Skip to Content

actualité | 03 Mai 2017 | Tchad | Urgence

Connaissez-vous le rôle du système communautaire d’alerte précoce et de réponse d’urgence ?

Une inondation à Oum Hadjer le 21 Juin 2016 a causé la mort de quatre personnes, en plus de 20 blessés et plusieurs maisons détruites. L’aide d’urgence déployée pour les victimes de l’inondation a été coordonnée exclusivement par le Comité Local d’Action d’Oum Hadjer. Grâce à un rapport détaillé remonté par le Comité Régional d’Action du Batha Est, cette école détruite par les pluies a pu être reconstruite par les autorités de l’éducation nationale. ACTED Tchad, 2017.

Dans le cadre de la lutte contre l’insécurité alimentaire, ACTED s’appuie depuis plusieurs années sur le système local de remontée de l’information, permettant de renforcer les capacités de résilience des personnes les plus vulnérables.

L’exemple de la région du Batha, au Tchad

C’est dans la région du Batha qu’ACTED Tchad a mis en œuvre pour la première fois une intervention vouée à la réduction des risques de catastrophes grâce à un système communautaire d’alerte précoce et de réponse d’urgence, le SCAP-RU.

Les systèmes d'alerte précoce permettent la collecte systématique et l’analyse d’information sur des régions en crise et dont la vocation est a) d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit, b) de développer des réponses stratégiques à ces crises, et c) de présenter des actions aux acteurs concernés afin de faciliter la prise de décision.

La région du Batha, dans la bande sahélienne, est très vulnérable aux aléas climatiques. La région est particulièrement exposée aux risques de pluies torrentielles et de sécheresse qui affectent sévèrement sa population, notamment la sécurité alimentaire. Pour faire face à ce problème et renforcer la résilience de la population du Batha, ACTED a mis en place le SCAP-RU en 2013 : ce système vise notamment à faire remonter l’information en impliquant pleinement les autorités locales, départementales et régionales. Après quatre ans de mise en œuvre du SCAP-RU, les équipes d’ACTED sont allées à la rencontre de Diksia, chef du sous-secteur de l’Office National de Développement Rural (ONDR), et secrétaire permanent du Comité Local d’Action (CLA) d’Oum Hadjer, petite ville du Batha Est. Il témoigne du rôle et des résultats de la mise en place de ce système d’alerte.

Depuis son implication dans le SCAP-RU, ACTED a appuyé, structuré, doté et formé 64 comités villageois, trois comités locaux d’action, un comité départemental d’action et un comité régional d’action.

Pourrais-tu nous présenter le Comité Local d’Action (CLA) en quelques mots ?

Diksia: « Les comités locaux et départementaux d’action sont mis en place par l’État dans le but d’assurer un suivi du niveau de sécurité alimentaire dans la sous-préfecture, et de prévenir les risques. Nous avions reçu l’arrêté qui a créé ces institutions et le statut de ses membres, mais nous ne savions pas de quoi il s’agissait, et nous sommes restés inactifs pendant cinq ans. C’est grâce à la collaboration avec ACTED que nous, membres du Comité Local d’Action (CLA) et du Comité Départemental d’Action (CLD) du Batha Est, avons compris notre mandat. »

En quoi l’appui d’ACTED vous a-t-il aidé ?

Diksia : « Avec l’appui d’ACTED, le CLA a réussi à mettre en place des comités villageois qui font aujourd’hui remonter l’information sur la situation socio-économique des villages et tous les problèmes qu’ils rencontrent - champs ravagés par des phacochères, feux de brousse, inondations, épidémies, etc... ACTED nous a permis de renforcer nos capacités techniques en organisant plusieurs sessions de formations, des visites d’échange et des ateliers à l’échelle régionale et nationale.

Nous avons bénéficié, dans le cadre de cette collaboration, de dotations en matériel technique, fournitures de bureau, carburant et crédits de communication qui nous permettent aujourd’hui de mener nos activités de manière efficace, et d’accomplir notre mission dans le Batha Est. C’est grâce à ACTED qu’aujourd’hui nous pouvons parler d’un système d’alerte précoce fonctionnel dans le département du Batha Est. Avant la collaboration avec ACTED, nous ne maîtrisions pas la méthodologie de la rédaction de rapport sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et de ce fait, les informations ne circulaient pas entre comités villageois et comités locaux et départementaux d’action. Ces institutions n’existaient que de nom. Mais aujourd’hui, l’investissement de l’équipe SCAP-RU d’ACTED a rendu possible la remontée d’informations de l’échelle villageoise à notre niveau local, et jusqu’au niveau départemental, et ce de façon précoce et régulière : nous n’avons plus besoin d’aller chercher les informations dans les villages tous les jours ! »

Et concrètement, à quoi sert la remontée d’informations ?

Diksia : « La remontée d’informations nous a permis de gérer efficacement des situations, qui, sans le système d’alerte précoce, auraient dégénéré en crises graves. Par exemple, il a permis d’empêcher l’infestation de champs dans les sous-préfectures d’Amsack et d’Oum Hadjer par les criquets pèlerins ; l’intervention d’agents de santé pour la prise en charge précoce de cas de rougeole à Dar Houmar, et d’éviter ainsi l’épidémie ; ou encore la prise en charge rapide et coordonnée des victimes de l’inondation qui a touché Oum Hadjer en juin 2016.

Avant la dynamisation de ces structures, chaque service évoluait indépendamment, sans que les informations soient partagées entre ces différentes structures à l’échelle locale, départementale et régionale. Aujourd’hui, lors des réunions des Comités Locaux d’Action ou sur la base des rapports mensuels, on est informés de ce qu’il se passe dans la sous-préfecture et le département et nous pouvons proposer ensemble des solutions qui sont généralement meilleures que celles décidées sans concertation des autres services techniques. »

Merci pour ces informations. Souhaitez-vous ajouter autre chose ?

Diksia : « Ce témoignage est l’occasion pour moi de dire merci au personnel, à la coordination d’ACTED et aux bailleurs de fonds (EuropeAid en 2013-2014, ECHO depuis 2015). Aujourd’hui, nous pouvons dire avec certitude que le système d’alerte précoce est une réalité bien visible dans le département du Batha Est, grâce aux partenaires ECHO et ACTED qui nous ont permis d’élaborer un plan de contingence départemental afin de nous coordonner en cas de crise, même si nos capacités ne nous permettent pas d’apporter des réponses d’urgences aux nombreux problèmes auxquels fait face la communauté au quotidien. Grâce à ce système, certaines crises peuvent être gérées et anticipées, diminuant ainsi les risques de catastrophes.