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actualité | 07 Mars 2012 | Niger | Tchad | Urgence

Dossier : la crise alimentaire menace le Sahel

Le bilan alarmant en matière de sécurité alimentaire au Sahel pousse les acteurs humanitaires présents à lancer un appel urgent aux donateurs. Une crise est attendue en mars 2012 si la communauté internationale et les acteurs nationaux ne se mobilisent pas davantage.

 

Les mauvaises récoltes s’accumulent dans l’ensemble des pays de la bande sahélienne, et le temps est compté pour apporter une réponse adéquate. ACTED travaille, entre autres, sur les problématiques d’insécurité alimentaire au Niger et au Tchad, dans les zones les plus durement touchées par les sécheresses successives et les mauvaises saisons de récoltes. On parle ça et là de « mauvaise année », mais les conséquences sont graves pour les populations, qui doivent faire avec des baisses de production céréalière de 25% en moyenne par rapport à 2010 (au Tchad, la baisse est estimée à 56%). Les mauvaises productions agricoles localisées laissent présager une période de soudure (entre l’épuisement des stocks et la récolte suivante) précoce et difficile, comme au Niger, où les zones affectées par les mauvaises récoltes concernent près de 2300 villages - le quart de villages agricoles. La hausse des prix est l’une des conséquences déterminantes de ce phénomène. D’autres facteurs exogènes, tels que le retour de nombreux travailleurs migrants de Libye ou de Côte d’Ivoire, contribuent à aggraver la vulnérabilité des ménages, notamment au Niger et au Tchad (voir encadré page 8).

Crainte d’une crise imminente

Depuis le mois d’octobre 2011, les acteurs humanitaires tirent la sonnette d’alarme, annonçant un déficit céréalier et une crise alimentaire possible en 2012, conséquences du faible niveau de pluie. Selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM), des conséquences graves pourraient se manifester à partir du mois de mars 2012, où les denrées alimentaires se feront rares sur les marchés, en raison du manque de moyens pour les communautés de reconstituer leurs stocks ou leurs cheptels.

La situation nutritionnelle des enfants du Sahel frôle la catastrophe ; alors que le seuil d’alerte pour considérer qu’une personne est en état de malnutrition aiguë est fixé à 15%, le taux de malnutrition aiguë des enfants de la zone de Tillabéri, au Niger, où ACTED est présente, est actuellement à 14,8%. L’ensemble des acteurs humanitaires de la bande sahélienne s’accorde pour dire que la situation est alarmante, et qu’une intensification des programmes de transferts de liquidités ou de distributions alimentaires en échange de travaux communautaires est indispensable pour atténuer l’impact de cette crise prévisible.

La Secrétaire générale adjointe des Nations unies aux affaires humanitaires, Valérie Amos, a annoncé le 14 décembre dernier que 7,7 milliards de dollars seraient nécessaires en 2012 pour faire face aux besoins d’urgence dans le monde. Cet appel prévoit déjà une aide de 229 millions de dollars pour secourir 3,8 millions de personnes menacées par une pénurie alimentaire au Sahel.

L’urgence d’une intervention se fait sentir, et la communauté internationale se mobilise petit à petit, mais l’ampleur des besoins appelle à davantage d’efforts pour éviter une aggravation de la situation actuelle.

Une stratégie intégrée

ACTED développe depuis plusieurs mois une stratégie qui implique fortement les communautés situées dans les zones les plus à risque de la bande sahélienne, notamment dans l’ouest du Niger et le centre du Tchad. L’objectif d’ACTED est de limiter la dégradation du statut alimentaire et nutritionnel des populations vulnérables de la bande sahélienne, et de réduire l’insécurité alimentaire chronique par la génération de revenus à court terme et la réduction des risques à moyen terme. Face à la crise alimentaire qui s’annonce pour 2012, une intervention d’urgence est nécessaire pour couvrir les besoins alimentaires des ménages les plus vulnérables, notamment ceux avec des enfants de moins 5 ans, premières victimes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition.

Parmi les mécanismes d’aide mis en place : le travail contre paiement ou contre nourriture pour les plus vulnérables, comme dynamique de réponse aux besoins alimentaires et en infrastructures à forte utilité communautaire, l’organisation de foires aux vivres au lieu de distributions directes de nourriture, permettant aux bénéficiaires de garder une liberté pour le choix de leurs aliments, le déstockage animal (vente subventionnée de bétail ou rachat du bétail pour abattage et distribution de la viande), pour aider à soulager la pression sur les ressources naturelles au profit du bétail restant et pour fournir une source directe ou indirecte de nourriture pour les familles touchées par la crise.

Il est également primordial de développer les capacités de résilience des plus vulnérables pour les prochaines campagnes agricoles en travaillant à la mitigation des impacts négatifs du faible niveau des pluies. Pour ce faire, ACTED souhaite appuyer et former les agriculteurs les plus vulnérables. Les techniques de cultures de rendement et d’amendement du sol devront être diffusées à grande échelle, tout en renforçant le savoir-faire local. Il est par ailleurs essentiel d’appuyer et de développer le maraîchage dans la bande sahélienne, et de lutter contre les parasites qui détruisent les cultures avec des systèmes communautaires d’alerte.

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