Skip to Content

actualité | 26 Avril 2017 | Haïti | Développement

Des pratiques agricoles climato-intelligentes pour préserver les bassins versants haïtiens

Des plants de nopal dans la ferme agroécologique de la Fondation Solidarité, partenaire d’ACTED à Arcahaie dans le cadre d'un projet de renforcement de la résilience agricole - ACTED Haïti, 2017

Renforcer la résilience agricole pour contrer les effets du changement climatique

L’atténuation et l’adaptation au changement climatique sont devenues des préoccupations majeures du XXIème siècle. Si ces problématiques environnementales concernent le monde entier, tous les pays n’en sont pas affectés de la même manière. Haïti fait partie des 10 pays les plus vulnérables face au changement climatique, et fait face à des événements météorologiques extrêmes, dont l’intensité, la fréquence et l’ampleur sont exacerbées par le changement climatique.

Pour ce petit pays insulaire, agir en vue de limiter les impacts du changement climatique devient une réelle priorité, qu’ACTED a intégrée dans un projet lancé récemment dans le bassin versant des Matheux à Arcahaie, dans le département de l’Ouest, pour la transmission et la mise en application de pratiques agricoles dites climato-intelligentes.

Mais qu’entend-on exactement par pratiques agricoles climato-intelligentes ?

« Climato-intelligent » en matière d’agriculture fait référence à des pratiques ayant pour objectif d’augmenter de façon durable la productivité agricole et les revenus des agriculteurs afin d’atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et de développement et de renforcer la résilience et la capacité d’adaptation des systèmes agricoles et alimentaires au changement climatique, tout en cherchant à limiter les émissions de gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone ou le méthane.

Le bassin versant d’Arcahaie-Cabaret : une zone clé pour l’adaptation au changement climatique

Avant d’en dire plus sur le projet, une brève explication du terme « bassin versant » s’impose : un bassin versant est une portion de territoire délimitée par des lignes de crête et irriguée par un même réseau hydrographique, comme une rivière par exemple (cf. schéma ci-contre).

En Haïti, le relief montagneux représente près de 80% de la surface, et la gestion durable de la couverture végétale de ces zones est indispensable pour prévenir et limiter durablement les impacts de catastrophes. Des rafales de vent et fortes pluies sont en effet susceptibles d’arracher les particules des sols nus, entraînant des ruissellements qui peuvent conduire à des inondations en contrebas et à une perte de fertilité de ces sols. En permettant la cohésion du sol, les racines des végétaux limitent ces phénomènes et plus particulièrement l’érosion.

C’est dans ce cadre que se déroulent, entre autres, des activités de végétalisation et de couverture des sols du bassin versant mises en place par ACTED.

Promouvoir des pratiques agricoles climato-intelligentes basées sur trois ressources

Le changement climatique est susceptible d’amplifier les risques d’inondation et de sécheresse prolongée. Des périodes de sécheresse plus longues peuvent avoir des conséquences en matière de sécurité alimentaire et augmenter les conflits liés à l’utilisation de l’eau. Il est donc indispensable de protéger les sols pour contrer la perte de fertilité et l’accélération du processus d’érosion, une des principales problématiques touchant les bassins versants en Haïti, dans le contexte actuel d’évolution climatique.

Afin de renforcer les capacités des agriculteurs à faire face au changement climatique, le projet mené par ACTED est centré sur trois éléments indispensables à la préservation et à la résilience de la production agricole locale : le stockage de l’eau dans les nappes phréatiques et en surface, la génération de biomasse et d’électricité en alternative au charbon de bois, et l’amélioration des sols par la reconstitution de leur vie microbienne.

Des solutions innovantes pour faciliter le stockage de l’eau

Pour favoriser le stockage de l’eau, ACTED projette de mettre en place deux nouvelles cultures possédant de nombreux avantages complémentaires : le vétiver et le nopal. Le vétiver est une plante qui se présente sous forme de grandes touffes vertes, dont les racines peuvent atteindre jusqu’à trois mètres de profondeur, permettant ainsi de limiter le phénomène d’érosion et surtout de favoriser l’infiltration d’eau dans les sols et le remplissage des nappes souterraines. Le nopal, plus connu sous le nom de figuier de barbarie, permet de stocker l’eau en surface grâce aux cladodes, ses feuilles caractéristiques en forme de raquette typiques de la famille des cactus qui ont pour fonction d’emmagasiner d’importantes quantités d’eau.

Le nopal, appelé aussi « raquette » en raison de la forme de ses feuilles (en haut) et le vétiver (en bas) sont déjà présents sur le territoire de la ferme agroécologique de la Fondation Solidarité (partenaire d’ACTED) à Arcahaie, utilisé comme centre de formation pour les agriculteurs participant au projet – ACTED Haïti, 2017.

Production d’énergie

La paille de vétiver et le nopal, en plus de leurs propriétés de stockage de l’eau, constituent une base intéressante de production d’énergie : en l’absence d’oxygène, le vétiver et le nopal se dégradent sous l’effet de bactéries. Le phénomène de fermentation qui s’ensuit produit un gaz, appelé biogaz, qui peut remplacer le gaz naturel, par exemple comme carburant pour des véhicules adaptés, ou pour soutenir l’électrification rurale par combustion.

Reconstitution de la vie microbienne des sols

Le sol est vivant et source de vie : plus un sol est riche en matières organiques et en micro-organismes, plus il sera fertile. Ainsi, les larves dites hermetia qui se nourrissent de la paille de vétiver permettent de produire un excellent compost, grâce aux résidus de vétiver et à leurs excrétas, source de matières organiques indispensables.

Avec la mise en place de ces nouvelles pratiques, les agriculteurs de la zone contribueront pleinement à la protection et la préservation du bassin versant : meilleure structuration des sols, production d’énergie à très faible coût et rupture du cycle de dépendance au charbon de bois sont autant d’éléments qui permettront à ces agriculteurs d’améliorer la qualité de leurs terres et donc leur production.

Un projet de développement multi-acteurs

Ce projet innovant est mené par ACTED et la Fondation Solidarité, organisation haïtienne créée en 2006 et basée à Arcahaie, qui œuvre à la protection des bassins versants et à la promotion des biotechnologies au bénéfice des filières agricoles. Les équipes d’ACTED basées à Saint-Marc, dans le département de l’Artibonite, travailleront avec Joël et son épouse Elisabeth, les deux fondateurs de la Fondation Solidarité, pour assurer la mise en œuvre effective de ce projet, qui impliquera les autorités locales de la commune d’Arcahaie et les leaders communautaires, avec le soutien du Ministère de l’Environnement.

La cérémonie officielle de lancement de ce projet le 19 mai prochain va être l’occasion de rencontrer tous les acteurs locaux, départementaux et nationaux de ce projet agricole « ren-versant » !