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actualité | 08 Octobre 2016 | Haïti | Urgence

Urgence Haïti - La réponse d'ACTED à l'ouragan Matthew

Les opérations d'urgence dans les zones de passage de l'ouragan Matthew sont en cours - les équipes d'ACTED restent pleinement mobilisées.

Point de situation : voir le communiqué de presse du 10 octobre 2016

8 octobre 2016 - Premières distributions humanitaires  à Grand’Anse et dans le département du Sud - ACTED lance un appel aux dons

Port-au-Prince, le 8 octobre 2016 – Les équipes de l’ONG française ACTED présentes dans la péninsule sud d’Haïti pendant le passage de l’ouragan Matthew procèdent depuis jeudi 6 octobre à des distributions humanitaires dans les départements de Grand’Anse et du Sud, en appui à la protection civile et la Croix rouge haïtienne. Ce sont 5000 personnes qui ont bénéficié d’une première aide alimentaire, de distributions de sacs de riz, d’eau potable, de pastilles de chloration de l’eau ou de kits de première nécessité. 
Les équipes d’ACTED avait auparavant travaillé au déblaiement des routes du centre-ville de Jérémie (Grande Anse) avec les pompiers municipaux et la Croix rouge haïtienne, au lendemain de l’ouragan.
Depuis 8 heure ce samedi matin (heure local), les opérations de distributions de kits d’hygiène, de bidons, de bâches plastiques, de couvertures, d’eau et de nourriture ont repris dans la ville de Jérémie. 420 000 pastilles de chloration de l’eau aquatabs vont être distribuées ainsi que des kits d'hygiène et des moustiquaires.

ACTED appuie en outre l’hôpital de la ville en mettant à disposition du matériel et des kits d’hygiène, et va réhabiliter le centre de traitement du choléra. Les équipes installent également des bladders (réservoirs d’eau souple) pour stocker et assurer la distribution d’eau potable. 

6 unités de traitement de l’eau mises à disposition par la Fondation Veolia et envoyées depuis Paris viendront renforcer l’accès des populations affectées à une eau potable indispensable pour survivre et prévenir les maladies hydriques, ou plus graves encore, une épidémie de choléra dont les conséquences pourraient être dramatiques. Ces unités qui arriveront mardi 11 octobre à Port-au-Prince seront transportées par hélicoptère jusqu’à la ville de Cayes, avant d’être acheminées par la mer sur différents points de la côte ouest, pour accéder aux mornes du Sud et de la Grand’Anse sans aide jusqu’ici.

Afin de soutenir les opérations en cours et appuyer les 350 000 personnes affectées par l’ouragan en Haïti, ACTED lance un appel aux dons en ligne (www.acted.org/fr/soutenir-notre-action) et appelle les entreprises et collectivités locales françaises à soutenir les premières actions d’urgence, mais également à accompagner, dans la durée, nos programmes pour permettre aux communautés les plus affectées de l’île de se reconstruire, retrouver un toit, assurer leur sécurité alimentaire et un accès à des moyens de subsistance, notamment agricole.

 

Quelques informations complémentaires tirés des évaluations menées depuis 72 heures par une équipe d’ACTED forte de 35 personnes dans le Sud :

  • Il est confirmé que les impacts les plus importants se concentrent sur le Sud et la Grand’Anse. Cependant d’autres zones ont été également atteintes (pointe Nord-Ouest, côtes de l’Artibonite), avec des impacts qui semblent être moins dévastateurs malgré tout.  
  • Les reconnaissances aériennes faites par nos équipes établissent très clairement la zone d’impact principale qui est l’Ouest de la péninsule Sud avec un axe assez clair des Cayes à Roseaux. L’aperçu depuis l’hélicoptère présume des dégâts particulièrement considérables et assez uniformes sur l’ensemble de la zone d’impacts. Il a été constaté des éboulements et glissements de terrain bloquant les accès routiers de la majeure partie de la zone, des crues considérables de toutes les rivières, la quasi-totalité des arbres arrachés, l’inondation des côtes et d’une grande partie des champs. 
  • La coordination qu’il existe à Jérémie entre la Croix-Rouge Haïtienne, la Direction de la Protection Civile et ACTED pour les premières distributions qui ont eu lieu et pour les diagnostics est efficace – c’est le système que nous chercherons à conserver dans les réponses d’urgence à venir. 
  • Nos équipes ont pu également nous avertir que des alertes choléra de plus en plus nombreuses dans la ville leur arrivent. Le système d’alerte reposant en grande partie sur les réseaux télécom, la situation est particulièrement inquiétante puisque les alertes ne peuvent pas être données aux équipes dans les délais nécessaires pour stopper la chaîne de contamination. 
  • Le réseau d’adduction d’eau potable de la ville de Jérémie (48 000 habitants) est détruit et il n’y a plus du tout d’énergie dans la ville.

