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actualité | 12 Janvier 2012 | Haïti | Réhabilitation

Haïti : pour une sécurité alimentaire renforcée

© Pierre Duyckaerts / ACTED

La sécurité alimentaire des Haïtiens est l’un des principaux défis auxquels la petite île des Caraïbes est confrontée, avec de nombreux problèmes environnementaux, économiques et sanitaires. L’Indice 2011 de la faim dans le monde souligne cet état en attribuant une note de 28,2 à Haïti, le pire score parmi les pays du continent américain. Fortement dépendant des importations, Haïti est particulièrement sensible à la hausse des prix. ACTED est mobilisée depuis 2004 pour réduire l’impact de l’insécurité alimentaire, avec des programmes de lutte contre la malnutrition, mais surtout pour développer des moyens de subsistance pérennes pour les communautés les plus vulnérables grâce à l’accès à l’eau potable, le développement de l’agriculture, ou l’appui à des activités génératrices de revenus.

Haïti est par ailleurs victime de nombreuses catastrophes naturelles qui concourent, avec d’autres facteurs structurels et chocs externes, à la situation humanitaire dans laquelle le pays demeure depuis deux ans après le séisme meurtrier de janvier 2010. Le choléra est ainsi venu aggraver la situation sanitaire et nutritionnelle d’une population déjà sinistrée et qui doit composer depuis longtemps avec des problématiques économiques, démographiques et sanitaires. La sous-nutrition est l’une des plus élevées au monde (au-delà de 50 % de la population) ; le signe le plus évident de l’insécurité alimentaire qui frappe en particulier le nord-ouest du pays, ainsi que les bidonvilles et les sites de déplacés à travers la capitale Port-au-Prince.

 

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La sécurité alimentaire au service des sinistrés

 

900 000 tonnes de céréales devront être importées d'ici juin 2012

Marquées par les conséquences du tremblement de terre, les capacités agricoles en Haïti ont également été sévèrement impactées par l’épidémie de choléra et plus récemment par des épisodes de sécheresse et des ouragans, à l’origine d’une baisse des récoltes de 10 % par rapport à 2010, selon le Centre national pour la sécurité alimentaire. Ce sont plus de 900 000 de tonnes de céréales qui devront donc être importées entre juillet 2011 et juin 2012 pour répondre aux besoins alimentaires. Ces denrées en provenance de l’étranger contribuent à la hausse générale des prix sur les marchés, et notamment du riz, la base de l’alimentation, dont le prix des rations a augmenté de 20 % entre mars et septembre 2011, selon les données collectées par les équipes d’évaluation d’ACTED en Haïti. Combinée à la dépréciation de la gourde haïtienne par rapport au dollar américain, cette hausse des prix réduit mécaniquement le pouvoir d’achat des ménages haïtiens, ce qui risque d’aggraver la situation d’insécurité alimentaire dans les mois à venir.

La pauvreté endémique est un facteur aggravant de vulnérabilité à l’insécurité alimentaire. Dans les zones rurales, les populations sans terre ou bétail, sans accès à l’éducation ou à des opportunités de développer une petite activité de subsistance, se retrouvent avec des ressources et un accès à de la nourriture limités. Dans les villes, les populations qui s’entassent dans les bidonvilles comme Cité Soleil, Martissant ou Jalousie doivent de plus faire face au manque d’emplois.

La problématique de l’eau et l’assainissement et ses conséquences sur la santé des populations sont également des facteurs à prendre en compte. Le manque d’infrastuctures d’irrigation limite la productivité et production agricole. Malgré une contraction de l’épidémie de choléra depuis le mois d’août, de nouvelles crises sont craintes. En plus des conséquences sur la santé des Haïtiens, le choléra a un impact direct sur la productivité et sur les sources de revenus des ménages, qui sont alors plus vulnérables à une situation de stress alimentaire.

Développer de nouveaux moyens de subsistance

L’analyse des facteurs de la faim s’accompagne de pistes d’action et de solutions : la disponibilité et l’accès aux denrées alimentaires, ainsi que la mitigation des conséquences de l’insécurité alimentaire (la malnutrition) sont les trois dimensions à considérer avec une intervention multisectorielle. Les capacités agricoles doivent être renforcées afin d’accroître les récoltes pour approvisionner les marchés, en améliorant les rendements ainsi que les pratiques vivrières, et en travaillant à la résilience face aux chocs climatiques. Le développement de moyens de subsistance complémentaires ou alternatifs est une autre stratégie pour prévenir une baisse du pouvoir d’achat dans les ménages et leur garantir un même niveau d’accès à la nourriture. Enfin, les interventions en eau et assainissement sur les infrastructures sanitaires et sur le traitement des cas de malnutrition sont des réponses indispensables pour faire face aux conséquences de l’insécurité alimentaire, ou pour les prévenir.

ACTED travaille sur ces problématiques de manière concomitante, notamment dans la région de l’Artibonite avec la Commission européenne et l’ONG locale Zanmi Lasante, avec des programmes d’appui aux infrastructures de santé et le traitement des cas de malnutrition chez les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes. L’appui aux activités agricoles est l’autre composante de l’intervention, avec l’extension des réseaux d’adduction d’eau, l’appui à la productivité, la diversification des cultures ou le soutien à la transformation et à la conservation des produits, avec la réhabilitation de moulins et la construction d’espaces de stockage. Le besoin d’informer, afin de mieux lutter contre la faim, souligné par l’Indice de la faim dans le monde, est également un axe d’intervention d’ACTED, avec la conduite de plusieurs études sur les causes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition dans le département du Bas Artibonite. Disposer d’informations précises sur où et pourquoi la faim continue d’exister est aussi crucial pour l’efficacité et la pertinence des interventions contre la faim.