Skip to Content

actualité | 08 Décembre 2011 | Tchad | Réhabilitation

Les communautés œuvrent pour leur relèvement

La région du Batha, au centre du Tchad, fait face à une situation d’insécurité alimentaire préoccupante parmi les plus graves dans le pays avec un taux de malnutrition aigüe chronique moyen pour l’année 2010 de 33,7%, aggravée par des pluies éparses et imprévisibles dans l’ensemble de la bande sahélienne. L’année 2009 a ainsi été marquée par une sécheresse catastrophique, alors que les récoltes de 2010 ont été en partie anéanties par les inondations. Ces chocs ont des effets dévastateurs sur l’économie locale, notamment pour les agriculteurs les plus pauvres qui se retrouvent dans un cycle chronique d’endettement à chaque période de soudure.

N’ayant plus la force physique pour travailler de manière intensive sur ses parcelles d’Oum-Hadjer Sud, Yaya Ali, 71 ans, n’arrive plus à couvrir les besoins alimentaires de sa femme et de ses neuf enfants. Chaque année, il n’est en mesure de couvrir leurs besoins alimentaires que pour quatre mois seulement avec le fruit de ses récoltes. Le reste de l’année, la famille doit réduire sa consommation alimentaire, et survit grâce à de petits emplois journaliers et au tressage de cordes et de nattes. A la suite de la campagne agricole désastreuse de 2009, qui a considérablement affaibli les capacités de résilience des ménages les plus vulnérables, leur sécurité alimentaire s’est d’autant plus précarisée.

Avec ce premier projet de transferts de liquidités au Tchad, financé par le Service d’aide humanitaire de la Commission européenne et soutenu par le Programme Alimentaire Mondial, ACTED combat l’insuffisance alimentaire grâce à une distribution mensuelle de liquidités ou de nourriture en échange de la participation des ménages bénéficiaires à des travaux communautaires. Pour les ménages les plus vulnérables, comme celui de Yaya Ali, des transferts sans conditions sont privilégiés. Grâce à la première moitié du transfert, Yaya Ali a pu acheter un sac de mil et des condiments, représentant 40 jours d’alimentation pour tout le ménage, qu’ils utiliseront pendant la période de soudure (entre deux récoltes).

La participation de la communauté à l’origine du succès

Les activités de Travail contre Paiement offrent également une réponse partielle aux problèmes d’approvisionnement en eau de la zone, avec notamment l’aménagement de mares, de barrages, de digues et de canaux d’approvisionnement. L’accès à l’eau représente un problème majeur pour les populations du Batha Est : la ville d’Oum Hadjer, qui en Arabe signifie « mer de roches », repose sur un socle rocheux rendant difficile toute tentative de forage par les populations locales, qui doivent alors s’approvisionner en grande majorité dans le fleuve Batha. Faday Camis, bénéficiaire du projet, raconte : « Avec l’appui d’ACTED, nous avons pu surcreuser et étendre un canal dans notre quartier reliant une mare de collecte vers un bassin plus important, créant un point d’eau pour le bétail et les cultures pendant la saison sèche tout en réduisant les problèmes d’inondation dans le quartier. Ce travail collectif a un impact positif pour les plus vulnérables, mais aussi pour l’ensemble de la communauté d’Oum Hadjer Sud. »

Le succès du projet est lié avant tout à la participation active des populations locales dans sa mise en œuvre. En concertation avec les techniciens d’ACTED, chaque village de la zone d’intervention a contribué aux choix des critères de vulnérabilité, à la sélection des monitrices pour les campagnes de sensibilisation, et à l’identification des ouvrages à aménager.

Le projet a également permis au département d’évaluation d’ACTED au Tchad d’acquérir une expérience capitale et de se renforcer considérablement pour le futur. Après une importante campagne d’identification menée auprès de plus de 4800 ménages d’Oum Hadjer et des cantons voisins, l’équipe effectue un suivi mensuel de l’utilisation des subventions et de la fluctuation des prix des denrées alimentaires sur les marchés. Grâce à deux études socioéconomiques menées en parallèle, ACTED évalue à la fois l’impact du projet et les besoins fluctuants des populations, dans l’optique d’étendre de manière précise et durable son intervention dans le Batha.