et qu’ensemble avec les autres femmes qui ont reçu la formation, elles renforceront ces connaissances et sensibiliseront le reste de la communauté.

 

Zahra assiste à la formation à l’hygiène, Al Dhale’e, 2016.

 “Les gens n’ont plus à parcourir de longues distances pour aller chercher de l’eau”

Abdo est un fermier de 65 ans originaire du Gouvernorat d’Al Jawf. Il est à la tête d’une grande famille. Il nous raconte que beaucoup de ses enfants adultes ont été déplacés de force avec leurs familles et sont aujourd’hui retournés vivre avec lui. Abdo explique que ses revenus sont très faibles, irréguliers et trop légers pour subvenir aux besoins de sa famille proche et éloignée. Depuis le début de la guerre en 2015, son village a connu de nombreuses difficultés. Beaucoup de gens ont perdu leurs emplois et à cause de l’affluence des déplacés intérieurs dans la région, la pression sur les ressources locales était devenue trop importante, en particulier, sur l’eau potable.

Avant qu’ACTED n’approvisionne sa communauté en eau par camion, Abdo raconte que les gens étaient obligés de traverser de longues distances sur des routes dangereuses pour aller chercher de l’eau pour la vie quotidienne. Abdo explique qu’un aspect très positif du statut de bénéficiaire du projet d’ACTED est qu’il a été capable de faire valoir son opinion et d’apporter son aide à la communauté en participant à l’approvisionnement en eau par camion dans le village. Il nous explique qu’il a été spécialement fier de sa communauté pour avoir su sélectionner les bénéficiaires du projet d’une manière juste et ciblée. Pour Abdo, avec la situation qui empire au Yémen et malgré l’aide apportée par ACTED grâce à l’approvisionnement en eau du village par camion, sa communauté a toujours cruellement besoin d’une assistance alimentaire, de personnel médical qualifié et d’équipement pour les services de santé locaux.