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actualité | 25 Juillet 2017 | RDC | Urgence

La sensibilisation au soutien de la lutte contre la malnutrition dans les villages isolés

L'équipe de sensibilisation et des partcipants de la communauté au terme de deux jours d'ateliers à Kolula © ACTED RDC, 2017

La République démocratique du Congo (RDC) est plongée dans une crise humanitaire multidimensionnelle depuis des décennies. L’insécurité alimentaire ne fait pas exception à cette crise et, dans certaines zones, la majorité des populations souffrent d’un manque d’accès aux aliments de base . Grâce à l’appui financier du Fonds Commun Humanitaire des Nations Unies, ACTED intervient dans le territoire de Shabunda dans le Sud Kivu, où elle contribue à réduire la malnutrition et à améliorer la situation alimentaire des populations les plus vulnérables affectées par les conflits. À cette fin, ACTED organise des distributions et des foires alimentaires auprès des populations déplacées et hôtes, tout en intégrant des sessions de sensibilisation qui permettent de renforcer les connaissances et la résilience des communautés déplacées.

Des villages difficiles d’accès et dépourvus de réseaux de communication

Tout commence un lundi d’avril 2017, à Kavumu, l’aéroport de la ville de Bukavu, sur la rive du Lac Kivu. Après 30 minutes de vol pour arriver à Kolula, dans le territoire de Shabunda, les kilomètres à pieds commencent afin d’accéder aux 17 villages de l’axe Kolula-Kamulila, qui bénéficie de ces ateliers de sensibilisation. Le village le plus proche est à 15 kilomètres et le plus éloigné à 36 kilomètres de marche de Kolula.

Les équipes sont constituées de sensibilisateurs et de relais communautaires (nommés « acteurs de pérennité ») spécifiquement formés pour assurer la mise en place des activités de sensibilisation. Elles sont motivées et prêtes pour les 13 ateliers de sensibilisation prévus. Des journaliers, véritables canaux de communication dans ces zones dépourvues de tous types de réseau de communication, les accompagnent. Le dialogue est en effet un outil indispensable pour mobiliser et informer les communautés.

À leur arrivée dans les villages, les équipes de sensibilisateurs sont accueillies avec bienveillance et curiosité. Les échanges commencent avec une brève réunion chez les notables du village, comme la coutume le veut, à l'occasion de laquelle les équipes expliquent les objectifs de la sensibilisation. Petit à petit, la communauté se rassemble autour de la maison du notable. Ensemble, équipes et membres de la communauté s’attellent à chercher un endroit idéal pour la mise en place des ateliers de sensibilisation.

La salle s’est vite remplie, les sensibilisateurs peuvent commencer. Les ateliers proposent des activités participatives. Les « mamans » et les « papas », un peu timides au début des activités, se laissent aller au slogan des sensibilisateurs qui résonne dans la salle : Maendeleo mbele, Maendeleo mbele, Maendeleo mbele mbele mbele ! (le développement en avant). L’objectif de ces ateliers ? Sensibiliser les communautés dans une optique multisectorielle, abordant tant les questions de la nutrition et de la sécurité alimentaire que celles de l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, tout en tenant compte des conditions socio-économiques et culturelles des zones d’intervention.

Un exemple d’une journée type : gros plan sur les ateliers de sensibilisation aux problématiques de nutrition

Jour 1 : atelier sur l’amélioration des connaissances en nutrition pour lutter contre la malnutrition

Lorsque les populations sont touchées par une crise, elles négligent souvent l’hygiène et la nutrition pour se concentrer sur la réponse à leurs besoins essentiels en nourriture, adoptant par conséquent une alimentation moins équilibrée et en se nourrissant d’aliments impropres à la consommation, souvent porteurs de risques de contamination chimique, microbiologique ou zoonotique qui constituent un danger pour la santé, notamment celle des enfants. L’atelier de sensibilisation, a par exemple, permis d’attirer l’attention de la communauté sur l’importance du lait maternel et de l’allaitement intensif et régulé des enfants afin de prévenir la malnutrition et les maladies. Les bonnes pratiques sont démontrées via des séances pratiques avec des femmes allaitantes et des boîtes à image conçues par le Programme National de Nutrition (PRONANUT) et ACTED. Puis, le partage de messages clés faciles à retenir permet de renforcer les connaissances nutritionnelles des bénéficiaires.

Jour 2 : atelier pour promouvoir les bonnes pratiques alimentaires et nutritionnelles au sein des ménages pour diminuer les risques de maladies

Un autre atelier prévoit une séance pratique de préparation des aliments dans le respect des normes d’hygiène. Après une sensibilisation et une démonstration par les équipes, l’heure est à la mise en pratique par les participants, qui sont évalués par un jury constitué sur place qui suit à la loupe le respect de toutes les étapes de la préparation des aliments. Les participants se voient remettre des denrées et des ustensiles, et commencent la préparation. Le public est attentif et curieux, des murmures se font entendre. Jusqu’à ce qu’un participant touche les aliments sans se laver les mains au préalable ! L’ambiance est joyeuse, les participants enthousiastes. À la fin de la séance, les participants sont invités à commenter cet exercice pratique, et le jury à faire ses remarques, avant de proclamer un gagnant. Dans une ambiance festive, tout le monde se prépare alors à la dégustation. Les différents aliments sont répartis au sein des ménages en fonction des besoins nutritionnels et énergétiques de chacun, avec une attention particulière portée aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes âgées.

Atelier pour l’augmentation de la diversité et de la disponibilité alimentaire au sein des ménages

Bien manger, ce n’est pas consommer un seul bon aliment : c’est consommer un repas complet contenant une gamme de nutriments nécessaires et essentiels au développement de l’organisme. Dans le milieu rural où la population vit essentiellement de l’agriculture, la diversification alimentaire commence dans les champs. L’atelier de sensibilisation sur la diversification alimentaire a ainsi mis l’accent sur les bonnes pratiques de sélection des semences, l’association des cultures, nécessaire dans les zones où l’on ne pratique qu’une seule culture, comme le manioc ou le riz, et du stockage des récoltes, pour prévenir les pertes et le gaspillage. Les participants ont été sensibilisés aux conséquences alimentaires de la monoculture, et à l’importance de l’association de cultures, notamment dans des zones où les populations pratiquent une agriculture de subsistance avec une seule culture, comme le manioc ou le riz. Le tout a été mis en pratique avec des séances d’observations directes sur les maquettes prévues à cette fin, et la mise en œuvre par les participants.

Au terme de ces deux journées d’ateliers, au tour des participants de mettre ces connaissances en œuvre dans leur quotidien. Les « acteurs de pérennité » seront là pour les aider après le départ des équipes d’ACTED. Les facilitateurs savent que les sensibilisations sont un travail de longue haleine.

Six semaines après les séances de sensibilisation, Joséphine, habitante d’Idimba, raconte les changements opérés au quotidien au sein de son ménage. Parmi ses pratiques quotidiennes essentielles : se laver les mains avec du savon, ne pas poser la nourriture sur le sol, laver les assiettes après chaque repas et les entreposer sur une étagère à l’abri des insectes, manger régulièrement des fruits, bien conserver les aliments, et préparer la nourriture dans le respect des bonnes pratiques d’hygiène. Ces changements permettront d'éviter certaines maladies et, par conséquent, de maintenir ses 10 enfants en bonne santé.