AFP - Les petits boulots de l'aide internationale, une manne pour les Haïtiens
LÉOGÂNE — Armés d'outils rudimentaires, parfois nus pieds, des dizaines d'Haïtiens piochent la terre, en extraient des roches et consolident les berges: reconnaissables à leurs tee-shirts jaunes, ils font partie des milliers de bénéficiaires des programmes de "Cash for work" (travail contre rétribution).
Sur près d'un kilomètre de long, 10 équipes de 20 personnes répètent les mêmes gestes harassants. Sous le soleil brûlant et dans une eau boueuse. Mais avec le sourire et parfois même en chantant.
Pour ces hommes et femmes de Léogâne, une ville située à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de la capitale Port-au-Prince et détruite à 90% par le séisme du 12 janvier, ce qui a tout l'air d'une corvée constitue au contraire une double opportunité.
Celle de pouvoir gagner 4 à 5 dollars par jour et celle d'empêcher le débordement de ce grand canal qui chaque année inonde leurs maisons et menace désormais leurs tentes.
D'ordinaire paysan, Gabriel Sanon a abandonné pendant 20 jours ses parcelles pour participer au curage du cours d'eau qui se jette dans la mer. Car "quand la pluie tombe, il y a beaucoup de problèmes", raconte ce jeune père de 25 ans. Employé par l'ONG française Acted, il va gagner en trois semaines l'équivalent de trois mois de culture maraîchère, dit-il.
"Ce n'est pas vraiment l'argent qui nous intéresse, c'est plutôt l'irrigation et les problèmes" d'inondations, explique pour sa part Franky Jean Simon, 28 ans, maçon et éleveur de cabris.
Dans la foulée du séisme qui a fait entre 250.000 et 300.000 morts et anéanti 120% du PIB d'Haïti, les Nations unies et les ONG ont mis en place partout dans le pays de tels projets de "travail contre rétribution". Pour financer la reconstruction mais surtout injecter rapidement des liquidités dans l'économie locale.
Toujours payés entre 180 et 240 gourdes en fonction de leurs compétences, les Haïtiens participent ainsi au déblaiement des tonnes de gravats qui jonchent les rues des villes dévastées, ramassent les ordures, consolident des routes ou curent les canaux pour empêcher les inondations.
"On essaie d'avoir un roulement tous les 20 jours, de telle sorte que ce ne soient pas les mêmes personnes qui bénéficient de l'aide", indique Cyril Seguy, responsable d'Acted à Léogâne.
Mais la gestion des ressources humaines est difficile et il n'est pas rare que des mineurs essaient de se glisser sur les chantiers.
"Pourquoi il n'est pas à l'école lui!", lance Martin Norand, responsable du suivi des projets de l'ONG dans le pays, en apercevant au fond du canal un adolescent avec une pioche. "Il faut redire au chef qu'il ne faut que des grandes personnes!"
Avec le nettoyage de plusieurs kilomètres de cours d'eau, Acted devrait ainsi injecter près d'un million de dollars dans l'économie de Léogâne.
De même, six millions de dollars ont été affectés par l'ONU au nettoyage des canaux de drainage de Port-au-Prince à travers 40 projets employant près de 25.000 personnes.
"Ce sont des travaux de prévention maintenant que nous sommes au début de la saison des pluies, afin d'éviter inondations et glissements de terrain", a déclaré la semaine dernière le chef de la Mission de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet.
Et avec près de 70% de la ville construite en zone inondable et une nappe phréatique très haute, le projet d'Acted est béni par Jimis Bénèche, élu d'une section de Léogâne traversée par plusieurs canaux: "Normalement ce travail devrait être fait par la mairie, mais avec la faiblesse de l'Etat, ça prend du retard..."
De Clément SABOURIN (AFP)
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