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actualité | 01 Décembre 2015 | Tchad | Urgence

Lac Tchad : une population prise au piège entre le changement climatique et l’insécurité

Diffa (Niger)

Le lac Tchad, dont la superficie atteignait les 25 000 km2 en 1963, couvre aujourd’hui moins de 2500km2. Pourtant, la catastrophe avait été prévue et annoncée, et une Commission du Bassin du Lac Tchad avait été créée dès 1964 par ses quatre pays limitrophes, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria, afin de gérer ses eaux de manière durable et coopérative. Aujourd’hui, les eaux ont reculé au point que seuls le Cameroun et le Tchad comptent encore une rive au sein de leurs frontières. Selon les prévisions climatiques de la « National Aeronautics and Space Administration » (NASA), le lac pourrait bien se tarir dans les vingt prochaines années si rien n’est fait.

Le changement climatique, facteur de tensions sociales, de conflits et de migrations

Le retrait du lac Tchad a aggravé une situation déjà périlleuse, dans une zone où l’indice de développement humain est parmi les plus faibles au monde. La combinaison du changement climatique, des pressions démographiques, de l'activité humaine, et de la mauvaise gestion des ressources hydriques restantes conduit à la catastrophe écologique.

L'impact est sévère sur la vie de millions de personnes qui dépendent du lac Tchad pour leurs moyens de subsistance, mais aussi sur la paix et la sécurité dans la région, et les jeunes sont désœuvrés face à la pauvreté et le chômage qui en résultent.

L’assèchement du lac Tchad, un facteur d’aggravation de la pauvreté dans la région

Des millions de personnes ont vu leurs moyens de subsistance détruits par le rétrécissement du lac Tchad. La plupart manquent d'éducation ou de compétences pour gagner leur vie autrement qu’à travers l'agriculture, l'élevage et la pêche, activités qui ne sont aujourd’hui plus ou difficilement praticables du fait de l’assèchement du lac. Il n’y a par ailleurs pas d’industries de taille importante, ni suffisamment d’emplois rémunérés pour ceux qui ont reçu une éducation formelle. Ainsi, avec les menaces écologiques auxquelles la région est confrontée, la pauvreté ne fait qu'empirer : 5 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance alimentaire et plus de 200 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aigüe.

La baisse des niveaux d'eau, la conséquente déforestation et la désertification ont également affecté les pâturages traditionnels de bergers et pasteurs nomades, qui ont été forcés de se déplacer vers de nouvelles zones pour faire paître leur bétail, aggravant les conflits avec les propriétaires fonciers locaux.

Au Niger, une étude récente effectuée par ACTED a montré que l’assèchement des points d’eau, la modification des couloirs de transhumance et l’insécurité, qui empêchent les troupeaux dans le nord de la région de descendre vers le Nigeria et entraînent la fuite de ceux qui se trouvaient au sud vers le nord, se traduit par une inhabituelle concentration des troupeaux dans certaines zones, en particulier autour du lac Tchad, augmentant la pression sur les points d’eau et zones de pâturage déjà insuffisants en temps normal.

Des populations déplacées par les conséquences du changement climatique

La violence continue d'alimenter les déplacements à grande échelle dans la région du lac Tchad. En raison de l’insécurité de la zone et du manque de pâturage, de nombreuses personnes ont modifié leurs déplacements depuis 2013. Depuis juillet 2015, plus de 71 000 personnes ont fui le Nigeria et le nord du Cameroun pour s’installer sur les rives du lac Tchad. Actuellement, le niveau du lac est si bas que les violences se multiplient sur ses rives, si bien que ces villages sont à leur tour en train de se vider. Début novembre, près de 900 ménages ont fui vers l’intérieur des terres au Niger. Tous ces déplacés font face à des besoins pressants en abris d'urgence, en nourriture, ainsi qu’en accès à l’eau et aux structures d’assainissement et de santé.

Au total, 2,5 millions de personnes sont aujourd’hui déplacés dans cette région du monde. Leur installation sur les rives du lac Tchad au Niger et au Tchad accentue la compétition pour les terres et les ressources naturelles entre les communautés.

Le bassin du lac Tchad fournit également une importante vague de migrants qui quittent la région vers les pays voisins ou plus loin à la recherche d’opportunités que leur région d'origine ne fournit pas ou plus.

ACTED intervient au Niger et au Tchad pour renforcer la sécurité alimentaire et soutenir les populations déplacées

Dans ce cadre, ACTED déploie divers projets dans la région en vue d’appuyer les populations déplacées. Avec l’appui du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), ACTED gère notamment les sites d’accueil des réfugiés et des déplacés au sud du Niger et renforce l’accès aux infrastructures sanitaires dans ces camps et dans les villages hôtes.

Puis, avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM), ACTED organise dans la région du lac des distributions de vivres  à destination des populations réfugiées ou déplacées, et de farine enrichie pour les femmes enceintes et les enfants de moins de deux ans, afin de renforcer la situation alimentaire et nutritionnelle des plus vulnérables dans ce contexte de crise, de faible disponibilité et de pression sur les ressources.

ACTED a également soutenu la mise en place des activités génératrices de revenus alternatives à la pêche, au maraîchage et au pastoralisme pour les réfugiés et déplacés.

L'histoire récente de la région fournit ainsi un instantané de la façon dont le changement climatique entraîne déjà des tensions sociales, des conflits et des migrations. Sans une action urgente et décisive, les chances d’une quelconque amélioration de l’état du lac Tchad et des conditions de vie des 30 millions de personnes qui en dépendent s’éloignent. Et sans action, les perspectives de stabilité dans la région s’assombrissent.

 

Voir la carte d'Alliance2015 sur les pays d'intervention susceptibles de subir les effets d'El-Niño en 2015/2016

 

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