La crise libyenne provoque un retour massif des migrants
Ils sont près de 300 000 Nigériens ou Tchadiens à avoir fui les violences en Libye depuis fin février. La plupart d’entre eux ont traversé le désert, dans des conditions sanitaires et de sécurité déplorables, avant de retrouver leurs communautés d’origine, souvent dépendantes du revenu de ces rapatriés.
Des camions surchargés quittent régulièrement la Libye pour le Niger et la frontière tchadienne mais les points d’eau, les marchés ou les hôpitaux sont rares quand ils ne sont pas inexistants dans cette zone désertique de la triple frontière. L’ensemble de la région a connu un afflux massif de migrants en provenance de Tripoli, Misrata, Syrte ou Sebha, l’une des oasis du Sud libyen. Début juin 2011, le nombre de rapatriés était estimé à plus de 280 000 personnes. Fuyant les violences, beaucoup sont revenus épuisés, souvent malades, après de longs et difficiles voyages, à zigzaguer sur les frontières à cause des mines pendant 20 ou 30 jours, souffrant de la chaleur et du manque d’eau.
Beaucoup étaient partis chercher un travail pour aider leur famille. Aujourd’hui, leur retour entraîne la détérioration de la situation alimentaire déjà préoccupante dans des régions du Niger et du Tchad en posant un double problème à leur famille. Tout d’abord, ces retours réduisent mécaniquement les rentrées d’argent que ces migrants envoyaient à leur famille de Libye. D’autre part, il représente une bouche à nourrir de plus pour ces familles déjà très vulnérables.
Instabilité économique généralisée
Une fois chez eux, les difficultés continuent, comme le raconte Adamou, un Nigérien qui travaillait comme cordonnier à Misrata : « En Libye, je pouvais envoyer de l’argent à ma famille. Je n’ai pas d’argent aujourd’hui ni pour manger, ni pour des vêtements. Je suis l’aîné de ma famille et donc tout le monde attend de moi que je ramène de l’argent. C’est vraiment une situation difficile. »
La guerre en Libye a eu un impact très important sur le Tchad, pays enclavé dépendant en partie des importations en provenance de Tripoli. La zone entre N’Djamena et Abéché est particulièrement sensible aux moindres chocs climatiques ou économiques. Le retour de centaines de milliers de migrants a eu des répercussions graves en termes de sécurité alimentaire et d’accès aux ressources pour l’ensemble des habitants de la bande sahélienne.
Soutien pendant les mois de soudure
Au Niger, ACTED apporte une aide, avec le soutien du Centre de Crise du Ministère des Affaires étrangères et européennes, depuis le 26 juillet dans la région de Tahoua, au Niger, aux rapatriés et à leur famille mais également aux ménages les plus vulnérables de la commune de Tabalak. 6300 familles bénéficieront, pendant les deux mois critiques de « soudure » (août et septembre), de transferts d’argent « sans condition ».
La phase d’urgence passée, ACTED cherchera à maintenir sa présence auprès des plus vulnérables. Dans ce cadre, ACTED travaille actuellement avec IQCRA, une ONG nigérienne, pour développer de futures activités de relèvement, dont des formations professionnelles. Sans accompagnement, en effet, le climat sécuritaire pourrait se dégrader dans une zone déjà soumise à des tensions.
Au Tchad, ACTED mène des programmes dans la zone d’Oum Hadjer et Abéché en sécurité alimentaire et accès à l’eau et prend désormais en compte cette nouvelle problématique tout en développant des nouveaux projets d’appui spécifique aux retournés, à la fois dans les zones de transit et de retour.
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