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actualité | 18 Décembre 2009 (Toute la journée) | Tchad | Urgence

Ouré Cassoni : La problématique de la malnutrition au cœur de l’intervention humanitaire

Photos: ACTED / Gwenn Dubourthoumieu 2009


Compte tenu de la situation géo-climatique du camp d’Ouré Cassoni, situé dans un milieu semi-désertique et isolé, il est encore inenvisageable de sortir de l’entière dépendance à l’aide humanitaire pour les besoins essentiels, notamment pour l’apport en eau, en denrées alimentaires, en soins de santé et en ressources énergétiques, y compris pour les réfugiés arrivés en 2004. Ainsi, les quelques 28 000 réfugiés ne peuvent accéder à une autosuffisance alimentaire réelle;  les capacités de production agricole et maraîchère ainsi que la disponibilité en bois de chauffe étant réduites.

Assurer en priorité les besoins de première nécessité, dans un contexte de post-urgence

ACTED assure donc la couverture d’une partie des besoins de première nécessité des réfugiés par le biais de distributions mensuelles générales de vivres et de non-vivres sur le camp, avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM). 1 200 000 rations alimentaires ont ainsi été distribuées en cinq ans. ACTED est également en charge des distributions mensuelles de pétrole et de bois, essentielles pour la cuisson des aliments, à l’ensemble des ménages réfugiés.

En juillet 2009, ACTED a estimé la malnutrition infantile dans le camp d’Ouré Cassoni à près de 12%. D’une part, les racines de la malnutrition résident dans l’environnement difficile du camp, qui a des effets directs sur la santé des enfants, couche de la population particulièrement vulnérable. Le camp d’Ouré Cassoni dépend essentiellement pour son approvisionnement en eau du lac artificiel de Karyari, qui, à certaines périodes, est quasiment tari et pollué par les algues. Or maladies et malnutrition forment un cercle vicieux. En effet, qu’il s’agisse d’infections respiratoires ou de maladies hydriques, l’enfant malade est davantage sujet à l’anorexie. Par ailleurs, alors que l’enfant malnutri est particulièrement vulnérable aux maladies, les réfugiés d’Ouré Cassoni vivent dans des conditions climatiques particulièrement difficiles (vents violents, froids intenses pendant les mois d’hiver, etc.).

Répondre à la malnutrition

D’autre part, les réfugiés du camp dépendent presque exclusivement de l’aide alimentaire distribuée par ACTED pour subvenir à leurs besoins alimentaires. Certains ménages pratiquent également des activités telles que le commerce, les activités de service, l’élevage ou le maraichage (« jardins de case »), qui leur permettent d’augmenter leurs revenus et d’améliorer leur alimentation quotidienne. Cette aide alimentaire est prévue pour répondre aux normes de 2100 kilocalories par jour pour chaque membre d’une famille et doit donc permettre de garantir une situation nutritionnelle satisfaisante sur le camp. Il est néanmoins fréquent que les réfugiés vendent ou troquent les denrées alimentaires reçues afin de subvenir à leurs autres besoins, tels que l’achat de viande, la mouture des céréales, l’achat de vêtements ou de médicaments pour eux et leur bétail. Ces pratiques ont des conséquences néfastes sur l’état nutritionnel de la population réfugiée et notamment sur celui des enfants.

Dans un tel contexte, la malnutrition protéino-énergétique persiste dans le camp d’Ouré Cassoni en dépit des efforts de traitement et de lutte contre la malnutrition. Afin de faire face à cette situation, ACTED a, depuis 2006, ouvert quatre centres nutritionnels à Ouré Cassoni et àdans la ville de Bahaï qui ont permis d’atténuer la mortalité infantile. Chaque semaine, les enfants présentant un état nutritionnel préoccupant sont pesés et mesurés au Centre nutritionnel supplémentaire (CNS) et reçoivent une ration complémentaire. Ce suivi est également l’occasion de réaliser des entretiens personnalisés avec les mères afin de les informer et les conseiller sur les bonnes pratiques nutritionnelles. Les cas les plus préoccupants sont redirigés vers le Centre nutritionnel ambulatoire (CNA) qui les prend en charge sur le camp ou, dans les cas extrêmes, vers le Centre nutritionnel thérapeutique (CNT) basé dans les locaux de l’hôpital de Bahaï. Le CNT est ainsi une structure hospitalière installée dans le service de pédiatrie de l’hôpital de Bahaï, fonctionnant 24 heures sur 24. Les enfants souffrant d’une malnutrition aigüe y sont envoyés au fur et à mesure des dépistages, de jour comme de nuit. La récupération dure en général une semaine, correspondant à la durée d’une cure antibiotique, permettant ainsi l’amélioration des signes vitaux et le retour à l’appétit. Elle passe par trois phases : la phase I à base de lait nutritionnel, la phase de transition avec un lait plus nourrissant, et enfin la phase II, durant laquelle il est possible d’ajouter un aliment thérapeutique plus consistant tel que le plumpy nut (un biscuit thérapeutique à base de sésame et correspondant à 500 kilocalories) ou de la bouillie (CSB). Durant cette dernière phase, le nombre de repas au lait diminue tout en augmentant leur concentration.

Composantes des distributions

Les distributions de vivres, non-vivres et ressources énergétiques bénéficient à l’ensemble de la population du camp, soit environ 28 000 personnes. Chaque  réfugié reçoit :

des denrées alimentaires : (par jour)

425 grammes de céréales (sorgho)
50 grammes de mélange enrichi de soja et maïs (CSB),
50 grammes de légumineuses
45 grammes d’huile
15 grammes de sel
25 grammes de sucre

des biens de consommation de base : (par mois)

1 boule de savon
Selon les mois : jerrycans, bassines, tissus sanitaires, etc.

des ressources en énergie : (par mois)

3 kilogrammes de bois

2 litres de pétrole (1,5 litres pour les ménages disposant de foyers améliorés)

 

Depuis 2004 près de 28 000 réfugiés ayant fui le conflit du Darfour vivent dans le camp d’Ouré Cassoni, le camp de réfugiés soudanais situé le plus au nord de la partie est du Tchad. ACTED accompagne les réfugiés depuis leur installation. Cinq ans plus tard, la situation d’urgence demeure quasi inchangée. L’autonomisation des réfugiés semble illusoire. Pourtant ACTED, en partenariat avec le Service d’aide humanitaire de la Commission européenne et le HCR, a fait le pari de développer des perspectives d’avenir pour ceux qui, jusque là, n’en avaient aucune.

Lire au sujet de l'intervention d'ACTED à Ouré Cassoni:

Vers l’autonomisation des populations assistées