La reconstruction des moyens de subsistance des femmes et des écoliers touchés par le conflit
L’amélioration du développement économique et le soutien aux femmes et aux écoliers touchés par le conflit passe par la création de boulangeries artisanales et le développement de petites entreprises au Sud du Kirghizistan.
Les femmes touchées par les violences qui ont secoué les villes d’Och et de Jalalabat en juin 2010 éprouvent encore des besoins urgents de soutien économique et psychosocial. L’instabilité régnante continue de restreindre les opportunités d’accès aux activités génératrices de revenus, ou aux moyens de subvenir durablement à leurs besoins.
En réponse à ces défis, ACTED a mis en place trois boulangeries pour les femmes dans les zones touchées par les conflits, avec le soutien de la Coopération Suisse et en partenariat avec le Rural Advisory Service et le Bio Service Public Foundation. Ces centres ont employé des femmes en travail temporaire pour produire du pain brioché à destination des écoliers. Afin d’en assurer la viabilité à long terme, ACTED a en plus mis en place des groupes d’entrepreneurs.
Gulruh est née à Och, la plus grande ville du Sud du Kirghizistan. Elle est mariée et a quatre enfants. Quand Gulruh était jeune, elle rêvait d’aller à Paris. Elle est même allée dans une école spéciale qui donnait des cours de français. Elle avait ce rêve depuis de nombreuses années déjà quand le violent conflit a secoué le sud du pays en juin 2010. A présent, elle ne pense plus qu’à ses enfants et au bien-être de sa famille. Assise dans un atelier de couture, elle se remémore son parcours depuis les événements.
La brioche de la paix
Elle avait entendu parler d’une annonce d’emploi à la boulangerie locale par des responsables communautaires. Elle tombait à pic, car elle n’avait pas d’emploi, et elle était prête à gagner le pain de la famille en produisant des korjiks (brioche typique du Kirghizistan).
Les trois boulangeries pour femmes d’Och et de Jalalabat ont rassemblé des femmes de communautés et de milieux divers pour produire ces brioches. Au total, ACTED a employé 210 femmes vulnérables sur une base temporaire. Les centres ont permis à ces femmes touchées par le conflit, sélectionnées sur la base de leur vulnérabilité socio-économique, d’être employées pendant 10 jours dans le cadre d’un programme de Travail contre Paiement. De plus, le projet a contribué à bâtir un dialogue pacifique entre les communautés, donnant aux femmes la chance de forger des amitiés et de travailler ensemble pour l’atteinte d’un but commun.
Ensemble, ces femmes ont produit près de 800 brioches par jour dans chaque centre. Gulruh se souvient : « J’ai apprécié de travailler à la boulangerie pour femmes. Le salaire était bon. Après l’hiver, avec aucun accès à une activité économique, c’était ce qu’il nous fallait. Les conditions de travail étaient convenables et le matériel de bonne qualité. Et puis j’ai appris à faire de la brioche ! »
Les brioches produites étaient ensuite distribuées aux collégiens vulnérables issus de communautés touchées par le conflit, afin de réduire la prévalence de l’insécurité alimentaire. Au total, 116 000 korjiks ont été produits, et distribués à 3200 élèves. Entre les mois de février et mai, les élèves de 15 collèges d’Och et de Jalalabat ont reçu ces pains. Le fils de Gulruh, Muhamadili, va à l’école n°22 d’Och. Chaque jour, il recevait des pains faits par les centres pour femmes, et peut-être même ceux faits par sa propre mère.
Soutien entrepreneurial aux femmes touchées par le conflit
Tous les bénéficiaires du programme de Travail contre Paiement issus des centres pour femmes qui ont produit des denrées en conserve, des biens non-alimentaires pour l’hiver et les brioches ont ensuite été invités à faire une demande de soutien entrepreneurial. Lorsque Gulruh a entendu parler de cette opportunité, elle s’est enthousiasmée à l’idée de créer son activité de couture. Elle a ainsi pu réunir un groupe de cinq femmes intéressées par cette perspective. « Je suis responsable du groupe. J’ai toujours cousu chez moi, mais après la crise, les machines à coudre ont été détruites. J’ai vu là l’occasion de redémarrer un petit commerce pour moi, et pour deux femmes qui sont mères seules au foyer, » explique Gulruh. Ensemble, elles ont développé leur projet de petite entreprise et ont été sélectionnées.
Le groupe a bénéficié du don de machines à coudre et a pu recevoir deux formations spécifiques, sur le modèle entrepreneurial, et sur la gestion et le développement du projet. « Pendant ces formations, j’ai appris à coudre des robes, des pantalons, des rideaux, comment développer mon capital, comment gérer l’affaire. Nous avons aussi eu des cours pratiques, » indique Gulruh.
Gulruh a désormais le sourire, et est même enthousiaste pour ses projets futurs. « Je pense que nous avons du succès parce que nous proposons des produits de qualité pour des tarifs raisonnables. Au moins nous avons du pain sur la planche. Avant, je dormais le matin, mais maintenant, je suis motivée, et surtout, j’ai beaucoup de travail dès le matin ! » dit-elle en riant. Peut-être que Gulruh peut se remettre à rêver de Paris.
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