Point de situation au 7 octobre matin

Beaucoup de zones encore inaccessible dans les départements du Sud et de la Grand'Anse. ACTED effectue des vols de reconnaissance sur les zones touchées par l'ouragan.

 

Vue aérienne de la côte près de Jérémie, Grand'Anse (5 octobre 2016)


Les équipes basées à Jérémie ont partagé un premier témoignage de la situation : la ville est complètement détruite, il n'y a pas d'accès à l'eau potable et l'éléctricité a été coupée. Les réserves de nourriture sont très limitées.

Le 3 octobre 2016 au soir, la pointe sud d’Haïti a été frappée par l’œil de l’ouragan Matthew, l’ouragan le plus violent ayant frappé Haïti ces dix dernières années, et sans doute l’un des plus violents depuis le passage de l’ouragan Hazel en 1954, avec des vents de 230 km/h en moyenne, et une montée des eaux jusqu’à 3 mètres à certains endroits. 

La tempête tropicale Matthew s’était formée le 28 septembre au sud-est de Sainte-Lucie, dans les Antilles, avec des vents à 97 Km/h. Le 29 septembre, elle est passée au stade d’ouragan de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, qui en compte 5. Haïti était en vigilance rouge depuis la nuit du 1er octobre – alors qu’écoles, aéroports et autres infrastructures avaient été fermés en prévision du passage de Matthew, 8 équipes mobiles d’urgence et d’évaluation d’ACTED ont été pré-positionnées dans des abris sécurisés sur sept sites répartis sur les zones côtières du Sud et de la Grand’Anse, pour assurer une évaluation des dégâts après le passage de Matthew et lancer des opérations d’urgence en fonction des besoins. Au total, 35 personnes divisées en 8 équipes ont été pré-déployées à Jérémie, Abricots, Dame-Marie, Anse d’Hainault – Les Irois, Les Anglais, Coteaux et Les Cayes, dans les départements du Sud et de la Grand’Anse (voir carte ci-dessous).

La péninsule sud coupée

Avant même le passage de Matthew, l’inquiétude était forte quant aux conséquences : au vu de la puissance de l’ouragan, les victimes humaines et les dégâts matériels semblaient d’ores et déjà inévitables. Le 4 octobre, l’ouragan s’éloignait doucement du sud d’Haïti, mais les pluies et les orages, modérés à forts, accompagnés de rafales de vents violents, ont continué. La violence des vents et des pluies, et les inondations sévères et coulées de boues qui ont suivi, ont provoqué des dégâts immenses dans les départements du Sud et de la Grand’Anse. D’après Emilie Bernard, directrice pays d’ACTED en Haïti, « les réseaux de communication sont complètement coupés avec la péninsule sud, on a des grandes difficultés à avoir des contacts avec nos équipes sur place. Les téléphones satellites nous permettent de faire des points, mais très brefs ; c’est pour ça qu’on manque encore de données. Mais très clairement la péninsule sud est coupée : les réseaux téléphoniques mais également les accès routiers avec la chute d’un pont sur la principale route. »

« Les plus grandes craintes, ce sont d’abord le bilan humain, qu’on ne connaît pas encore et qu’on n’arrive pas à évaluer à ce stade, puis la destruction des moyens d’existence et des productions, qu’on peut présumer énorme », explique-t-elle. Le lendemain, des images prises pendant un vol de reconnaissance sur le littoral des départements du Sud et de la Grand’Anse ont confirmé les craintes quant aux dégâts matériels, causés majoritairement par la puissance des vents, soufflant en moyenne à 230 km/h : maisons envolées ou détruites, arbres arrachés, champs inondés, villes méconnaissables et gravement sinistrées, rivières en crue, dégâts très lourds pour l’agriculture et les infrastructures, accès routiers bloqués, réseaux de télécommunication détruits dans tout le département de la Grand’Anse et dans l’ouest du département du Sud. Tel est le premier bilan constaté aux lendemains du passage de Matthew. Le 7 octobre, les bilans encore provisoires faisaient état de plus de 400 morts.

Les premières images aux lendemains du passage de Matthew

Actuellement, tous les accès routiers de la Grand’Anse et une majeure partie de ceux du Sud sont bloqués par des glissements de terrain et/ou inondations. Le pont de la nationale 2, seul accès à la péninsule sud depuis Port-au-Prince, a été détruit au niveau de Petit-Goâve. Un sentier alternatif a été déblayé pour que les véhicules puissent passer en attendant des solutions plus viables. En amont de l’ouragan, des stocks d’aide avaient déjà été acheminés sur place par les équipes d'ACTED, permettant d’offrir un soutien initial à 5000 personnes. Mais cela reste insuffisant face à l’échelle des dégâts. Les équipes d’ACTED font tout leur possible pour mobiliser plus de ressources, et se préparent actuellement à acheminer une aide d’urgence par depuis Port-au-Prince, par voie aérienne ou par mer, en attendant que l'accès redevienne possible par les routes.

