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actualité | 18 Avril 2012 | Pakistan | Urgence

De l’eau partout, mais pas une goutte n’est potable

Des mois après que les pluies de la mousson les plus importantes des cent dernières années soient tombées sur le sud du Pakistan, l’eau des inondations ne s’évacue toujours pas. Les populations manquent pourtant cruellement d’eau potable et de conditions d’assainissement adéquates.

 

Par-ci par-là, certaines zones inondées de la pointe sud du Pakistan paraissent presque belles. De grandes étendues d’eau s’étirent à l’horizon, ponctuées de milliers d’oiseaux aquatiques, et interrompues seulement par quelques pylônes électriques penchés et des arbres. Cela reste beau jusqu’à ce que l’on s’approche, que l’on découvre l’écume à la surface de l’eau et que l’on respire l’odeur de millions de litres d’eau stagnante.

Les zones du sud de la province du Sindh, où ACTED travaille depuis septembre 2011, sont maintenant submergées depuis sept mois. Des mois pendant lesquels les populations ont été entourées d’eau en permanence, qu’elles la boivent, qu’elles l’utilisent pour cuisiner, pour laver leurs vêtements et leurs mains, et qu’elles s’en servent comme toilettes. Déjà polluée par les débris causés par les inondations (carcasses d’animaux, huile de moteur, culture pourrissantes, etc.), l’eau devient chaque jour plus toxique.

Les 1200 millimètres de pluie de la mousson qui se sont abattues en l’espace de quelques jours, fin août 2011, ont bouleversé la capacité des infrastructures de drainage, conçues pour évacuer 200 millimètres par saison en moyenne. La capacité de filtration du sol étant faible, et la nappe phréatique étant saturée, l’eau n’a tout simplement nulle part où aller en attendant que le soleil d’été ne la fasse évaporer, dans les semaines qui viennent, espèrent les habitants.

Des solutions immédiates et à long terme

Face aux conditions d’hygiène désastreuses, ACTED travaille dans 55 villages touchés par les inondations dans le sud du Sindh afin d’améliorer l’accès à l’eau potable et les pratiques liées à l’hygiène et l’assainissement, avec le soutien du Service d’aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne. Les équipes d’ACTED distribuent des tablettes de purification de l’eau afin d’assurer le traitement de l’eau avant sa consommation, comme solution à court terme. Les ingénieurs d’ACTED vont également superviser la réhabilitation ou la construction de pompes à eau communautaires, permettant ainsi aux communautés touchées d’avoir accès à de l’eau salubre à plus long terme. Des stations de lavage de mains et de vêtements adjacentes aux pompes à eau seront également construites, offrant des points de lavage aux femmes, qui auront ainsi moins de distance à parcourir pour avoir accès à l’eau, essentielle pour cuisiner et pour les tâches du quotidien.

Ameenat, une veuve de 50 ans, vit dans l’un des villages ciblés par le projet d’ACTED dans le district d’Umerkot. Depuis qu’elle a perdu sa maison et toutes ses possessions dans les inondations destructrices l’année dernière, Ameenat vit avec son fils unique dans un abri d’urgence, fourni par ACTED. La seule source d’eau potable aux alentours est une pompe à eau, à plus d’un kilomètre. La source d’eau souterraine située sous la pompe a été contaminée par les inondations, et l’eau a désormais une odeur et un goût désagréable, et peut transmettre des maladies hydriques lorsqu’elle est consommée. Cependant, les communautés avoisinantes n’ont pas d’autre choix que l’eau stagnante dans les champs. Ameenat attend avec hâte l’installation d’une nouvelle pompe manuelle, plus proche de chez elle, qui lui offrira une eau potable, mais aussi une eau propre pour laver ses vêtements et la vaisselle.

En plus d’assurer l’accès à une eau salubre pour boire et pour se laver, ACTED construit des latrines dans chaque village afin de décourager la défécation dans les eaux d’inondation, une pratique qui aggrave la contamination de l’eau, et qui est à l’origine d’épidémies de maladies hydriques telles que la diarrhée aqueuse aiguë et les infections de la peau. L’usage de latrines n’est pas très courant dans la zone, mais la présence des eaux stagnantes renforce l’urgence d’un changement d’habitudes. Les équipes d’ACTED de promoteurs d’hygiène sont très présentes dans chaque village pour former les habitants aux bonnes pratiques d’hygiène. Cette éducation est utile aujourd’hui, mais aussi pour leur avenir. Ces sessions communautaires s’adressent aux hommes et aux femmes séparément, et portent sur des sujets tels que le lavage des mains, l’utilisation des latrines, ou l’évacuation de l’eau. On prend le temps de discuter, dans le but d’améliorer les pratiques communautaires, et ainsi de réduire l’incidence des maladies.