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actualité | 01 Septembre 2017 | Sud Soudan | Réhabilitation

Les associations villageoises d'épargne et de crédit au Soudan du Sud : le pari de la résilience

ACTED met en oeuvre des écoles agro pastorales dans 6 états sur 10 au Sud Soudan

L’histoire d’Adam, c’est l’histoire d’une résilience. Adam est l'un des bénéficiaires d’un projet mis en œuvre par ACTED avec le soutien du HCR dans des camps de réfugiés du comté de Maban, dans l’état du Nil Supérieur (Soudan du Sud).

Reconstruire une vie loin de chez soi

En 2011, avec le conflit dans l'État du Nil Bleu au Soudan, des dizaines de milliers de personnes ont fui leur maison en quête de sécurité. Adam était l'un d'entre eux. Depuis, plus de 140 000 Sud-Soudanais vivent dans les quatre camps de réfugiés que compte le comté de Maban, dans le nord-est du Soudan du Sud (Doro, Kaya, Gendrassa et Yusuf Batil). Le plus jeune pays du monde est lui-même en proie à la guerre civile, qui a paralysé l'économie du pays et poussé 4 millions de personnes à se déplacer pour fuir le conflit. En conséquence, un Sud-Soudanais sur deux (soit 6 millions de personnes) se trouve aujourd’hui en situation d’urgence alimentaire.

Avec le soutien du HCR, ACTED met en œuvre un projet d’appui multisectoriel dans les camps de réfugiés de Kaya, Gendrassa et Doro à Maban. Avec ce programme, ACTED vise à améliorer les moyens d'existence des réfugiés pour les accompagner vers l'autosuffisance et une vie meilleure. Pour y parvenir, ACTED a créé des associations villageoises d'épargne et de crédit, des groupements de personnes qui unissent leurs économies pour pouvoir constituer des crédits en soutien au développement d’activités. 15 groupements ont ainsi été créés en 2016, et 20 autres en 2017, chacun comptant 30 membres. L’objectif de ces associations ? Assurer un accès à des solutions simples d’épargne et de crédit au sein des communautés qui n'ont pas accès aux services financiers formels, comme celle des réfugiés de Maban. Autrement dit, un système très simple pour un résultat très probant.

Avant le conflit, dans le Nil Bleu

Adam a 45 ans et est père de cinq enfants. Dans son village d’origine dans l’État du Nil Bleu, il possédait une entreprise de vente au détail, « un grand magasin, grand comme la pièce dans laquelle nous nous trouvons ». On y trouvait de tout : du thé, des oignons, du sel, de la lessive, du café... Il vendait également des produits à d'autres magasins plus petits et, avec les bénéfices de son entreprise, il embauchait des gens pour travailler sur un terrain lui appartenant. Son revenu, « plutôt satisfaisant pour l’état du Nil bleu » selon lui, lui suffisait à couvrir les besoins de sa famille.

Mais lorsque le conflit a éclaté e 2011, Adam et sa famille ont dû fuir. La seule chose qu’Adam a réussi à emporter avec lui : une balance de son commerce, et "rien d'autre", raconte-t-il. La famille a d’abord vécu dans le camp de Jamam, puis dans celui de Gendrassa.

Les associations villageoises d’épargne dans le camp de réfugiés de Gendrassa

Comme la plupart des réfugiés dans les camps, Adam et sa famille doivent compter sur les distributions alimentaires mensuelles effectuées par ACTED (avec le soutien du PAM) pour pouvoir manger. En 2016, Adam a participé à un programme d’écoles agro-pastorales d’ACTED, qui lui a permis d’avoir accès à un petit terrain à l'extérieur du camp, où il cultive le sorgho et l’okra en complément de la ration alimentaire qu'il reçoit pour lui et sa famille (soit de la nourriture pour 15 jours). Il raconte que le programme d’école agro-pastorale lui a beaucoup apporté, et partage aujourd’hui ses connaissances avec d'autres membres de la communauté.

Adam a rejoint une association villageoise d’épargne et de crédit en 2016 lorsqu’ACTED a commencé à mettre en œuvre ce programme dans le camp de Gendrassa. Il a d'abord emprunté 3000 livres sud-soudanaises (20 $) pour acheter du sorgho et monter une toute petite entreprise, une petite table avec quelques articles à vendre, mais qui lui a néanmoins permis de rembourser 3600 SSP (24 $) à l’association. Il garde aussi un peu d’argent pour développer son entreprise et soutenir les besoins de sa famille. En juillet, il a emprunté à nouveau 2000 SSP (13 $) et a déjà remboursé 2400 SSP (16 $), en gardant 100 SSP (0,6 $) à investir dans son entreprise. Il souligne qu'il n'a jamais eu à vendre de biens pour pouvoir rembourser son emprunt : tout provenait du profit qu'il a réussi à faire. Pour l’instant, son profit est encore trop faible pour permettre à l’entreprise de grandir, mais Adam est convaincu qu’au fur et à mesure il pourra la développer.

Adam a ainsi réussi à démarrer une petite entreprise, et encourage aujourd’hui les membres de la communauté, épatés par son parcours, à rejoindre l’association ou à former à leur tour une organisation du même type. Deux nouveaux groupements de 20 membres chacun ont ainsi vu le jour, et Adam, désireux de soutenir les membres de la communauté, continue à partager ses connaissances et son expérience. Il a maintenant hâte d’arriver à la fin du programme, curieux d’évaluer les bénéfices réalisés au cours de ces derniers mois.