À Camp Perrin, près des Cayes (Sud), « la situation est pire que celle qu'on pouvait imaginer. Ce n'est pas un ouragan qui est passé sur Camp Perrin, mais une tornade », témoigne Thomas, volontaire d’Haïti Futur à Camp Perrin et Vivens, coordonnateur pour ACTED dans le Sud. « Tous les arbres sont arrachés, toutes les toitures en tôle ont été emportées, l'église de Camp Perrin a vu son toit emporté et ses murs en pierre s’effondrer. Écoles, maisons, tout est délabré. La route est devenue une rivière », ajoute-t-il.

Evaluations des dégâts et des besoins

Les équipes collectent les données avec le formulaire multisectoriel d’évaluation rapide réalisé par l’équipe EMER (Equipe Multisectorielle d’Evaluation Rapide). Les données sont saisies directement sur des tablettes et smartphones pour un traitement, analyse et diffusion en temps quasi-réel aux organes décisionnels afin d’orienter au mieux les actions d’aide humanitaire préparées.

D’après les premières informations rassemblées, les besoins immédiats sont l’eau potable, la nourriture et l’assainissement pour les populations des zones affectées, qui se sont réfugiées en masse dans des abris provisoires. Il s'agirait de plus de 15 000 personnes d’après les chiffres officiels, certainement plus selon les analyses et prévisions de nos équipes sur place, hébergées actuellement dans 152 centres de la zone. La gestion de ces abris est aujourd’hui l’une des priorités pour les équipes, qui s’apprêtent actuellement à faciliter les travaux de déblaiement et à distribuer des articles de première nécessité aux victimes, tels que des bâches et des couvertures, des kits d’hygiène et de purification de l’eau. Les populations n’ont en effet plus d’accès à l’eau potable et les réserves de nourriture sont limitées. L'urgence est donc considérable.

Dans un second temps, la priorité sera de mettre en place des interventions de récupération des moyens d’existence et de production, massivement détruits par le passage de Matthew.

ACTED redoute également que les pluies diluviennes de ces derniers jours ne créent des conditions propices à l’éclosion et à la propagation de maladies d’origine hydrique. Le risque de nouvelles flambées de choléra est bien réel. Les zones les plus touchées par la catastrophe sont en effet parmi les plus vulnérables au choléra dans le sud d'Haïti, et le passage de Matthew risque maintenant de provoquer de nouvelles flambées de la maladie dans la région. En lien avec la protection civile haïtienne, les équipes d’ACTED avaient conduit des actions de sensibilisation des populations à la prévention du choléra quelques jours avant le passage de Matthew, pour se préparer à intervenir si besoin.

Pour l’heure, ACTED poursuit les diagnostics multisectoriels en lien avec la Protection Civile haïtienne et analyse les premières données reçues, et effectuera des vols de reconnaissance dans le Grand Sud, tout en assurant la coordination avec les acteurs sur place pour lancer des alertes et des interventions d’urgence immédiates les plus efficaces possibles.

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ACTED en Haïti

ACTED est présente en Haïti depuis 2004 auprès des populations les plus vulnérables, d'abord dans le centre du pays et, depuis l'intervention d'urgence à la suite du séisme de 2010, dans toute l'île et notamment dans le Grand Sud. Haïti reste l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles. La sécheresse qui a touché le pays en 2015 a aggravé les problématiques liées à l’eau et à la sécurité alimentaire. À cette exposition aux aléas climatiques s’ajoutent l’épidémie de choléra qui sévit depuis octobre 2010 ainsi que des problèmes d’ordre environnemental, politique et socioéconomique. Alors que le pays s’engage dans une phase de développement, ACTED continue d’accompagner le renforcement de la société civile, de lutter contre le choléra et d’améliorer la gestion de l’eau, tout en développant des initiatives innovantes dans le domaine de l’assainissement.

  • 4 zones d’intervention
  • 6 projets
  • 115 employés
  • 2 M EUR de budget

ACTED est notamment présente dans les départements du Sud et de Grand’Anse, touchés de plein fouet par l’ouragan Matthew le 4 octobre 2016, et où une équipe de 35 personnes avait été pré-positionnée. ACTED a déclenché une réponse d’urgence afin d’apporter une aide aux populations touchées par le passage dévastateur de l’ouragan Matthew. Un diagnostic des dommages et des besoins est en cours par nos équipes d’évaluation rapide, en lien étroit avec la Direction de la Protection Civile haïtienne.