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actualité | 05 Avril 2018 | Sénégal | Développement

Sahel : Appuyer la production agricole pour renforcer la résilience

La zone d’intervention d’ACTED au Sénégal

Entre 2000 et 2017, l’indice global de la faim au Sénégal a été réduit de 50%, un progrès notable. Pourtant, certaines régions du Sahel, comme la région de Matam, dans le nord-est du pays, restent largement touchées par l’insécurité alimentaire et font face à de sérieuses difficultés, notamment en période de soudure. La région de Matam est classifiée par le gouvernement sénégalais dans la catégorie de crise alimentaire depuis plusieurs mois. Les équipes d’ACTED sont présentes dans la région depuis 2014 afin de soutenir les populations les plus vulnérables.

 

Renforcer la sécurité alimentaire des plus vulnérables en période de crise alimentaire

La région de Matam est tous les ans en proie à des périodes de sécheresse. La plupart des habitants des villages autour d’Ourossogui, non loin de Matam, vivent de l’élevage et de l’agriculture. Tous les ans entre juin et septembre, la période de soudure les précipite dans une situation critique, les récoltes suivantes étant encore lointaines, alors que les récoltes de l’année passée sont déjà épuisées. Entre 2014 et 2017, ACTED, avec le soutien du département d’aide humanitaire et protection civile de la Commission européenne (ECHO), a appuyé les populations les plus vulnérables avec des transferts de liquidités effectués entre les mois de juin et de septembre, au plus fort de la période de soudure. Les équipes ont récemment pu rencontrer un des bénéficiaires du projet.

Ousmane et sa famille vivent dans un village près d’Ourossogui. En 2017, ils ont pu bénéficier du projet de transfert de liquidités – un complément de revenu essentiel pour faire face aux mois de sécheresse, qui empêche Ousmane de pratiquer ses activités agricoles habituelles. Ousmane est agriculteur – mais, en dehors de la saison des pluies, il se dédie à la production de briques, employées pour la construction de bâtiments dans un village voisin, afin de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. « Grâce à l’argent que nous avons reçu, nous avons pu nous fournir en denrées de base : riz, farine de mil, sucre, huile, condiments… Et bien sûr en café, indispensable au réveil ! » raconte-t-il. Il a pu se procurer de la nourriture pour sa famille de 13 personnes pour environ 40 jours.

D’après Ousmane, l’année 2018 s’annonce déjà difficile : ses stocks sont déjà écoulés depuis deux mois. « Déjà en 2017, nous n’avions presque pas pu récolter grand-chose par rapport à 2016, à cause des oiseaux qui mangent les récoltes ». Dans la région, la prochaine récolte est prévue pour juillet.

Les transferts de liquidités permettent d’amortir le choc de la période de soudure. ACTED Sénégal s’attelle à trouver des solutions de transition vers le renforcement de la résilience, avec des activités de soutien à l’agriculture notamment, pour permettre aux populations locales d’être mieux préparées aux chocs futurs.

 

Augmenter la production agricole pour faciliter la disponibilité et l’accès à la nourriture

Pour pallier l’insécurité alimentaire sur le long terme, ACTED a lancé en avril 2016 un grand projet de renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des familles les plus pauvres de la zone. Ce projet régional, financé par le Fonds Fiduciaire d’Urgence de l’Union européenne (Trust Fund), va permettre de venir en aide à plus de 3000 familles. L’objectif : lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière et du phénomène des personnes déplacées en Afrique en renforçant la disponibilité, la diversité et l’accès aux aliments en milieu rural. Il s’agit ainsi de développer des opportunités économiques et sociales permettant de désenclaver les populations et d’assurer que leur activité leur permette de subvenir à leurs besoins tout au long de l’année.

Dans ce cadre, Ousmane a reçu des outils agricoles et des semences. « Ces deux projets ont été très complémentaire : le transfert d’argent m’a permis de subvenir aux besoins alimentaires de ma famille pendant la période de soudure, puis j’ai pu bénéficier de matériel agricole à moindre coût, ce que je n’aurais jamais pu faire tout seul », explique-t-il. Il a notamment pu se procurer un semoir à traction animale qui lui permettra de gagner du temps lors de ses travaux agricoles.

Ce projet permet également de développer les activités des acteurs locaux, notamment des Agents Prestataires de Services (APS) et des Relais Communautaires, en renforçant les liens entre les personnes habilitées à fournir des intrants agricoles et les agriculteurs. Chaque acteur a ses responsabilités : les Agents Prestataires de Services accompagnent les ménages dans l’identification de leurs besoins en matériel agricole et leur en fournissent lorsque ceux-ci passent des commandes. Ils sont l’intermédiaire entre les fournisseurs et les ménages, qui sont souvent trop éloignés des lieux de commerce. Les Relais Communautaires, eux, ont pour rôle d’accompagner les agriculteurs bénéficiaires tout au long du projet, en renforçant leurs techniques agricoles. Agents Prestataires de Services comme Relais Communautaires sont élus en assemblée villageoise.

Abdou est à la fois agent prestataire de service et relais communautaire. Il vit dans le même village qu’Ousmane avec sa femme et leurs six enfants. « Je me suis porté volontaire pour devenir Agent Prestataire de Service il y a maintenant un an, afin de répondre aux besoins des habitants du village», raconte-t-il, activité qu’il assume en plus de celles de petit commerce et d’agriculture, qu’il pratique avec sa famille. « C’est aussi un moyen d’avoir un complément de revenu pour ma famille », ajoute-t-il.

« La première étape consistait à demander aux bénéficiaires du projet quels étaient leurs besoins et leurs priorités : des bâches pour stocker du mil, par exemple, ou pour protéger les récoltes des termites… Des grillages, des semoirs, des sacs de stockage… » explique Abdou, qui a lui-même pu s’acheter un semoir grâce auquel il parvient à limiter les pertes, mais aussi ses besoins en main d’œuvre pour travailler ses terres : « Avant, toute ma famille allait aux champs ». Il a pu être formé aux meilleures pratiques culturales et à la bonne gestion des commandes. Aujourd’hui, Abdou permet à 86 personnes de se fournir en matériel agricole et en semences.

Et pour la suite ? « Quand le projet sera terminé, je vais essayer de trouver de nouveaux financements pour continuer mon activité d’agent prestataire de service ». Une histoire qui ne fait que commencer.

 

Ce projet est financé par le Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne. Le contenu de ce document relève de la seule responsabilité d'ACTED et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.