L’attente de la paix, l’espoir du retour.
Depuis le début de l’année, le Mali fait face à une crise complexe. A une crise alimentaire régionale s’ajoutent l’instabilité politique à Bamako et la rébellion au nord qui a conduit, selon OCHA, au déplacement de plus de 430 000 personnes au Mali et dans les pays limitrophes. Des milliers d’entre eux se sont réfugiées à Bamako, la capitale située dans le sud du pays. C’est pour venir en aide à ces familles qui ont tout laissé derrière elles, qu’ACTED procède, avec le soutien du Programme alimentaire mondial, à des distributions alimentaires dans la capitale et les quartiers alentours. Marion, chargée de reporting chez ACTED, a assisté à une distribution alimentaire dans la Commune de Kalabancoro, située dans la proche banlieue de Bamako.
La petite localité de Niamana se situe à 40 minutes de Bamako. Le site de distribution a été installé dans une école, inoccupée en cette période de vacances scolaires. Une partie de la route était inondée ce matin là, mais la pluie n’a pas arrêté les dizaines de familles venues chercher les vivres qui leur étaient destinée.
Les familles sont regroupées sous le préau, les uns attendent de recevoir les vivres, les autres attendent la charrette pour déplacer les sacs et bidons de vivres qu’ils viennent de recevoir : de l’huile, du sel, du sorgho et des petits pois. La distribution se déroule dans le calme et la dignité, chacun attendant son tour.
Un homme m’interpelle gentiment, il a une quarantaine d’années et est père de sept enfants. Dès le début des hostilités au nord, il est venu mettre sa femme et ses enfants à l’abri, à Bamako. Il est maçon et vit au jour le jour depuis son arrivée, tant le travail manque dans la capitale. Son regard flotte dans le vide et il me fait part de son angoisse concernant l’avenir et l’évolution de la situation dans le nord : « notre maison est fermée. Lorsque le réseau téléphonique fonctionne, nous arrivons à contacter les membres de notre famille restée à Gao, notamment les personnes âgées. »
Les maliens, solidaires avant tout
Nombreux sont les déplacés qui, déracinés, se sont installés un peu à l’extérieur de la capitale, plus au calme, en espérant que la situation au nord s’améliore rapidement, pour envisager enfin leur retour. Tous évoquent le soutien de leurs proches, de leurs amis, l’incroyable solidarité malienne et l’aide apportée par les associations et les ONG.
Chadika a 23 ans, elle porte son bébé de six mois sur le dos et s’est déplacée sur le site de distribution avec ses petits frères de 7 et 12 ans. Ce dernier m’a accompagnée une partie de la matinée et a assuré la traduction en Songhaï, une des langues parlées dans les régions du nord du Mali. Chadika et sa famille sont venus de Kidal, une des trois régions du nord actuellement en prise aux groupes rebelles. « Nous sommes arrivés en camion, avec neuf autres familles » me confie-t-elle. « Avec l’aide de nos proches et de notre famille, nous avons pu louer un petit appartement en attendant de pouvoir retourner chez nous ». A Bamako, ils ont perdus leurs repères et leur vie ne ressemble en rien à celle qu’il connaissait dans le nord désertique du pays.
Sa plus grande inquiétude : que ses frères et sœurs ne puissent pas débuter l’année scolaire dans des conditions normales et qu’ils subissent un retard dans leur scolarité, en plus du traumatisme déjà vécu lors du déplacement.
Son seul souhait : que la paix revienne, vite.
A Bamako, ACTED a commencé en juin dernier, avec le soutien du Programme alimentaire mondiale, les distributions d’aide alimentaire pour les déplacés les plus vulnérables et leurs familles d’accueil dans les communes I et V de la capitale et la commune périurbaine de Kalabancoro. A cette première phase, qui s’étalera sur 6 mois, ACTED va faire suivre des distributions de biens non-alimentaires et un soutien en transfert d’argent pour les familles les plus défavorisées, dans le but de les soutenir dans leurs dépenses primaires (logement, nourriture, frais de santé et de scolarité).








