Skip to Content

actualité | 05 Mai 2010 | Tadjikistan |

Quelques questions à Danièle Mane, fondatrice et présidente de l’Association Kareen Mane – Aide aux Enfants Démunis.

Danièle Mane a créé, en 1997, quelques jours seulement après la mort de Kareen, sa fille, au Tadjikistan, une association pour faire vivre les idéaux de sa fille. Danièle Mane a été institutrice pendant 40 ans. Son action au sein de l’AED s’inscrit dans la continuité de son engagement professionnel auprès des enfants et de l’action entreprise par Kareen au Tadjikistan auprès des femmes et des enfants démunis.

Comment et où travaille l’Association Kareen Mane – Aide aux Enfants Démunis ?

L’Association Kareen Mane – Aide aux Enfants Démunis (AED) œuvre dans neuf pays à travers le monde, notamment au Tadjikistan, en Inde, à Madagascar, au Brésil, au Maroc ainsi qu’en France. Le choix de nos pays d’intervention n’est pas dû au hasard. D’un côté, nous avons des critères relativement définis, et de l’autre, nous travaillons dans les pays pour lesquels ma fille, Kareen, éprouvait un certain intérêt.

Avec quels partenaires l’AED travaille-t-elle ?

L’AED travaille de manière très étroite avec les associations locales et en partenariat avec plusieurs associations internationales. D’une manière générale, nous privilégions l’interdépendance entre les organisations. C’est dans cette optique que se situe notre partenariat avec ACTED, avec qui nous travaillons au Tadjikistan et en Haïti. En France, nous sommes en contact étroit avec le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes, avec les fonds parlementaires de soutien à notre action. Nous sommes aussi en lien avec les Conseils Régionaux ainsi que le grand public, qu’ils soient adhérents ou simples particuliers. Le grand public nous soutient généreusement au moyen de dons, généralement adressés pour une action bien particulière. D’autre part, des particuliers soutiennent de manière bénévole notre travail. Enfin, comme 76 autres associations, nous faisons parti de l’association fédérative, la Voix de l’Enfant. Celle-ci nous soutient financièrement et organise des événements et des tables-rondes.

Quels types de projet l’AED met-elle en œuvre afin d’aider les enfants ?

Nos actions s’adressent avant tout au collectif. L’AED se refuse de mener des actions adressées à certains enfants en particulier. Il n’y a ainsi aucun parrainage individuel qui émane de l’AED. Par là, nous entendons ne pas induire de différences de traitement entre les enfants. Cette éthique est certainement liée à celle que je m’imposais lorsque j’étais enseignante de l’éducation nationale, puisque c’est celle d’une éducation généreuse et ouverte à tous. Notre travail consiste principalement en des actions concrètes. Nous apportons un soutien aux infrastructures scolaires, comme c’est le cas au Maroc, ou à des crèches ou des maternelles, par exemple à Rio de Janeiro au Brésil. Je considère l’école comme étant un lieu de vie privilégié, qui éloigne et protège les enfants des dangers de la société. J’essaie tant bien que mal de privilégier le travail avec les femmes ou les mères. Ce sont elles qui sont souvent le plus dans le besoin mais également qui sont les actrices indispensables du bien-être des enfants.

Comment une aide principalement adressée aux enfants contribue-t-elle également au développement plus général (économique, social, institutionnel, etc.) ?

Ayant été enseignante pendant 40 ans, je place la scolarisation au centre des interventions en faveur des enfants, voire plus généralement au cœur du développement social. La scolarisation est la première étape dans la construction de l’avenir des enfants, en vue d’améliorer leurs conditions de vie. Par ailleurs, bien que nos interventions s’adressent directement aux enfants, elles nécessitent un travail auprès des milieux éducatifs et familiaux, notamment auprès des femmes. La prise en compte du lien mère-enfant m’est particulièrement chère. Nous nous efforçons de renforcer ce « lien ombilical », qui peut être salvateur notamment au regard des enjeux de la petite enfance, de la maltraitance ou de l’exploitation infantile.

A titre illustratif de son activité, pourriez-vous expliquer l’action concrète de l’AED en Haïti ?

En Haïti, notre priorité est l’accès des enfants à leur identité propre. Beaucoup d’enfants n’ont pas d’état civil en Haïti ; soit parce que culturellement, il n’est pas d’usage d’enregistrer un enfant à sa naissance, soit parce que leur enregistrement posait des problèmes d’ordre pratique (frais financiers trop importants, absence de moyens de transport, analphabétisme), ou tout simplement parce que les structures administratives nécessaires n’existent simplement pas. Avec ACTED, la Voix de l’Enfant et le Groupement d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR), une association haïtienne, nous venons ainsi en soutien à l’octroi aux enfants d’un état civil et de papiers d’identité. Concrètement, nous intervenons avec un accompagnement technique, notamment en termes de démarches administratives, ainsi que financier, en vue d’enregistrer les enfants.

Pourquoi cette action pour l’accès des enfants à un état civil ?

