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actualité | 16 Juillet 2010 | Ouganda | Développement

Les fermiers solidaires contre la pauvreté

© ACTED 2010

Les fermiers du nord de l’Ouganda, de la sous-région Lango, largement touchée par les conflits, ont fortement souffert pendant la période de terreur et de pauvreté chroniques induite par l’insurrection de la LRA (Lord Resistance Army). Des mouvements migratoires massifs et une forte insécurité ont affecté le cours normal de la production agricole et ont fait prendre à la région des années de retard en termes de développement économique. ACTED Ouganda cible les petits exploitants fermiers pour leur apporter une aide qui leur permet d’améliorer leurs pratiques agricoles et d’augmenter leurs revenus. L’approche choisie est de créer un espace au sein duquel les fermiers peuvent mobiliser leurs propres ressources et leurs compétences plutôt que d’organiser des formations ou des distributions. La structure clé de cette approche est l’Ecole Agricole Rurale dont 40 ont été soutenues dans deux sous-comtés du district d’Oyam. Chaque Ecole Agricole Rurale rassemble un panel unique d’expériences, de membres et de compétences avec autant de projets et d’histoires différentes.

Assurer des formations efficaces et encourager les bonnes pratiques

L’Ecole Agricole Rurale Abedo Aber se réunit sous la canopée d’une clairière à côté de trois huttes. Les 33 membres de l’école ont presque achevé leur second cycle d’apprentissage et nous montrent fièrement un panier débordant d’oignons et de légumes verts dont la culture a été testée à l’école avant d’être diffusée dans chaque foyer du village, enrichissant ainsi leur alimentation et diversifiant leurs revenus. Ces légumes, qui nécessitent très peu d’eau, sont idéaux pour le climat chaud du nord de l’Ouganda dont les saisons sèches tendent à s’allonger, ce qui génère des récoltes faibles et des pénuries alimentaires.

ACTED a également doté l’école d’une petite subvention afin de permettre à ses membres de démarrer une activité rémunératrice qu’ils n’auraient pu initier autrement. L’école a décidé de construire un poulailler pouvant accueillir 150 volailles. Comme les fonds disponibles sont limités, les membres de l’école ont décidé de contribuer en nature –des briques de terre cuite pour les murs– et en travaillant gratuitement à la construction. ACTED contribuera en fournissant les grillages, la porte métallique, les poutres et la tôle du toit, et en proposant une formation vétérinaire et sur les aspects techniques de l’élevage de volailles.

Encourager la solidarité au sein des communautés et le renforcement de leur autonomie

La réussite la plus frappante du groupe Abedo Aber est sans doute le succès de l’association « Village Savings and Loans Association » (VSLA) ou Association villageoise d’épargne et d’emprunt que les membres de l’école ont créé il y a six mois. Economisant entre 0,25USD et 1,50USD chacun par semaine, ils rassemblent ainsi entre 15USD et 20USD par semaine. Le groupe s’est accordé sur des prêts effectués sur ces fonds mutuels au taux d’intérêt de 10%. Jusqu’à présent, 84 prêts ont été accordés. Anyoro Abel, le président de l’association, est le premier à raconter son expérience avec VSLA. Il a acheté des produits, des haricots par exemple, à des producteurs locaux et les a revendu, générant du profit qui lui permet à la fois de rembourser son prêt dans les délais et de re-scolariser son enfant. Ekii James a connu un succès économique supérieur, avec un emprunt de 10USD qui lui a permis de fabriquer et vendre des pancakes. Après avoir remboursé son prêt, il a emprunté davantage (25USD) pour fabriquer 10 000 briques qu’il a vendu à 50 centimes l’unité pour un total de 500USD.

Redynamiser l’économie locale en soutenant l’entreprenariat

Les membres de Abedo Aber ont vu leur petite épargne hebdomadaire fructifier en d’importants profits simplement en mutualisant leurs ressources. Il n’y a pas eu de transfert financier supplémentaire ; tout ce qui a été prêté provient de leur fond. Sur près de 400USD épargnés, il ne reste que 1USD dans le pot commun, tout le reste ayant été investi par les membres du groupe. Ils sont aujourd’hui demandeurs aussi bien de formations sur l’entreprenariat et que de connaissances sur les techniques commerciales et sur la manière de préserver et traiter leurs produits. Comme leurs fonds ont augmenté ils ont ouvert un compte dans une banque postale et souhaitent suivre des cours d’alphabétisation pour adultes afin de ne plus avoir à signer avec leur pouce. Ils ont de grands projets pour l’avenir alors que tout a commencé avec 25 centimes épargnés par semaine!

L’un de ses membres, Jackson Oluga, a montré son potentiel d’entrepreneur dès le premier cycle de ce projet quand il a investi l’argent gagné dans la production groupée de maïs pour l’achat d’un bœuf. Il a depuis profité de 4 prêts assez importants de VSLA. Il a débuté son petit commerce avec un emprunt de 20USD pour faire des pancakes qu’il a ensuite augmenté pour acheter des intrants en gros et être négociant. Il a ainsi fait évoluer la valeur de son entreprise. Sa micro-entreprise s’est développée pour offrir des formations aux autres personnes. Il a eu les moyens de s’acheter un tracteur pour cultiver son jardin dans une région où presque toutes les cultures sont faites manuellement. Aujourd’hui, il voudrait être mis en lien avec une institution de microfinance de plus grande capacité pour pouvoir faire de plus gros emprunts. Son cas, comme beaucoup d’autres, montre bien comment la méthode VSLA permet de façon pertinente à ses membres d’affirmer leur indépendance et leurs compétences. ACTED en Ouganda est actuellement en train d’introduire cette méthodologie dans l’ensemble de ses programmes de subsistance en se basant sur le succès du renforcement des Ecoles Rurales Agricoles des sous-comtés de Loro et Aber.