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actualité | 15 Juillet 2014 | | Urgence

Comment les systèmes d’information géographiques informent l’action humanitaire ?

Depuis le ciel cela s’apparente à une immense zone urbaine, des rangées de tentes et de conteneurs s’alignent le long des rues et au loin on peut apercevoir des terrains de foot et des marchés. Cette zone qui s’étend sur plus de 20km2 est le camp de réfugiés de Za’atari, un des plus grands camps de réfugiés du monde. Avec l’utilisation de techniques d’observation avec la technologie de Systèmes d’Information Géographique, le camp de Za’atari est aussi un des camps de réfugiés les plus cartographiés au monde.

Dans le camp, les réfugiés ont essayé de construire des maisons à l’intérieur de caravanes et de grandes tentes en toile. Plusieurs ont déjà passé quelques années ici, et des centaines continuent d’arriver chaque semaine.

Le camp de Za’atari a ouvert ses portes en juillet 2012 et ne devait pas accueillir plus de 20 000 personnes. La population du camp s’élève aujourd’hui à plus de 80 000 personnes, et représente une des plus grandes zones urbaines de la Jordanie. L’assistance humanitaire représente un immense défi ; chaque réfugié nécessite un abri, de la nourriture et de l’eau, un accès à l’assainissement et aux outils de cuisine, à l’aide médicale, à l’éducation et à un environnement sûr. Les hivers sont froids, humides et même enneigés en Jordanie, et les étés chauds, poussiéreux et secs.

S'orienter dans le désert

REACH est une initiative conjointe d’ACTED et d’Impact Initiatives et le Programme des applications du satellite d’exploitation (UNOSAT). REACH a été créé en 2010 pour faciliter le développement d’outils et de produits d’information qui renforcent la capacité d’acteurs humanitaires à prendre des décisions basées sur des données en situations d’urgence, de réhabilitation et de développement.  Toutes les activités REACH sont menées pour soutenir les mécanismes de coordination d’aide humanitaire. En 2013 un système d’enregistrement d’adresses a été mis en place pour faciliter l’accès aux services et pour améliorer le degré de familiarisation pour les réfugiés. Des cartes ont été réalisées pour aider les organisations humanitaires à mieux s’orienter dans le camp.

Surnommé les ‘Champs-Elysées’, l’odeur du falafel et des épices se répand tout le long de cette rue de marché principale qui brûle sous le soleil puissant et où le vent souffle dans chaque recoin. La rue déborde de magasins, de stands, de cafés, de boulangeries, de voitures, de charrettes et d’enfants. Le marché est une des plus vieilles parties du camp et offre un semblant de la vie quotidienne que les réfugiés ont dû laisser derrière eux en Syrie : ‘un chez soi loin de chez soi’.  
Afin de contribuer à un sentiment de familiarité dans le camp, des noms locaux arabes sont utilisés dans les cartes REACH et les symboles sont adaptés pour les rendre plus reconnaissables à la population réfugiée. Cela veut aussi dire que les organisations humanitaires qui utilisent les cartes REACH pour leurs opérations perçoivent le camp de la même manière et utilisent la même langue que les réfugiés.

Réaliser une carte facile à lire et utile pour les réfugiés, s’est révélé être une tâche difficile. Les réfugiés sont régulièrement consultés pour s’assurer que des symboles adéquats et utiles soient utilisés, relatives aux activités quotidiennes et aux besoins dans le camp. REACH a découvert que le symbole le plus important est le Qiblah, la direction vers la Mecque. Puisque les répertoires de logiciels de systèmes d’information géographique ne montraient pas de traces d’existence de ce symbole, REACH en a créé un.

La première carte du camp de Za’atari a été publié en automne 2012 avec des images satellite UNOSAT et des observations sur terrain pour définir et enregistrer les structures des bâtiments et des rues en utilisant des logiciels de systèmes d’information géographique. A partir de la carte satellite, les équipes de REACH ont pris note des positionnements et des formes des hôpitaux, des écoles, des équipements sanitaires, des cuisines et des sièges des organisations humanitaires. Elles ont aussi discuté avec des réfugiés pour recenser les noms locaux pour les rues et les places. Des smartphones équipés de GPS ont été utilisé pour enregistrer les emplacements exactes de bâtiments, qui pouvaient ensuite être consolidés avec les images satellites. En juxtaposant toutes ces couches, la carte du camp de Za’atari est devenu un outil populaire et puissant pour la communauté humanitaire ainsi que la population réfugiée du camp.

