Les éleveurs de Cisjordanie cherchent de nouveaux moyens de soutenir leurs modes de vie traditionnels
Les familles rurales de Cisjordanie ont peiné ces dernières années à joindre les deux bouts face aux difficultés d’origine humaine et naturelle telles que la sécheresse, l’augmentation des prix du fourrage, les pénuries d’eau, les tensions, la confiscation des terres ou encore les difficultés d’accès liées au mur de séparation. ACTED a augmenté et diversifié ses efforts à long terme pour soutenir les modes de vie ruraux traditionnels en distribuant des ruches, en assurant des formations vétérinaires de base et en aidant les fermiers à faire leur propre fourrage, avec le soutien financier du Service d’aide humanitaire de la Commission européenne.
« Je comptais sur mes moutons pour m’assurer un revenu décent, mais cela faisait deux ans que je n’en tirais aucun revenu. Je devais essayer autre chose. » Mahmoud, 48 ans, un homme marié et père de huit enfants dans la région rurale de Salfit au centre de la Cisjordanie, observe ses enclos sous un soleil de plomb en racontant son dilemme, malheureusement courant. En effet, cette zone a connu très peu de précipitations ces deux dernières années, à l’origine d’une augmentation des prix du fourrage jusqu’à 100 NIS (20€) par sac. Ces charges pèsent sur les petits éleveurs comme Mahmoud qui ont du mal à vivre. ACTED soutient les petits éleveurs à travers différentes approches, certaines se focalisant sur des activités d’élevage d’autres sur des moyens additionnels de subsistance.
Au-delà des enclos, sur une parcelle d’herbe entourée de quelques arbustes, un bourdonnement se fait entendre. Sur le sol se trouvent deux boîtes blanches –des ruches récemment distribuées par ACTED. Mahmoud évoque avec tendresse ses souvenirs des ruches familiales alors qu’il était enfant, dans la même ferme où il entend aujourd’hui relancer la récolte de miel. « Ces nouvelles ruches vont produire beaucoup plus que les anciennes, étant donné que les abeilles n’ont plus besoin de fabriquer de la cire. Je peux aussi vérifier l’intérieur des ruches ce qui est plus commode pour surveiller l’apparition d’éventuelles maladies. » Chaque ruche devrait produire 15 kilos de miel, dont une partie sera consommée par la famille tandis que le reste sera vendu. Pour Mahmoud qui doit financer les études à l’université de ses trois fils, ce revenu supplémentaire sera tout à fait opportun et indispensable.
Dans le village voisin de Burin, le Maire assis derrière un bureau au fond de la pièce surveille de temps en temps la classe qui occupe le reste de la pièce. Le vétérinaire d’ACTED s’active à faire des croquis sur une affiche accrochée au mur pour expliquer à un groupe de bergers comment identifier une mastite sur un animal. Ces maladies du bétail sont notamment à l’origine des faibles productions laitières dans cette zone. De nombreux cas peuvent être prévenus ou soignés par des méthodes simples sur lesquelles ACTED forme 320 bergers dans vingt villages de Cisjordanie. Hosni, le responsable des programmes d’ACTED à Salfit, est optimiste : « selon les fermiers, les formations sont très utiles car ils obtiennent des conseils pratiques sur les problèmes vétérinaires courants dans leur région. Selon le personnel de la municipalité, c’est la première formation pour laquelle les participants ont demandé de quoi prendre des notes ! »
Dans la région de Qalqiliya, les serres donnent l’impression de normalité. Il n’en est rien. Ici, à coté du mur de séparation, les fermiers ont perdu de grandes parcelles de terre et voient souvent leur accès aux champs limité. Atta, 52 ans, marié et père de neuf enfants, a perdu 4 de ses 30 hectares dans son village de Ras Atiya à cause de l’occupation. Il doit lui aussi supporter le fardeau de la forte augmentation du prix du fourrage mais demeure cependant déterminé. Dans son abri sommaire et encombré, décoré avec les posters d’ACTED sur les maladies du bétail, il explique : « j’avais besoin de diminuer mes coûts d’achat de fourrage, et j’ai appris par des voisins que les activités d’ensilage d’ACTED les avaient aidés l’an dernier. J’ai pensé pourquoi pas moi ? ». Dans la grange, un groupe d’homme s’est déjà réuni pour assister à la démonstration d’ensilage. Alors que le hâchoir émet un bourdonnement sourd, les cinq moutons d’Atta broutent dans le champ à coté sans savoir que cela signifie qu’ils auront du fourrage pour l’été.
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