Skip to Content

actualité | 29 Juin 2015 | Myanmar |

Multiplier les formations professionnelles, un enjeu pour les jeunes au Myanmar

Ecole de Loikaw, une petite ville de l’état du Kayah, au Myanmar.

C’est la rentrée. Teris et Naw, 19 ans, entrent dans leur salle de classe en discutant avec une vingtaine d’autres étudiants. Cette salle de classe ne ressemble pas aux autres : des fils électriques, des câbles, des batteries et une multitude d’autres pièces de petit matériel électronique sont disposés sur les tables. Teris et Naw participent à la formation professionnelle sur l’électronique et les circuits électriques dispensée dans l’école de Loikaw, une petite ville de l’état du Kayah, au Myanmar.

Les formations professionnelles: une nouvelle formule dans les lycées professionnels au Myanmar

école Loikaw Teris s'est spécialisé en physique au lycée, et Naw en économie. Mais après le lycée, tous deux avaient besoin de compétences plus techniques et dans un secteur en ascension pour leur permettre de trouver un travail.

En 2014, ACTED a organisé une formation d’un mois par des professeurs thaïlandais pour 8 professeurs de l’école birmane, dans 4 secteurs d’activité en manque de personnel qualifié au Myanmar : la maçonnerie et la construction, la réparation de motocyclettes, l’électronique et le câblage électrique.  Les professeurs ainsi formés en Thaïlande sont ensuite revenus à Loikaw pour dispenser des formations professionnelles sur ces thèmes aux élèves qui le souhaitent. Ce type de formation professionnelle est une première à Loikaw dans le Kayah et une des premières initiatives au sein des lycées professionnels au Myanmar, d’où le besoin de former les professeurs birmans en Thaïlande où ce système existait déjà.

Toute chose nouvelle intrigue et parfois laisse sceptique: il a fallu aller au-devant des jeunes et de leur entourage, pour parler de ces formations et intéresser des élèves. “ Je crois que les premiers élèves sont surtout venus par curiosité ” explique le responsable du projet “ mais nous avons eu bien plus d’inscriptions que prévu, 82 élèves” ajoute-t-il, soulignant qu’il y avait un réel besoin pour ce type de formations. Teris a entendu parler de la formation par son professeur de dessin informatique, Naw par sa mère qui en avait entendu parler par une amie.

Les premières formations se sont déroulées sur 3 mois, dont 6 semaines à l’école et 6 semaines en stage, avec le soutien de "The Swiss Agency for Development and Cooperation". ACTED a soutenu les formations en fournissant à l’école le matériel pour que les élèves puissent s’entrainer, et en participant avec les professeurs à l’élaboration des programmes. Après les 6 semaines de cours, les professeurs et les équipes d’ACTED ont soutenu les étudiants dans leurs recherches de stage en les mettant en contact avec les entreprises intéressées dont des entreprises internationales comme Bouygues, qui a reçu plus d’une vingtaine de stagiaires sur ses chantiers à Yangon.

 “Je veux accumuler le plus de compétences possible”

école LoikawUne fois les formations lancées et le premier cycle de formation achevé, les équipes d’ACTED ont laissé au proviseur le soin de poursuivre les formations. Cette poursuite a été bien accueillie, et prouve le succès des premières formations : 91 élèves se sont déjà inscrits pour la prochaine rentrée. Teris et Naw en témoignent: ils ont tous deux décidé de continuer à se former en électronique dans leur école à la suite de cette première formation de 3 mois.

“Je veux accumuler le plus de compétences possible” explique Naw. Il a choisi l’électronique entre autre “parce que tout le monde a de plus en plus d’objets électroniques comme des portables, des ordinateurs… il y a toujours besoin de quelqu’un qui sait comment ça fonctionne et comment les réparer”. Après cette seconde formation, Naw voudrait faire un stage ou un travail temporaire au Japon, pour gagner encore en expérience.

Pour Teris, cette seconde formation est un tremplin pour se préparer à entrer l’année prochaine en école d’ingénieur en électricité. “C’est agréable d’étudier de nouveau”, dit-il.

Pour les étudiants qui n’ont pas prolongé leurs études, cette formation leur a permis soit d’être embauchés par l’entreprise dans laquelle ils ont réalisé leur stage, soit dans d’autres compagnies, soit de monter leur propre compagnie. A Loikaw, 3 compagnies de réparations et d’électroniques ont été mises en place par des groupes de 3 ou 4 anciens élèves de cette formation, devenus amis et assez confiants dans leurs nouvelles compétences mises en commun pour lancer un business.

Impliquer le secteur privé

Naw et sa famille Le succès des formations a également conduit le proviseur à ouvrir deux nouvelles classes. La première est une formation aux techniques de soudure qui démarre en juin 2015, et l’autre une formation en informatique, pensée pour attirer plus de filles dans ces formations qui intéressaient pour l’instant principalement des garçons. Mais le projet de formation en informatique est encore en suspens car l’école a besoin de plus de fonds pour acheter des ordinateurs (un ordinateur coûte environ 500 dollars).

Poursuivre la formation et ouvrir des nouvelles classes n’est en effet pas si évident pour l’école de Loikaw: “ces formations coûtent chères” déplore le proviseur. Pour pouvoir poursuivre sur le long terme sans le soutien des ONG, il a “commencé à développer un réseau avec des entreprises privées birmanes, notamment celles qui accueillent les étudiants en stage et travaillent dans le secteur que l’on enseigne, afin qu’elles participent au financement de ces formations.” En effet, les entreprises de construction ou d’électricité ont pris conscience des avantages de ces formations professionnelles à l’école suite aux premières formations soutenues par ACTED: au lieu d’avoir à embaucher des jeunes sans aucune compétence ni connaissance du secteur qui nécessitent beaucoup de temps à former individuellement lors de leur arrivée dans l’entreprise, les entreprises peuvent ainsi embaucher des jeunes déjà compétents et certains de leurs intérêt pour le métier. Au vu des bons résultats de ces formations, les équipes d’ACTED au Myanmar font des recherches pour continuer à soutenir cette école dans ses nouvelles initiatives et éventuellement répliquer le projet dans d’autres écoles dans d’autres régions.