Le succès vient de la simplicité

Pourquoi les smartphones ?  Dans un camp de réfugiés, rien n’est constant. Les besoins et les chiffres changent tout le temps. Les réfugiés sont dynamiques et pleins de ressources ; plusieurs maisons ont maintenant des télés, des machines à laver, et à chaque coin de rue a des cafés et des coiffeurs. Enregistrer les chiffres relatifs à ce type de développement est crucial pour bien gérer l’approvisionnement en électricité et en eau. En octobre 2013, (18 mois après l’ouverture du camp), plus de 75% des foyers étaient connectés à l’électricité.

Pour répondre à la rapidité des changements du camp, l’information doit être recueillie rapidement, de manière précise et de manière efficace et économique. Les smartphones sont équipés du logiciel ‘Kit de données ouvert’ (ODK), une solution multifonctionnelle qui enregistre les emplacements, et fonctionne comme un outil d’observation pour recueillir des informations sur l’état des bâtiments, surveiller les activités de projet et évaluer les besoins des réfugiés. Des données peuvent être recueillies sur les petites entreprises, les articles ménagers et la démographie du camp : la taille des ménages, les mouvements, etc.

Pour l’équipe de réparation et de maintenance d’ACTED, les systèmes de cartographie de REACH ont permis une meilleure planification et gestion des réparations des installations d’assainissement ; ‘Il suffit de jeter un coup d’œil à la carte et vous obtenez toutes les informations, le lieu, le type d’installation et les environs. REACH nous aide aussi en cartographiant mensuellement toutes les activités de réparation et de gestion du camp pour que l’on puisse communiquer en  toute transparence avec nos partenaires, bailleurs, le gouvernement et les bénéficiaires’. Jakub, Responsable de l’entretien et des réparations.

Les données et emplacements recueillis par les équipes sur terrain sont envoyés à un serveur REACH où ils sont traités par un programme qui analyse et prépare des cartes avec les informations les plus récentes et les conditions changeantes. Ces cartes informent la prise de décision et la réponse. En novembre 2013, des données ont été recueillies sur le nombre d’abris et le nombre de personnes dans chaque foyer. Ces données ont permis de calculer le nombre exact de caravanes nécessaires. Ce chiffre était inférieur au chiffre qui avait été estimé auparavant (3000 caravanes en moins). Les économies faites grâce à ces données précises peuvent ensuite être réaffectées pour couvrir d’autres besoins urgents.

L’aide coopérative au service des personnes

Des données et des cartes du camp sont constamment mises à jour, cependant, ce processus a aussi un visage humain. Les chargées de Systèmes d’Information Géographique travaillent de près avec les agences de l’ONU et d’autres organisations humanitaires qui travaillent dans le camp pour s’assurer que les cartes répondent à leurs besoins en termes d’information. Des cartes REACH sont utilisées pour mieux comprendre les emplacements de bâtiments importants, de services et d’infrastructure telle que des nouvelles écoles, des rues ou des centres de santé et pour informer des décisions qui ont un impact directe sur ceux qui vivent dans le camp.

Les informations sur le camp de Za’atari recueillies par REACH sont disponibles sur un portail ouvert géographique, OpenStreetMap. A cause de la nature sensible de certaines informations, elles ne sont pas toutes disponibles au public, mais il est possible de télécharger des cartes gratuitement. L’utilisation de ce logiciel permet une disponibilité immédiate des données et donc celles-ci peuvent être plus effectives en situations de crise lorsque le temps manque pour développer des logiciels plus complexes. Dans l’objectif de s’engager dans l’amélioration de la gestion d’information en situation d’urgence, REACH a créé une page Wikipédia pour expliquer comment les données sont structurées et ajustées au logiciel OpeStreetMap afin que d’autres organisations humanitaires puissent répliquer cette méthode dans d’autres parties du monde. L’équipe REACH dans le Kurdistan irakien réplique maintenant le modèle du camp Za’atari pour la cartographie des camps.

Poursuivre l’innovation

L’utilisation aussi extensive de systèmes d’information géographique dans un camp de réfugiés n’est pas une pratique commune. L’utilisation des systèmes d’information géographiques est souvent limitée par un manque de financement car employer et former des équipes peut s’avérer très couteux. Il y a des défis logistiques aussi, puisque les activités peuvent être limitées par un manque d’électricité et d’accès à l’internet. Néanmoins, ces projets innovants de cartographie dans le camp de Za’atari ont pu informer une aide humanitaire plus effective et ciblée. Les systèmes d’information géographique ne sont pas seulement utiles pour recueillir et diffuser rapidement des données en situation de crise, mais aussi pour les phases de réhabilitation et pour le soutien au développement régional.

Pour plus d'information, rendez-vous sur : www.reach-initiative.org. Vous pouvez aussi joindre le bureau général de REACH à Genève directement sur : geneva@reach-initiative.org et suivre REACH sur twitter @REACH_info.

 

 

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