Les risques encourus par un enfant sans identité propre sont légions. Un enfant sans nom est tout d’abord un enfant sans existence reconnue, sans réel droit à la vie et à la protection de la vie. C’est cette « négation de la vie » qui est à la base des cas d’enfants esclaves, si fréquents en Haïti. Par ailleurs, un enfant sans identité est exclu du droit, des régimes de santé et de soins médicaux, des structures scolaires et éducatives. Enfin, un enfant sans identité n’a aucune chance d’être adopté ni de voyager ; un obstacle que rencontrent beaucoup d’enfants orphelins.

En outre, cette mission est pleinement conforme à la Convention internationale des droits de l’enfant, dont nous fêtons les 20 ans. Nous œuvrons ainsi de manière similaire au Népal, particulièrement à Katmandou, où l’octroi d’états civils aux enfants est nécessaire pour prévenir les risques d’exploitation sexuelle. A ce sujet, nous comptons nous engager dans une campagne au niveau international sur le sujet du droit des enfants à une identité, conjointement avec la Voix de l’Enfant, très prochainement.

Quel est l’objet de l’action de l’AED au sein du Centre pour Enfants des Rues de Douchanbé, au Tadjikistan ?

Notre mission à Douchanbé est indissociable de celles d’ACTED et du Centre pour Enfants des Rues (Refugee Children and Vulnerable Citizens, RCVC), en lien avec le Ministère des affaires étrangères et son service d'adoption internationale. ACTED étant bien implantée sur place, puisqu’elle est présente au Tadjikistan depuis un certain temps, elle représente en quelque sorte l’AED qui agit comme lien entre les fonds publics français et l’action en faveur du RCVC.

Comme son nom l’indique, le RCVC œuvre principalement pour les enfants des rues à Douchanbé. Ces derniers, n’ayant nul part où aller, connaissent le RCVC et savent qu’ils peuvent y être accueillis à tout moment. Il est très important de préserver le caractère « ouvert » du centre, et de favoriser l’accueil de tous les enfants, particulièrement ceux qui fuient les centres en général.

Qu’en est-il des activités de l’AED en France ?

De manière générale, beaucoup de jeunes, notamment des bénévoles, intègrent nos projets. Néanmoins, nous avons également l’ambition de nous rendre utile en France même. Nous travaillons avec un centre social à Carpentras, là où j’ai longtemps enseigné. L’action en France se fait moins sur le volet éducatif, étant donné la scolarisation obligatoire, que sur le suivi des enfants. Le monde associatif en France est exceptionnellement riche et d’une réelle utilité. Les associations viennent souvent combler les manquements en termes d’aide sociale.

Quelles sont les perspectives d’avenir de l’AED dans le monde ? Quelles sont ses priorités actuelles et futures de l’AED ?

Pour le moment, notre priorité absolue est de pérenniser les projets en cours ; étape indispensable avant d’envisager un élargissement de nos activités. Pour cela, nous soutenons l’autonomisation des centres existants, comme c’est déjà le cas à Madagascar ou au Brésil où ces centres sont aujourd’hui totalement autonomes. J’ajouterais enfin que nous tentons par tous les moyens de limiter nos frais de fonctionnement. Nous tentons tant bien que mal de réserver les fonds qui nous sont accordés au travail concret et ne consacrons généralement pas plus de 5% du budget à notre fonctionnement.

Quelles sont les perspectives d’action envisagées avec ACTED ?

Nous entendons bien sûr faire perdurer le partenariat avec ACTED, puisqu’il nous est si cher. Il nous aura permis de créer des passerelles entre nos deux associations qui sont devenues indispensables à certains projets. L’AED et ACTED sont foncièrement liés. Autant le souvenir de Kareen, déjà proche d’ACTED, que ma proximité avec les dirigeants de l’ONG contribuent à cette relation privilégiée. Dans les faits, après les expériences très positives au Tadjikistan et en Haïti, nous entendons avant tout développer la complémentarité entre nos deux associations. J’envisage d’autres projets sur la base de ces expériences réussies, pour lesquels j’espère nous associer de nouveau à ACTED, notamment pour un projet de centre des enfants des rues en Afghanistan.

L’Association Kareen Mane – Aide aux Enfants Démunis

Le 30 novembre 1997, Kareen Mane tombait à 28 ans sous le feu croisé des rebelles et des forces d’intervention tadjikes. Quelques jours après son décès, sa mère et ses amis ont décidé de créer l’AED, afin que sa mort ne soit pas vaine et qu’au-delà de sa disparition, son engagement auprès des enfants démunis se poursuive.

L'association, régie par la loi de 1901 et déclarée le 18 janvier 1998, a pour objectifs, au travers d'actions concrètes, de faire renaître l'espoir et la joie de vivre dans le cœur des enfants les plus défavorisés, et de faire appliquer la Convention de l'ONU du 20 novembre 1989 qui définit les Droits de l'Enfant.

L'association, présente dans 9 pays (Brésil, Guatemala, Inde, Maroc, Sahara, Tadjikistan, Madagascar, France et Haïti), participe à des actions dans les domaines de l'éducation et de la scolarisation, de la santé, de la nutrition, du soutien psychologique, de la protection.