Ouré Cassoni : Vers l’autonomisation des populations assistées
Malgré la persistance d’une situation d’urgence, les réfugiés se sont sédentarisés. Il est donc nécessaire de mettre en place des programmes susceptibles de développer, à moyen terme, une stratégie de diminution de leur dépendance vis-à-vis de l’aide humanitaire et d’améliorer leurs conditions de vie. Il est donc devenu indispensable de concevoir les interventions humanitaires à travers un spectre nouveau, en œuvrant autant que possible au développement d’activités permettant de restaurer les capacités productrices de la population réfugiée. L’objectif du projet proposé par ACTED est de concilier distributions de biens essentiels et activités permettant de reconstruire les moyens d’existence des réfugiés. Toutes les activités proposées tendent ainsi vers le même objectif : œuvrer au renforcement des capacités des réfugiés afin de leur permettre de répondre de façon de plus en plus autonome à leurs besoins.
ACTED a donc créé en 2004 une zone de maraîchage de 14 000 mètres carrés et une pépinière au bord du lac, à cinq kilomètres du camp. Des parcelles sont mises à la disposition des réfugiés et des populations locales, qui bénéficient également de distributions de semences, d’outils et de formations pratiques. Une activité de « jardins de case » vient compléter les efforts d’ACTED en maraîchage depuis 2007. Au départ, cette activité s’apparentait à de la permaculture : les réfugiés exploitait un sac avec un système fait de cannettes percées pour l’approvisionnement en eau, le but étant de limiter les besoins en eau de ces cultures. Néanmoins, la surface cultivée paraissait trop réduite pour les bénéficiaires qui avaient tendance à planter les semences directement dans le sol. Afin de conserver les avantages de la « permaculture en sac » tout en répondant aux besoins des bénéficiaires, ACTED a expérimenté, fin 2008, les jardinières faites à partir de fûts en métal coupés en deux sur la longueur. Cette technique s’est montrée particulièrement efficace. Les ménages bénéficiaires reçoivent des semences et des conseils pour développer une culture de produits maraîchers à proximité de leur domicile. Les principaux produits de cette activité sont le gombo, la betterave, l’oignon mais également la carotte, l’aubergine, le persil, etc. Les activités de maraîchage et de jardins de case ont rencontré à ce jour un vif succès auprès de la population réfugiée, permettant aux bénéficiaires de diversifier leur alimentation indépendamment des rations distribuées et d’accéder, par la vente des produits maraîchers, à une source de revenus qui leur permet d’acquérir des biens de première nécessité.
Une enquête d’impact menée en février 2009 a permis de déterminer que 95 % des bénéficiaires affirment consommer seulement une partie de leur production alors que l’autre est vendue sur le marché du camp. Seulement 4 % des bénéficiaires ont déclaré consommer 100 % de leur production. Le revenu moyen hebdomadaire issu de la vente de ces produits maraîchers est de 3066 FCFA par bénéficiaire, soit près de cinq euros. Ce revenu sert à l’achat de savon, sucre, viande et autres produits qui ne sont pas distribués lors de la distribution générale de vivres.
Ces activités permettent en outre aux bénéficiaires d’acquérir ou d’entretenir un savoir-faire qu’ils pourront à leur tour de transmettre. L’aspect pédagogique est donc très important : ces activités rompent avec une logique d’assistanat susceptible d’affecter le savoir-faire et l’autonomie des populations, que ce soit dans un camp de réfugiés au Tchad ou à plus long terme dans la perspective d’un retour au Soudan.
Depuis deux ans, ACTED a également créé ou renforcé de nombreuses professions aujourd’hui présentes sur le camp (maçons, blanchisseurs, éleveurs de poules, boulangers, restaurateurs, forgerons, petits commerçants, parfumeurs, etc.), dans le cadre de la promotion d’activités génératrices de revenus. ACTED soutient 30 groupements, comptant au total 331 membres, avec la distribution de kits professionnels et de formations aux outils de gestion. Malheureusement, ces activités se développent avec difficulté, étant donné le peu de débouchés commerciaux qu’offre le camp et la faiblesse des interactions avec l’extérieur. Il n’existe ainsi pas d’économie locale dans laquelle les groupements pourraient s’intégrer. Une prochaine étape de l’action d’ACTED sera donc une réflexion globale sur les flux commerciaux dans le camp et la mise en place de nouvelles stratégies de vente.
Souvent délaissé par l’assistance humanitaire, l’élevage des petits ruminants (chèvres, moutons) n’en est pas moins un élément clé de la sécurité alimentaire. Il s’agit en effet de l’une des activités les plus pratiquées par les réfugiés du Darfour. ACTED vient en aide aux 7000 éleveurs recensés à Ouré Cassoni à travers des campagnes de vaccination, la formation d’auxiliaires vétérinaires, qui ont désormais acquis les capacités nécessaires au renouvellement autonome de leurs stocks personnels de médicaments, et enfin à travers un suivi quotidien du bétail présent sur le camp.
Intervention des acteurs humanitaires dans la zone
Comme sur l’ensemble des camps de réfugiés, plusieurs ONG travaillent côte à côté auprès des réfugiés d’Ouré Cassoni, apportant chacune leur expertise dans différents secteurs. Au-delà du HCR qui supervise et coordonne l’ensemble des activités mises en œuvre dans le camp et du Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui gère l’approvisionnement en vivres, la GTZ, la coopération allemande, est responsable de toutes les questions logistiques.
International Rescue Committee (IRC), gestionnaire du camp, gère le centre de santé, met en œuvre un volet éducation auprès des enfants réfugiés et organise l’approvisionnement en eau potable à travers une station de pompage et de traitement au bord du lac Karyari. De son côté, Oxfam GB développe de nouvelles possibilités d’approvisionnement en eau en réalisant des forages d’exploration dans les alentours.
Tchad Solaire et Bureau Consult International complètent les efforts d’ACTED dans le secteur de l’énergie en proposant des solutions innovantes pour consommer moins de ressources énergétiques (foyers solaires et foyers améliorés Save 80).
Dans le secteur médical, l’ONG tchadienne ATAHS est en charge de la lutte contre le SIDA tandis que SOS Kinderhof International prend en charge les troubles mentaux des jeunes enfants.
Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) développe un programme de protection et de regroupement des familles séparées par la guerre et l’exil.
Depuis 2004 près de 28 000 réfugiés ayant fui le conflit du Darfour vivent dans le camp d’Ouré Cassoni, le camp de réfugiés soudanais situé le plus au nord de la partie est du Tchad. ACTED accompagne les réfugiés depuis leur installation. Cinq ans plus tard, la situation d’urgence demeure quasi inchangée. L’autonomisation des réfugiés semble illusoire. Pourtant ACTED, en partenariat avec le Service d’aide humanitaire de la Commission européenne et le HCR, a fait le pari de développer des perspectives d’avenir pour ceux qui, jusque là, n’en avaient aucune.
Lire au sujet de l'intervention d'ACTED à Ouré Cassoni:
La question environnementale, un élément clé de la pérennité du camp
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