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actualité | 21 Novembre 2011 | Tchad | Urgence

Réponse d’urgence aux flux de population en provenance de Libye

Journal de bord d’une équipe mobile aux confins du Sahara

Avant le début de la guerre, environ 300 000 Tchadiens vivaient et travaillaient en Libye. Durant ces six derniers mois de conflit, plus de 80 000 d’entre eux ont fui les combats pour venir se réfugier dans leur pays natal. Nombreux d’entre eux n’ont eu d’autre solution que de regagner le Tchad par voie terrestre à travers le Sahara. Une équipe mobile d’ACTED s’efforce de leur garantir un accès minimal à l’eau potable au niveau des points d’entrée sur le territoire et des centres de transit mis en place par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Voici un extrait de leur journal de bord.

Vendredi

L’OIM nous a informé cet après midi que le puits à Zouarké, point d’entrée des convois de migrants en provenance de Libye, est à sec et ensablé. Quinze camions, chargés chacun de plus de 100 personnes, hommes, femmes, enfants, seraient en route en provenance de Sebha, dans le grand sud libyen où les combats font rage, et sont attendus à Zouarké à la fin de la semaine prochaine. Il faut, aux camions qui transportent les retournés, près de 15 jours pour traverser le désert nigérien séparant la dernière oasis en Libye et Zouarké, le premier village au Tchad. Les migrants tchadiens ou originaires d’autres pays de la sousrégion fuient les combats au Sud de la Libye et les exactions à l’encontre des Sub-sahariens assimilés à des mercenaires. Ils n’ont, durant ce long trajet, qu’un accès très limité à l’eau et Zouarké est donc le premier point de ravitaillement pour eux. C’est pourquoi il est crucial que l’accès aux services de base y soit garanti. L’OIM y a d’ailleurs mis en place une base relai fournissant des soins médicaux basiques, de la nourriture et de l’eau pour leur permettre de parcourir la semaine de trajet les séparant encore du prochain centre de transit à Faya.

Il nous faut donc partir d’urgence à Zouarké pour rétablir l’accès à l’eau potable pour l’arrivée des prochains migrants.

Samedi

Ayant reçu le feu vert pour le lancement de l’intervention de la coordination nationale d’ACTED Tchad basée à N’Djamena, nous parcourons le marché de Faya à la hâte pour trouver le matériel nécessaire pour surcreuser le puits de Zouarké : un trépied, une poulie, un harnais (assez long pour les 30 à 40 mètres de profondeur du puits), deux pioches, deux pelles, deux barres à mine et deux seaux de 20 litres. Nous sommes parés. Reste à savoir qui descendra dans le puits pour vérifier et évaluer l’ampleur du travail et commencer à évacuer le sable.

L’accès à l’eau dans le Sahara est un défi permanent.

Dimanche

Bonne nouvelle ! MAG (Mines Advisory Group), une organisation spécialisée dans le déminage, part demain en direction de Zouarké ! Un travail régulier et méticuleux est mené régulièrement dans le grand nord du Tchad pour connaître les champs de mines, les zones à risque et procéder aux interventions d’urgence. Nous pourrons nous joindre à leur convoi ; nous serons bien entourés.

Lundi

Départ pour Zouarké comme prévu… C’est parti pour un jour et demi de route à travers le désert. Une fois arrivés, nous nous mettrons à la recherche de puisatiers locaux. Ceux-ci seront des éléments clés de la réussite de l’opération de par leurs connaissances et leur expérience de la zone.

Mercredi

Après une nuit dans le désert nous voilà arrivés à Zouarké. Nous avons trouvé des puisatiers locaux disponibles et nous sommes enfin prêts pour descendre au fond du puits. Reste à déterminer si le puits pourra être réhabilité. Dans le cas contraire, on s’oriente vers une solution bien plus coûteuse et technique, et qui risquera surtout de prendre plusieurs semaines à mettre en œuvre, considérant les défis logistiques d’approvisionnement en matériel.

Jeudi

Le surcreusage du puits a débuté, on va pouvoir commencer à dégager le sable du fond du puits pour aller chercher la nappe phréatique. La réhabilitation devrait être possible !

Vendredi

Ca y est ! On a trouvé l’eau ! Il y a à nouveau une colonne d’eau 2,5 mètres au fond du puits. C’était moins une… Cinq camions sont arrivés à peine quelques heures après que la réhabilitation soit achevée. Les migrants pourront donc boire, se laver, faire la cuisine et procéder à leurs ablutions en arrivant à Zouarké.

Il est temps de repartir à Faya pour continuer à garantir un accès à l’eau potable aux retournés au cours de leur périple dans chacun des neuf points d’entrée et centres de transit dans le nord du Tchad. Au programme : chloration, désinfection des points d’eau existants, mise en place de réservoirs et d’approvisionnement par des citernes à eau, assainissement des points d’eau pour éviter la propagation des maladies hydriques, etc. L’accès à l’eau dans le Sahara est un défi permanent.

Voir aussi:

La crise libyenne provoque un retour massif des migrants

et

Dossier Spécial sur la menace d'une crise alimentaire au Sahel