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actualité | 11 Octobre 2012 | Niger | Développement

Cuisiner malin à Abala

Une bénéficiaire du camp d’Abala recevant un foyer amélioré

Des foyers améliorés pour l’économie des ménages, la préservation de l’environnement et la prévention des conflits.

Début octobre 2012, le camp de réfugiés d’Abala, dont ACTED assure la gestion et coordination depuis près de 7 mois, compte plus de 16 000 réfugiés. Suite à l’enquête socio-économique menée en avril dernier dans le camp d’Abala par ACTED, en partenariat avec l’Office du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (l’UNHCR), des besoins avaient été identifiés, notamment en matière d’énergie et d’AGR (Activités Génératrices de Revenu). En conséquence, ACTED, en partenariat avec l’Ambassade de France et l’ONG néerlandaise SNV, avait entrepris en juillet 2012 de répondre à ces besoins à travers la distribution de foyers améliorés (réchaud à bois ou à charbon utilisé pour la cuisine) aux populations du camp et aux communautés hôtes. Ce projet alliant économie d’énergie et préservation de l’environnement participe également à la prévention des conflits dans le camp de réfugiés d’Abala et ses environs. Enfin, la formation des forgerons du camp à la production et l’entretien de ces nouvelles cuisinières accompagne cette initiative.

Cuisiner malin, cuisiner serein

A l’ombre de la toile tendue, Tazoua, une réfugiée d’une trentaine d’années, attend, la carte de l’UNHCR à la main, tandis que le crieur public, muni de son mégaphone, poursuit l’appel. Le chargé de distribution, Abdou, explique : « Chaque ménage reçoit un foyer, avec un format adapté en fonction de la taille du ménage ». A son tour, Tazoua, se dirige vers le magasin du camp où s’amoncellent, brillants au soleil, les précieux fourneaux. « Avec ce foyer je peux choisir de préparer avec du bois ou du charbon. C’est une chance pour nous car le bois, vendu ici, coûte très cher ». Souhana, un homme d’une soixantaine d’années, est ravi : « C’est une bonne chose, car ma femme ne souffre plus de la fumée. Avant, ses yeux étaient rouges à force de rallumer le bois pendant la cuisson. Aujourd’hui, elle a seulement à pousser les buches sous la marmite ». Sa voisine insiste sur l’aspect économique : avant « j’utilisais beaucoup de bois et je mettais beaucoup de temps à la cuisine. Aujourd’hui, une seule stèle et des brindilles suffisent.»

Mi septembre, 2648 foyers améliorés ont ainsi été distribués par les équipes d’ACTED pour tous les ménages du camp. Face à l’afflux constant de réfugiés sur le camp, les différents partenaires se sont d’ores et déjà entendus pour fournir de nouveaux foyers et ainsi permettre de combler les besoins relatifs à la capacité maximale d’accueil du camp.

Un bénéficiaire quittant le magasin avec un foyer amélioréPour permettre un large partage des ressources sans rivalité, ACTED a élargi sa distribution à la ville d’Abala (soit 2556 foyers), ainsi qu’à 8 communautés voisines (1515 foyers au total). La distribution a déjà débuté à Tamizguida, village nomade à 8 kilometres d’Abala aux maisons faites de seko (paille) et banco (argile). Début octobre, 300 foyers ont ainsi été distribués sous l’œil attentif du chef de village. Femmes, hommes et enfants se sont alors pressés pour ramener chez eux la cuisinière, véritable confort pour ces familles de cultivateurs.

Ainsi les habitants de la région et les réfugiés agissent ensemble pour lutter contre une déforestation accélérée et un appauvrissement dramatique de cette source d’énergie désormais partagée. Le chargé de distribution commente sur l’objectif double de cette entreprise : « améliorer le cadre vie et sauver le couvert végétal de la coupe abusive de bois. »

C’est en forgeant qu’on devient forgeron

Une formation des forgerons du camp à la production et l’entretien de ces nouvelles cuisinières accompagne la distribution de foyers améliorés. L’objectif de cette formation est d’assurer que les populations du camp puissent fabriquer eux-mêmes les foyers et que cette fabrication devienne une source de revenue au sein même du camp.Abdallah fier devant sa première œuvre

Il est 8h ce matin et Ibrahim le formateur est déjà à l’œuvre pour enseigner en moins d’une semaine le b-a-b-a du foyer amélioré. Abdallah, nouveau stagiaire, rejoint le centre de formation de forgerons, il imite encore maladroitement les gestes enseignés, équipé de ses nouveaux outils : cisaille, burin et marteau. Ibrahim dessine les contours et entailles sur la tôle, puis c’est au tour d’Abdallah, les mains tremblantes, de couper les quatre pièces que compte le foyer multi-usages « MaïSouki ». A 11 heures les mains d’Abdallah manient déjà les objets avec une relative dextérité. Il a découpé, torsadé la tôle pour en faire un foyer. Il ne lui reste pour terminer qu’à poser les anses et la grille. Très appliqué pour cette tâche, il se dit à l’aise pour en produire d’autres à l’avenir. La formation initiée sur le camp le 21 septembre est également dispensée pour les forgerons de la ville d’Abala.

Cette distribution vient également répondre au phénomène d’endettement fréquent sur le camp quand il s’agit de s’équiper. Cependant, les familles doivent désormais alimenter ces cuisinières, avec un bois encore trop rare et du charbon trop cher.

Halima, réfugiée au camp d’Abala, souligne : « C’est vraiment pratique. Avec du charbon à 50 francs, j’ai fait la sauce, hier soir ».

Mais, elle ajoute qu’un besoin perdure pour l’accès aux combustibles car « tout le monde n’a pas 50 francs pour acheter le charbon.»

Les réfugiés sont désormais équipés et formés, mais il leur faut pérenniser cet acquis par des combustibles accessibles et de nouveaux ustensiles (marmites), avec un pouvoir d’achat aujourd’hui quasi-inexistant. ACTED, à l’écoute de ces besoins, souhaite rapidement développer des AGR et mobiliser les acteurs disposés à considérer la nécessité d’un approvisionnement régulier en combustibles.