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actualité | 31 Août 2012 | Sud Soudan | Urgence

La lutte contre la défécation à l’air libre

La grande majorité des latrines ont été construites par des femmes.

Dans l’Etat de Warrap (au centre-nord du pays) la défécation en plein air est pratiquée par 95% de la population. Cette pratique est responsable de la propagation des maladies et surtout de la forte incidence des diarrhées, particulièrement mortelles chez les jeunes enfants. Depuis 2006, la construction de latrines communautaires et familiales est au cœur des préoccupations d’ACTED au Soudan du Sud. ACTED expérimente une nouvelle façon de mettre en œuvre des projets d’assainissement en utilisant l’Assainissement total piloté par la communauté (ATPC), une technique conçue à l’origine au Bangladesh.

Ce jour-là se tient une formation ATPC à Adiam, un village situé sur les rives de la rivière Jur, dans l’Etat de Warrap. Les anciens s’emparent de leur bâton, les femmes quittent leur hutte, les enfants sortent de l’eau, et tous se rassemblent à l’ombre des arbres près de la maison du chef de la communauté. Pendant quelques heures, l’équipe va déployer toute son énergie pour mobiliser cette communauté et changer ses habitudes. Les participants, d’abord dubitatifs, tour à tour rient parfois à gorge déployée, s’enfuient en grimaçant de colère, mais tous finalement lèveront les bras en signe de victoire. Cette effusion d’émotions est liée à l’ATPC, et à ses activités, avec notamment la cartographie du village, une recherche de selles dans le village, le calcul de la quantité de selles générée par la pratique de défécation à l’air libre, et l’explication de la transmission de maladies entraînées par cette pratique, ainsi que la création d’un comité d’action.

Après quatre mois de suivi intense, Bona, responsable ATPC, a annoncé fièrement que tous les ménages d’Adiam avaient ainsi spontanément commencé la construction de latrines sans l’aide d’ACTED en outils, matériaux ou en subventions, et avaient un mois plus tard achevé la construction des latrines. Lorsqu’on se promène dans le village, on s’aperçoit que chacune des maisons est accompagnée d’une de ces huttes en paille. Adiam est donc devenu le premier village du Soudan du Sud à obtenir le statut « sans défécation à l’air libre ».

De très nombreux avantages

L’équipe d’ACTED se réjouit d’aussi bons résultats, car malgré l’apport de subventions et de primes dans le passé, les latrines n’avaient pas vu le jour, ou lorsqu’elles avaient été construites par ACTED, n’étaient pas utilisées ou entretenues. Ce qu’apporte le CLTS, c’est un système d’assainissement total et durable, géré par la communauté. Plus de sensibilisation n’est pas le seul facteur d’explication de ce changement. Une étude menée par l’équipe de suivi et d’évaluation a montré que l’ATPC permettait d’enclencher le débat sur la défécation à l’air libre, de briser un tabou et donc d’ouvrir la voie pour de nouvelles solutions.

Si les résultats convaincants sont plus attendus du côté de la transmission des maladies hydriques, l’assainissement, l’hygiène et l’eau doivent être abordés ensemble. Après le démarrage de l’ATPC, les inquiétudes liées à l’hygiène et à la salubrité de l’eau ont été soulevées au sein de village, où la rivière était la seule source d’eau, et n’était jamais traitée avant consommation. ACTED a répondu à ces besoins en construisant un puits.

A court terme, le principal défi pour Adiam est la saison des pluies, lors de laquelle la terre s’effrite. A long terme, ACTED aura pour défi d’étendre l’approche ATPC aux villages voisins, probablement de manière semi-autonome. ACTED devra également convaincre d’autres organisations d’adopter des projets ATPC. Car si ça marche dans l’Etat du Warrap, cela pourrait marcher dans tout le Soudan du Sud.