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actualité | 17 Août 2011 | Côte d'Ivoire | Réhabilitation

Une activité économique pour se reconstruire

Le déblaiement des rues d’Abidjan. © ACTED 2011

Les ménages ivoiriens profitent des subventions pour développer leurs moyens de subsistance, selon les résultats d’une enquête menée par ACTED.

L’élection présidentielle contestée en novembre 2010 a engendré d’intenses combats. La crise humanitaire qui a suivi a affecté des millions de personnes et en a jeté plusieurs milliers d’autres sur les routes, vers d’autres régions de la Côte d’Ivoire. Depuis l’arrestation de l’ancien président mi-avril, la situation s’est améliorée, notamment dans la capitale économique, Abidjan. Dans la plupart des quartiers de la ville où ACTED a mis en place une intervention d’urgence, dont les communes fortement touchées d’Abobo et Yopougon, le taux de déplacements atteint dans certains cas les 95%.

Cependant, aujourd’hui, quatre mois seulement après la crise, la grande majorité des déplacés est revenue, les banques et les marchés locaux ont rouvert, le prix des denrées revient peu à peu à son niveau d’avant la crise, et les autorités assurent à nouveau les principaux services publics. Néanmoins, en raison des mouvements de populations et des pillages qui ont accompagné les violences (60% des bénéficiaires actuels d’ACTED ont été victimes de pillages), les rapatriés ont du mal à redémarrer une activité génératrice de revenus (AGR), ce qui génère frustration et désespoir.

En effet, 80% des bénéficiaires actuels d’ACTED n’ont pas pu retrouver leur ancienne source de revenus, notamment par manque de moyens financiers. La moitié des ménages vit avec moins de 40 000 Francs CFA (61 €) par mois, qui incluent la subvention d’urgence de 20 000 CFA (30,5 €) fournie par ACTED. Ce montant est inférieur au seuil minimum de survie de 48 000 CFA, défini par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) pour la Côte d’Ivoire. De fait, la plupart des bénéficiaires d’ACTED doit se contenter d’un ou de deux repas par jour, alors qu’avant la crise, la moyenne se situait plutôt entre deux et trois repas par jour.

Préparer de nouveaux moyens de subvenir à ses besoins

Afin d’aider les populations affectées à faire face à ces problèmes, ACTED met actuellement en œuvre un programme d’urgence, avec le soutien financier du Service d’aide humanitaire de la Commission européenne, incluant des activités de Travail contre Paiement, des distributions de paniers alimentaires et l’injection de liquidités dans les communautés afin de pallier la crise alimentaire. Ces interventions ont été efficaces, répondant aux besoins immédiats des populations à la fin des combats. Plus de 60% de l’argent transféré par ACTED aux ménages vulnérables a été dépensé pour couvrir les besoins immédiats (dont 50% pour l’alimentation). Cela a notamment contribué à améliorer les habitudes alimentaires des bénéficiaires d’ACTED, qui mangent aujourd’hui en moyenne deux repas par jour.

Des études menées après les distributions ont montré que les ménages préféraient sacrifier un troisième repas en dépensant 40% de l’argent reçu dans des activités génératrices de revenus. Cela laisse à penser que les ménages sont mobilisés pour sortir de la crise et qu’ils se préparent déjà à la fin de la période d’assistance humanitaire et financière. Plus de la moitié des personnes bénéficiant des interventions d’ACTED avaient une source de revenus stable et suffisante avant la crise grâce à des activités de petit commerce.

Pour ACTED, ces tentatives doivent être encouragées afin d’accompagner les communautés touchées dans la reconstruction durable de leurs moyens de subsistance et leur autonomisation. Ainsi, ACTED considère actuellement la possibilité de mettre en place un programme d’AGR d’urgence (assistance matérielle, financière et technique) pour les ménages ayant perdu leur source de revenus dans la crise qui sont en mesure de reprendre une activité rentable. Pour les ménages dont aucun membre n’est en mesure de travailler, ACTED souhaite poursuivre l’intervention d’urgence au travers d’un système plus élaboré de distributions de liquidités afin de continuer à venir en aide aux ménages les plus vulnérables.

 

Christoph Wille a pris le poste de chef de projet Travail contre Paiement en mai, dans les rues délabrées d’Abidjan, qui se relève à peine du conflit qui a suivi les élections cette année. Quatre mois après la fin de la crise, il nous donne un aperçu du rétablissement post-conflit.

Comment décrivez-vous le relèvement de la Côte d’Ivoire ?

Je pense que la question de ce qui est construit pendant un conflit est tout aussi importante que ce qui est détruit. Ce qui a été construit, c’est la reconnaissance de ce qui existait auparavant, un rappel de l’étonnante histoire et la place de ce pays en Afrique. On le voit tous les jours dans la vitesse avec laquelle le pays se relève. Si vous étiez venu en Côte d’Ivoire en avril dernier, vous vous seriez cru sur un champ de bataille. Maintenant, il s’agit plus d’un contexte de développement assez classique, avec encore quelques déplacés. Cette vitesse de relèvement n’est possible que grâce à la force qu’ont les gens en eux, un instinct de survie, de reprendre une vie normale, née de leur expérience des violences. La plupart des gens sont tout simplement heureux que le cours normal des choses reprenne. Leur réaction est assez fascinante ; ils retrouvent un certain pouvoir à se relever des crises, même aussi dures que celle-ci.

Comment le projet d’ACTED contribue-t-il à ce relèvement ?

Le projet aide les gens à se remettre sur pied et à faire quelques changements pour eux-mêmes et pour la communauté, mais nous faisons face à un relèvement d’ordre plus personnel que national. Nous n’en sommes pas encore à la phase de reconstruction du pays. Les populations se concentrent sur leur environnement personnel, intime. Plus concrètement, il est clair que c’est un projet d’urgence. Le but n’est pas de redynamiser l’économie ou d’aider les gens à se sortir de la crise. Il s’agit pour l’heure de les aider à mieux supporter la fin de la crise. L’argent que nous leur faisons parvenir dans le cadre de ce projet d’injection de liquidités les aide à acheter de quoi manger, à faire du petit commerce à côté s’ils en ont la possibilité, et peut-être même se soigner. Mais c’est tout. Nous avons deux systèmes : les injections de liquidités sans conditions et le Travail contre Paiement. Dans le second schéma, les populations contribuent à la sensibilisation à l’hygiène tout en déblayant les rues des villages. Nous aidons ainsi 7000 bénéficiaires au total, ce qui est beaucoup pour la petite équipe que nous sommes. Nos objectifs sont assez énormes.