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actualité | 09 Février 2018 | Tchad | Urgence

Lac Tchad : des foires caprines contre la crise

Le Lac Tchad a longtemps été un véritable grenier pour la région et le pays tout entier. Mais l’émergence de Boko Haram et les effets du changement climatique ont progressivement tout remis en cause, jusqu’à plonger le pays dans l’insécurité alimentaire.

Le contexte difficile de la crise du Lac Tchad

D’un côté il y a le conflit, qui a transformé le lac et ses îles en une zone de non-droit, et a entraîné la fermeture des frontières avec le Nigéria. Depuis, l’exploitation du lac, pour la pêche et l’agriculture notamment, a été entravée par l’insécurité, poussant les populations à chercher ailleurs de quoi subsister. De l’autre, il y a l’assèchement du lac, qui s’accélère et réduit les activités économiques et vivrières des populations insulaires. Celles-ci doivent aujourd’hui revoir leur mode de vie pour s’adapter à cette crise et survivre, en commençant par se déplacer vers des zones plus sûres, mais pas plus prospères. L’arrivée de personnes déplacées exacerbe les difficultés déjà présentes dans leurs lieux de destination en augmentant la concentration de population, qui ajoute une pression supplémentaire sur des services de base déjà faibles, dans des zones où le taux d’insécurité alimentaire et déjà élevé. On estime à présent à près de 190 000 le nombre de personnes déplacées dans la région du Lac Tchad, et à 80% la part de population affectée par la crise actuelle.

Des foires caprines pour renforcer la résilience des femmes vulnérables

Avec le soutien du bureau d’assistance aux catastrophes à l’étranger des États-Unis (USAID/OFDA), ACTED travaille à répondre à ces besoins urgents (distributions alimentaires, transferts monétaires, promotion de l’hygiène), mais également à contribuer à renforcer la résilience de ces populations déplacées et des communautés hôtes, dans plusieurs districts autour de Baga Sola. Les femmes à accéder à des opportunités économiques (Le Tchad se classe au 186ème rang sur 188 dans l’index d’égalité entre les genres), ACTED a décidé de soutenir des groupements exclusivement féminins sur certaines activités comme l’élevage. Des distributions de chèvres permettent ainsi aux femmes bénéficiaires de constituer un petit troupeau qui pourra leur fournir un revenu dans la durée. Dans la fraîcheur d’un matin de novembre, l’équipe s’attelle à charger les véhicules des piquets, tables et banderoles qui seront nécessaires à l’installation des sites de distribution tout au long de la journée, dans les différents sites où se sont installées des personnes déplacées. Une fois prêt, le convoi de deux voitures traverse la brousse jusqu’au premier site de distribution prévu pour la journée.

En bordure du lac, des familles déplacées ont érigé des abris de paille, qui peu à peu ont fini par formé un petit village. Sur la place, encore déserte, l’équipe s’active, tentant de faire tenir les piquets dans le sable qui commence déjà à se réchauffer, pour installer le site de distribution. L’harmattan souffle fort ce jour-là, et complique l’attache des banderoles. Peu à peu, les habitants se réunissent devant une tente dressée pour accueillir des séances de sensibilisation. Tout est fin prêt pour la distribution. Les femmes bénéficiaires s’installent alors sur une natte sous la tente, où l’équipe ACTED s’apprête à exposer le but de l’activité. Les participantes émargent la fiche de présence d’un rond ou d’un trait mal assurés qui fera office de signature – au Tchad, le taux d’alphabétisation des femmes n’est que de 22%, contre 54% chez les hommes. Après avoir réajusté leurs écharpes colorées sur leurs cheveux, elles se dirigent une par une vers l’entrée de l’enclos, où elles pourront choisir deux chèvres. Pendant ce temps, les fournisseurs veillent à ce qu’aucune bête ne s’échappe, et aident les bénéficiaires à maîtriser leurs animaux.

En moins de deux heures, les trente chèvres sont remises à leurs nouvelles propriétaires, et les équipes peuvent ranger le matériel – pour le réinstaller sous peu, à quelques kilomètres de là, pour la prochaine distribution.